La Baylie 1256-1279
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   La Baylie de Monflanquin du temps des Capétiens

( 1256 -1279 )

I.Alphonse de Poitiers

2.­ Alphonse, administrateur lointain

4. Les sénéchaux Alphonsins

4.­ Les enquêteurs Alphonsins

5.­ Les coseigneurs de Calviac,1252

6.­ Les bayles du XIII° Siècle

7.­ Le bayle de Monflanquin,I256

8. Les agents inférieurs de la baylie

9. Monflanquin, grande baylie

10. La baylie de Monflanquin

11. La baylie et Toulouse

12. Baylie et Occitanie

12. Cathares pourchassés

13. La menace de l'inquisition

14. Lettres patentes et mandements de 1269

15. Saisimentum de 1271

16. Traité d'Amiens de 1279

 Il.- LA BAYLIE: PAYSANS - CLERCS- SEIGNEURS

 I7. L'homme et le milieu

18. Le travail de la terre

19.La production agricole

2I.-Redevances paysannes aux seigneurs

22.-Les types de seigneuries

23.-La baylie contre les seigneuries

24.-Les châteaux de la baylie

25.-Le château type du XII!' siècle

26.-redevances versées au clergé

27.-Eglises et couverts

28.-La vie paroissiale

28.-Le niveau religieux des ouailles

29.-Le monde des clercs

 

Monflanquin la Baylie de 1256 à 1279

 

Alphonse de POITIERS, en même temps qu'il fonde la Bastide de Monflanquin, décide d'en faire le centre d'une Baylie dont le responsa­ble sera le Bayle prévu dans la Charte des Coutumes de Juin 1256. C'est, on ne peut plus clairement, lier la ville à son espace rural délimité dès le départ.

 Aussi est-il nécessaire en premier lieu d'appréhender le système administratif mis en place en Agenais par Alphonse de Poitiers pour comprendre le rôle et le fonctionnement de cette grande Baylie de Monflanquin. Système que Philippe III le Hardi maintiendra, après la disparition d'Alphonse de Poitiers et de Jeanne de Toulouse, jusqu'en 1279 où il restituera l'Agenais à Edouard I.

 Mais la Baylie c'est aussi un cadre de vie qu'il faut apprécier, en tenant compte des acteurs sociaux que sont les paysans, les seigneurs et les clercs. Il y a là une série de tensions, de ruptures qui caractérisent le XIII° S. et dans lesquelles baignent la Bastide et la Baylie qui, au demeurant, bénéficient largement pendant ces décennies d'un climat de paix appréciable.

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Alphonse de Poitiers

 Les rapports d'Alphonse de Poitiers avec Monflanquin s'inscrivent dans le contexte de l'opposition des Plantagenets/ Capétiens, et de la montée en puissance de l'état capétien.

Cette rivalité Plantagenets/ Capétiens ne cesse de s'exacerber depuis 1152,année où Aliénor d'Aquitaine séparée de Louis VII épouse Henri Plantagenet comte d'ANJOU et duc de NORMAN­DIE, couronné en 1154 roi d'ANGLETERRE.(I)

Dans le cadre de cette rivalité, les Capétiens profitent de la demande du pape 1NNOCEI~T III pour lancer la Croisade des Albigeois qui aboutit en 1229 au Traité de Paris où LOUIS IX, en début de règne, et "guidé" par sa mère blanche de CASTILLE impose une solution à l'entier avantage des Capétiens. Un traité qui a surtout l'avantage pour les populations du Haut Agenais de leur apporter le calme perdant plusieurs décennies.

Les Capétiens s'octroient la suzeraineté du Comté de TOULOUSE sans tenir compte des droits à l'héritage d'ALIENOR que font valoir les PLANTAGENETS: RAYMOND VII, comte de TOULOUSE, cède en effet tous ses droits au Roi de FRANCE et reste simplement usufruitier de son domaine puisqu'à sa mort le Toulousain, l'Agenais, le Quercy doivent revenir au frère du roi LOUIS IX, Alphonse de POITIERS époux de sa fille Jeanne de Toulouse. Le mariage est conclu à cette occasion mais, les époux n'ayant que 9 ans, les noces ne seront célébrées qu'en 1237.

Quand Alphonse en 1241 atteint sa majorité il est investi (2) par son frère LOUIS IX des domaines légués par LOUIS VIII à son quatrième fils, à savoir "le comté de POITIERS et tous ses biens en AUVERGNE, fiefs et domaines, avec leurs dépendances"... Alphonse est d'abord armé chevalier à SAUMUR en Juin 1241 avant de recevoir l'hommage de ses vassaux à POITIERS. 

Toutefois Alphonse n'exerce pas la plénitude de ses droits dès son investiture, tant sa mère Blanche de CASTILLE est une femme pour le moins autoritaire. Il exis­te des indices qu'elle continue à se mêler activement des affaires du royaume et du domaine d'Alphonse de POITIERS; de plus elle gère directement ce domaine en 1249-1250 durant la participation aux Croisades de celui-ci. 

Cependant à son retour des Croisades Alphonse de POITIERS va se révéler un administrateur averti principalement dans le Comité de TOULOUSE dont son épouse hérite en 1249 à la mort de RAYMOND VII. Son état de santé explique pour une large part qu'il ait évité de multiplier ses déplacements: à des séquelles de paralysie s'ajoute une ophtalmie persistante.(2)                    

Alphonse administrateur lointain 

En 1249 Alphonse de POITIERS est en Terre Sain­te dont il revient dès le mois d'Août 125O. Arrivé à AIGUES MORTES il remonte vers LYON en fin d'année pour y revenir vers Avril 1251 après une courte vi­ site à POITIERS (2).En passant par la vallée du Rhô­ne, le Languedoc, il atteint TOULOUSE fin Mai et AGEN le 4 Juin. 

Le mois de Juin 1251 est consacré à l'Agenais et les régions environnantes: 4 et 5 Juin AGEN, le 8 PENNE D'AGENAIS, le 12 LAUZERTE, les 13 et 14 MONTAUBAN, le 21 GAILLAC, les 24, 25 et 26 CORDES.De là il remontera vers PARIS en passant par Riom, Sens. 

Il faut attendre 1270,et son départ pour une nouvelle Croisade, avant qu'il ne repasse par la région et tout aussi rapidement, que la première fois: parti de PARIS fin Février, passé par POITIERS,LA ROCHELLE en Mars, il est à ANGOULEME le 4 avri1, MONTIGNAC le 8, MONTAUBAN du 16 au 2I,à TOULOUSE jusqu'à la mi Mai. Il s'embarquera à AIGUES MORTES le 3 Juillet débarquera entre TUNIS et CARTHAGE le I8 Juillet, rembarquera le I9 Novembre 1270 et mourra sur le retour le 21 Août 1271 à SAVONE, ainsi que Jeanne de TOULOUSE son épouse. 

Au total, le contact direct avec son Comté de TOULOUSE est des plus réduits et encore davantage avec l'Agenais. Pourtant Alphonse de Poitiers a su pleinement participer au renforcement de l'état Capétien; pour ce faire il sut tirer au mieux profit de son administration. 

Cette administration Alphonsine se règle sur le rythme de 3 grandes fêtes après lesquelles le Comte tient son Parlement: c'est à dire la Chandeleur, la Pentecôte et la Toussaint. Le lendemain de la quinzaine de chacune de ces fêtes Alphonse de POITIERS réunit auprès de lui les membres de son Conseil, les sénéchaux et les agents itinérants. Ces 3 dates ont donc une importance particulière pour ce qui concerne ses propres déplacements.

Il faut noter aussi que le rythme des affaires spécialement financières comporte deux variantes: d'une part c'est l'Ascension et non la Pentecôte qui sert de terme d'été; d'autre part les comptes sont clos aux huitaines et non aux quinzaines des fêtes. 

Ainsi surveillées de près les recettes de l'Agenais se montent en 1256 à 1740 livres de tournois, en 1257 à 1870 livres, en 1259 à 2246 livres et en 1271 à 3351 livres. Si l'on s'en tient à Monflanquin les rapports sont de 140 livres en 1268,160 livres en 1269 et 200 livres en I27I.L'augmentation est constante ce qui est heureux pour Alphonse de POITIERS qui en 1255,1257 et 1258 reste débiteur de ses banquiers parisiens. Les recettes tirées des bastides contribuent au relèvement de la situation. La nécessité d'obtenir de nouvelles ressources a agi comme un stimulant à la création des baylies et bastides (3). 

L'un des éléments essentiels de cette administration est sans conteste le cadre des Sénéchaux et celui des Enquêteurs, qui permettent à cet administrateur lointain qu'est Alphonse de POITIERS de garder un contact suivi avec ses domaines.

Les sénéchaux Alphonsins 

Alphonse de Poitiers  est un prince puissant dont le domaine est administré par des sénéchaux en POITOU, SAINTONGE, AUVERGNE, VENAISSIN, ALBIGEOIS, TOULOUSAIN et AGENAIS/QERCY. 

Les  Sénéchaux résident en permanence dans le pays où ils exercent leurs fonctions.Délégués du Roi ils correspondent directement avec le souverain leur pouvoir militaire est absolu et,au point de vue administratif, ils rem­plissent à peu près toutes les fonctions qui, au­jourd'hui, sont exercées par les agents tant finan­ciers qu'administratifs du pouvoir central (4). 

Leur traitement est assez élevé; ainsi celui d'AGEN reçoit 545 livres par an,celui de TOULOUSE 547 ,ce qui représente 4 fois la somme que rappor­te la seule Baylie de Monflanquin . Mais leurs char­ges sont assez lourdes: voyages continuels,maison militaire et civile à entretenir,frais de toutes sortes épuisent bientôt leur traitement;aussi la plupart y mettent-ils de leur avoir.Leur entoura­ge , leurs familiers ne sont que trop disposés à abuser de leur position; les registres des enquêteurs abondent en plaintes contre eux (4).Les différentes ordonnances de LOUIS IX et d'Alphonse de POITIERS ont tenté de limiter leurs excès et de préciser leurs droits et devoirs. 

En ce qui concerne Monflanquin le sénéchal le plus marquant est, cela va de soi, messire Guillaume de Bagnols ,signataire de la Charte de la Bastide en 1256.Trois ans plus tard,en 1259,est mentionné son passage par Monflanquin : "Voulant promptement se conformer aux intentions de son seigneur suzerain,Guillaume de BAGNOLS-BALMOTIS sénéchal d'Agenais et de Quercy partit de Penne  dans les derniers jours de Février, s'arrêta à Monflanquin et arriva le 1er Mars 1259 sur le côteau désigné comme l'emplacement de 1a future ville" de CASTILLONNES, accompagné de Gauthier de RAMPOUS  Bayle de Monflanquin (5 ) . 

Les enquêteurs alphonsins 

Précédés dans le temps par ceux d'HENRI III Plantagenet et ceux de LOUIS IX les enquêteurs alphonsins (6) tiennent leur origine immédiate du départ pour la croisade en 1249. 

En Août,à AIGUES MORTES,au moment de s'embarquer pour la croisade le comte de POITIERS donne à 6 clercs dont l'Abbé DU PIN le pouvoir d'amender et faire amender ses torts et ceux de ses Baillis,de convoquer tous ceux qu'il serait nécessaire pour contraindre à l'obéissance. 

Dans le comté de TOULOUSE les habitants eurent pour recevoir leurs doléances d'abord 4 auditeurs en 125I-52,auxquels succédèrent 5 réformateurs (7): Jean de MAISONS Chevalier,Maître* FOURCOIS,Pierre BERNARD, Jean de CASENEUVE et Frère Philippe de l'Ordre des Frères Mineurs. Envoyés par Alphonse dans le midi "pour réformer ce qui serait à réformer",ils traversent l'Agenais en Mars 1253,le Quercy en Mars-Avril,le Toulousain en Avril,alors que Monflanquin  est en gestation. 

Dans leurs ordonnances le souci de sauvegarder les droits du comte est placé avant le désir de protéger ses sujets.Sans être nouvelle,cette préoccupation va prendre de plus en plus d'importance, comme le prouve l'apparition d'enquêteurs domaniaux, ce que paraissent être davantage les eniuêteurs suivants... 

La religion, autre préoccupation des enquêteurs: en Mars 1253 la plupart des dispositions des Ordonnances pour l'Agenais concernent les hérétiques: la confiscation de leurs biens et "la distraction" des dots des femmes de ces hérétiques lorsqu'elles étaient restées catholiques. 

La prise en considération des réactions nobiliaires n'est pas absente:suite aux plaintes des barons et chevaliers,défense est faite aux sénéchaux de construire de nouvelles Bastides autres que celles en place ou déjà prévues comme Monflanquin . 

MON FLANQUIN dont l'Article 21 fait justement mention:"Comme nous ne reconnaissons pas comme acquis le droit que les nobles disent avoir, Pons AMAMIEU sur MONCLAR et Haymeric de RAVEGIANO sur Monflanquin ,nous procéderons à une enquête par nous-même ou par l'intermédiaire d'autres personnes,sur leur droit quant aux lieux où les Bastides en question ont été construites" (6).C'est affirmer vouloir en rester aux seuls signataires de 1252. 

Les coseigneurs de Calviac1252 

En Juin 1252 Guillaume ANiAGNEU et les cosei­gneurs de CALVIAC cèdent la montagne de Monflanquin  à Alphonse de POITIERS selon un texte archivé à LONDRES et repris par GOURON(6).L'historien GAR­DELLES parle lui de Guilhem Raymond de PINS (9). 

L'histoire Agenaise retient ce nom dès 1242 quand RAYMOND VII vient à BORDEAUX où il conclue,fin Août,un traité de ligue offensive et défensive avec le roi d'ANGLETERRE,traité auquel adhère Guilhem Raymond de PINS,seigneur de CAUMONT. Quelques mois après,en Novembre, il répond à la convocation d'HENRI III D'ANGLETERRE et se rend à SAINTE BAZEILLE (7). 

En 1259 Guilhem Raymond de PINS prête hommage au Comte de TOULOUSE pour ses possessions de CALVIAC, BIRAC et l'important poste de péage de TAILLLEBOURG  sur la GARONNE, pour des biens au FRECHOU et à MONCRABEAU,des parts de châteaux de TORREBREN et de SENDETS en dehors de l'Agenais,soit un domaine très distendu mais qui en fait un riche seigneur du Sud-Ouest (IO). 

En Octobre 1273 Guilhem Raymond de PII~S,sire de CAÜMONT,Officie à la cour de Gascogne réunie à St SEVER pour rendre justice au nom des Plantagnets . 

Le 9 Août 1279 Guilhem Raymond de PINS est dans le cloitre des Dominicains d'AGEN pour prêter hommage et serment de fidèlité avec l'ensemble de la noblesse Agenaise,au nouveau suzerain PLANTAGENET (II).

 

Eglise de Calviac

Il serait intéressant de savoir pourquoi ce riche seigneur attaché à RAYMOND VII et aux PLANTAGENETS cède PIONS FLANQUINUS à un CAPETIEN ? Apparaitrait alors toute la complexité des relations féodales du XIII° S. 

Les Bayles du XIII° S 

Les fonctions de Bayle sont essentiellement adminis­tratives et financières. A certains égards ils ont un pou­voir judiciaire dont l'ampleur a été restreinte de bonne heure au profit de juges distincts (I2). 

Représentants dans leurs Baylies du Sénéchal, les Bayles sont sous l'autorité directe du Viguier qui leur transmet les ordres du Sénéchal. 

Sur le plan judiciaire la judiriction criminelle a été enlevée aux Bayles;quant à la juridiction civile l'ordonnance de 1270 d'Alphonse de POITIERS impose "que dans chaque Baylie soit institué,au nom du Sénéchal avec le Conseil des Prud'hommes,un homme honnête et fidèle... qui veille à ce que les Bayles ne molestent ceux qui auront à plaider devant eux..." '-a part de juridiction enlevée aux Bayles fut attribuée à des officiers spéciaux "hommes - juges" qui rendaient la justice dans une circonscription embrassant plusieurs Bailies. C'est l'origine de ce que l'on appellera plus tard judicature ou jugerie. 

En tant qu'administrateurs du domaine du souverain. ils afferment les terres tenues de lui.C'est à ce titre que Gauthier de RAMPOUS,Bayle de Monflanquin , participe à l'élaboration de l'acte de paréage de CASTILLONNES en Septembre 1259. 

En tant qu'agents financiers les Bayles sont chargés de lever les amendes au-dessous d'un certain taux mais sans procès. 

La plupart des Bayles sont des gens du pays,en mesure de comprendre la langue d'Oc de la population. Mais leurs parents se mêlent souvent de l'administration de la Baylie en jouant de leur influence.  

Bourgeois ( XIII° siècle ).D'après un bas relief de la cathédrale de Reims

La conduite de ces Bayles semble prouver que les Séné­chaux n'apportent pas le plus grand soin à les choisir,peut­ être parce que les Bayles nommés chaque année sont avant tout les mieux offrants. Concessionnaires de leur Baylie ils doivent payer le prix convenu de l'affermage en 3 sinon en 4 ter­mes égaux:à NOël,l'Arironcciatiori,la St Jean Baptiste et la St. Michel . Ils doivent au départ donner bonne caution pour ré­pondre du paiement. 

Aussi pour se rembourser les Bayles n'hésitent pas à (for­cer leur pression sur les sujets de la Baylie,soumis à leur autorité.C'est surtout la levée des amendes qui leur donne le plus d'occasions de commettre des abus,comme le prouvent les registres des enquêteurs.

Le Bayle de Monflanquin 1256 

Dès le 6 Mars 1253 l'ordonnance de réformation de l'Agenais consacre 7 de ses 25 articles à préciser les droits et devoirs des Bayles (I2). 

En Avril 1254   Alphonse de POITIERS signe à nouveau des ordonnances de   réformation et reviendra sur le su­jet en 1255 et surtout dans son ordonnance de 1270 avant son départ pour les Croisades.

 LOUIS IX lui-même pour l'ensemble du royaume signe en Décembre 1254 la Grande Ordonnance où l'on retrouve dans leurs grandes lignes les dispositions prises par son frère Alphonse de POITIERS.

 C'est dire si les deux frères ont tenté de prévenir les abus, mais ils ont conservé le système de l'affermage des Bayles parce qu'il représente de grands avantages pour la rentrée des revenus. Aussi malgré toutes les précautions,c'était remettre une partie du pouvoir public aux mains de fermiers peu scrupuleux.

 La Charte accordée à Monflanquin en 1256 par Alphonse de POITIERS s'inscrit dans la perspective des Ordonnances de 1253-1254 et de ce désir d'améliorer le système. Ce qui fait de la Charte Alphonsine de Monflanquin , une charte exemplaire.

 " Le Sénéchal et le Bayle de notre ville seront tenus à leur entrée en charge de jurer devant les prud'hommes de la dite ville que dans l'exercice de leurs fonctions ils feront droit à chacun selon leur pouvoir et observeront les coutumes et les statuts approuvés":Article 12.

 " Notre Bayle ne doit recevoir ni les frais de justice,ni les gages jusqu'au jour où il aura fait exécuter le paiement de 1a chose jugée à la partie qui aura gagnée le procès ": Article 51.

 " Ni nous ni notre Bayle n'arrêterons aucun habitant de la dite ville ou ne ferons violence ni ne saisirons ses biens,pourvu toutefois qu'il veuille et promette ester en justice,à moins qu'il ne s'agisse de meurtre, d'assassinat,de blessures mortelles ou de tout autre crime pour lequel sa personne et ses biens doivent m'être livrés " : Article 4.

 "A la suite d'une requête ou sur une plainte d'autrui notre Sénéchal ou ses Bayles,si ce n'est pour notre propre fait ou sur notre plainte,ne pourront jamais appeler ou citer aucun habitant de cette ville hors des limites de la juridiction de cette Bastide pour des faits qui se seront passés dans la dite ville et sur ses dépendances ou de l'étendue de ses possessions ou de sa juridiction " : Article 5.

 

                   Bourgeois (fin du XIII° siècle ) restitué par Viollet-Le-Duc. D'après un manuscript de la bibliothèque nationale .

 

Toute une série d'Articles précise en outre le montant des amendes à verser en fonction des délits; ce qui laisse une latitude moindre au Bayle. Par ailleurs certaines amendes,comme le précisent les Articles 24 et 26, sont réservées aux Consuls pour être mises en commun " au profit de la ville pour les réparations des chemins, des ponts, des fontaines et autres travaux analogues "; ce qui limite les exigences du Bayle.

 De plus la Charte met en place une sorte de "témoin agissant" face au Bayle.En effet celui-ci doit,chaque année, le jour de l'Assomption, "élire et installer 6 Consuls catholiques choisis parmi les habitants de la dite ville que nous jugerons et estimerons être les plus honnêtes et les plus utiles aux intérêts de la communauté et aux nôtres":Article 13.

 C'est dans le cadre de cette Charte que la Baylie de Monflanquin , en même temps que celle de MONCLAR,est donnée en commande à Bernardo ARCHERII en 1257 (3); Guillaume de RAMPOUS étant Bayle de la seule Bastide de Monflanquin  en 1259 (I ).

 Les agents inférieurs de la Baylie

 On retrouve à Monflanquin comme dans l'ensemble des états d'Alphonse de Poitiers un grand nombre d'agents d'ordre inférieur,remplissant les fonctions les plus diverses,que les actes de l'époque désignent sous les noms les plus variés (I2).

 Il y a d'abord les soldats et gens d'armes qu'on appelle les Sergents "Servientes", les Ordonnances d'Alphonse de Poitiers les nomment encore bedeaux "bedelli".Les bayles ont droit,à partir des Ordonnances de I254,à 5 ou 4 Sergents pour exécuter leurs ordres; le Sénéchal sera informé de leurs noms qui seront publiés dans les assises publiques. Quand ces Sergents exercent leur office dans des lieux éloignés ils doivent être munis de lettres de leur Bayle sous peine de punition. C'est dire si l'on se méfie de ces agents fort gênants, insolents,rapaces et toujours prêts à outrepasser les pouvoirs ou à agir sans cornmission; Sergents qui sont l'objet de nombreuses plaintes reçues par les enquêteurs.

 Il y a ensuite des "leddarii" ou Percepteurs de la leude; les "banniers" chargés de lever le ban: on pourrait les comparer à nos garde champêtres car en même temps ils lèvent les amendes stipulées pour les menus délits champêtres, ces amendes se percevant sans forme de procès sur simple constatation du délit.

 Il y a enfin les Notaires qui sont de véritables greffiers auprès du Bayle.Ils tiennent des registres sur lesquels est écrit le montant des droits et revenus appartenant au comte; seuls ces Notaires peuvent rédiger les actes relatifs aux terres sur lesquelles le comte perçoit des droits de lods et ventes. En fait ils surveillent les Bayles grâce à leur suivi écrit.

 Monflanquin grande Baylie

L'une des caractéristiques de la Baylie de MONFLANQUIN est sa taille somme toute conséquente, ce qui est la marque des Baylies Alphonsines.

 La Baylie de MONFLANQUIN c'est en I256 quarante et une paroisses (I3) reliant le bassin du DROPT à celui du LOT, les terres forestières du Nord-Est aux terres aux terres cultivées du Sud-Ouest: véritable prise en compte d'un espace vide pour l'occuper,avec une conception ambitieuse, en l'associant à 5 paroisses prises sur PENNE,à savoir CONDEZAYGUES, LE PIN, St AUBIN, ROUETS, SAVIGNAC, en plus du château de MONSEGUR (3).

 Ce qui frappe en outre, à l'observation d'une carte (13),clest l'équidistance à laquelle se trouve la Bastide des principales rivières: le DROPT et le LOT d'une part,la LEMANCE et le TOLZAC d'autre part, sans oublier son installation près de la diagonale que représente la LEDE à l'intérieur de ce quadrilatère géographique. Ainsi placée la Baylie s'inscrit dans un espace prédéfini, prolongeant la rationalité de l'urbanisme mis en oeuvre dans la Bastide. La Bastide et la Baylie de MONFLANQUIN  portent la griffe d'un acte humain volontariste.

 En 1267, pour constituer la Baylie de VILLLEREAL 5 paroisses du NordOuest glissent de MONFLANQUIN vers VILLEHEAL:  DEVILLAC, ESTRADES,MONTAUD, BOURNEL, St ETIENNE (33). C'est dispenser la Baylie de MONFLANQUIN des problèmes inhérents à la puissance des seigneurs de MONTAUD mais c'est essentiellement tenir compte de la délimitation entre l'archiprêtrée de MONTAUD et celle de FUMEL: à partir de 1269 la Baylie de MONFLANQUIN ne comporte plus que des paroisses dépendant de l'archiprêtre de FUMEL,ce qui simplifie les problèmes.

 Problèmes qui ne manquent pas puisqu'en 1270, les Consuls de MONFLANQUIN remettent en cause la délimitation de la Baylie; avec ceux, de PENNE ils expriment leurs doléances devant les Conseillers du comte qui admettent la possibilité d'une révision par voie d'arbitrage . Qu'en advint-il ? (3).

 La Baylie de MONFLANQUIN, un espace cadré par rapport à l'espace géographique, économique, administratif et religieux. Un espace réfléchi, inscrit dans une politique méthodique d'extension du domaine, d'aménagement du territoire dirait-on aujourd'hui.

 La Baylie et Toulouse 

Monflanquin fait partie d'une série de Baylies qui pour la plupart se situent en écharpe si l'on considère TOULOUSE comme étant centre / capitale: Ste FOY LA GRANDE, AGEN,  PORT Ste MARIE, PUYMIROL, PENNE, VILL ENEUVE, St PASTOUR, MONCLAR, LAPARADE, CASTILLONNES , MONFLANQUIN, VILLEREAL, TOURNON, MARMANDE (I5).

 Le mouvement de création des Bastides est constant; en 1249 il y avait, avec pour limite le Lot ,7 Baylies en Agenais: AGEN, PUYMIROL, CASSENEUIL, PUJOLS, PENNE, PORT Ste MARIE,  MARMANDE. En 1257 le nombre des Baylies est passé à I2; à la liste précédente se sont ajoutés au delà du LOT: MONCLAR, MONFLANQUIN, TOURNON, Ste FOY LA GRANDE et CAUDEROUE (7). En 1269 on compte 16 Baylies après les constructions de CASTILLONNES, VILLLREAL, St PASTOUR,VILLENEUVE et LAPARADE. En 1271 à la mort d'Alphonse de POITIERS l'Agenais est divisé en 18 Baylies après les fondations de DAMAZAN et d'EYMET (8); l'ensemble de l'Agenais est structuré.

 Il est donc certain qu'au XIII° S. pour combler le vide qui sépare les très nombreux hameaux, villages et villes anciennes le pouvoir crée des Bastides et leur donne l'espace économico-administratif que sont les Baylies. En effet concéder des coutumes, accorder des privilèges, c'est avant tout créer un nouveau lieu de foire et/ou un nouveau centre administratif.

 La Bastide et la Baylie de Monflanquin en 1252/1256 correspondent à cette volonté politique d'Alphonse de POITIERS de mieux répartir dans l'espace du comté de TOULOUSE les fonctions a administratives, de les mettre à la portée des ruraux, tout en apportant réponse aux besoins de mise en valeur du sol environnant.

 La bastide et la Baylie de Monflanquin deviennent au milieu du XIII° siècle un relais entre la ville/capitale et les bourgs et villages de la juridiction. C'est en même temps une brèche opérée dans le système féodal grâce à une alliance juridique avec les Consuls/Jurats.

 En fait très vite le mécanisme mis en place, des Sénéchaux nommés par le suzerain et de Bayles nommés par les Sénéchaux, va détourner les Baylies du centre géographique initial au profit du suzerain. Car les suzerains visent à limiter non seulement l'influence des seigneurs mais également le champ d'action éventuel des bourgeois des grandes cités, à éviter qu'elles ne se constituent des arrières pays. L'objectif fondamental est bien le renforcement du pouvoir central du suzerain CAPETIEN.

 Baylie et Occitanie 

L'espace géopolitique dans lequel s'inscrit la Baylie de Monflanquin a donc pour centre TOULOUSE. Or en ce XIII° s, où la Baylie prend forme, la perspective historique du comté de TOULOUSE bascule.(16)

 Au début du siècle le comté de TOULOUSE était l'objet de visées théocratiques de la part du pape INNOCENT III (La Croisade de 1209 n'a pas seulement pour objet les hérétiques) et de visées territoriales de la part de Pierre II d'ARAGON qui rêvait d'un royaume méditerranéo - transpyrénéen, de la part des PLANTAGENETS au nom d'une grande GUYENNE, de la part des CAPETIENS dont la "théorique monarchique" s'affirmait.           

 Au moment où la baylie de Monflanquin est crée en 1252/1256 le rêve théocratique est révolu, mais surtout le comté de TOULOUSE a basculé dans l'orbite du Nord où PLANTAGENETS et CAPETIENS se surveillent., quel que soit le vainqueur c'est le début de la rupture avec l'univers méditerranéen, en liaison avec le poids de plus en plus grand du Nord de l'Europe.

 La naissance de la bastide et de la Baylie peut être interprétée comme l'un des signes que l'OCCITANIE n'est. plus cette nébuleuse en voie de condensation dont la fin du XII° S. donnait l'image; elle devient un conglomérat de provinces soumises quelque part entre LOIRE et PYRENEES.Et pourtant elle avait été bien près de se constituer en Etat.

 La baylie implantée par Alphonse de POITIERS, en tant que partie d'un mécanisme au service du suzerain, va alternativement être mise. à profit par les CAPETIENS et les PLANTAGENETS pour intégrer l'OCCITANIE dans leur espace. Finalement les CAPETIENS l'emporteront et l'orbite nordique sera celle de la FRANCE.

 La baylie de Monflanquin  participe à cet arrimage de l'OCCITANIE au royaume CAPETIEN.

 Cathares pourchassés 

L'Article 13 de la Charte de Monflanquin précise bien que les 6 Consuls de la ville doivent être catholiques. La précision n'est pas de pure forme en ce XIII° S. où l'OCCITANIE est terre d'accueil pour le ca­tharisme qui y a installé 5 évêchés: CARCASSONNE, MIREPOIX, TOULOUSE, ALBI, AGEN (15)­

 L'alerte à ROME est assez forte pour qu'INNOCENT III lance une croisade dès 1209.Au cours de ses campagnes Simon de MONTFORT assiège en 1212 PENNE et massacre les cathares qui s'y trouvent puis s'empare du château de BIRON. Il revient en AGENAIS en 1214 et cette fois CASSENEUIL va subir sa vindicte (7).

 C'est dire si la région est touchée par le mouvement cathare; et cela dès l'acte fondateur de St FEUX de 1167 où Raymond de CASALS est nommé évêque cathare d'AGEN.Or en 1249 encore, c'est à dire 5 ans après la chute de MONTSEGUR,80 croyants cathares sont brûlés à AGEN sur l'ordre de RAYMOND VII.Après 1300 les frères AUTHIE pendant près de 10 ans prêchent le catharisme dans les masures comme dans les nobles demeures des confins de L'AGENAIS à ceux de l'ALBIGEOIS.

 Quelques chevaliers "faydits", c'est à dire des­titués, se cachent dans les bois comme des brigands, parfois en compagnie de "Parfaits" avec qui ils cons­tituent de petites troupes misérables: après 1257 le Chevalier Amblard VASSAL pousse même jusqu'à VILLE­FRANCHE du ROUERGUE.

 Donc en 1256 lorsqu' Alphonse de POITIERS accor­de sa Charte à Monflanquin il ne peut que s'inscrire dans le respect de l'Acte Royal de 1254 sur l'obligation de choisir des bayles non suspect d'hérésie (6) et dans la perspective de l'écrase­ment du catharisme à une époque où sa hiérarchie est en exil et les croyants dans l'angoisse de la délation que favorise l'Inquisition.           

En la circonstance la Baylie de Monflanquin est représentative de l'alliance des CAPETIENS avec les clercs pour s'implanter en OCCITANIE. 

                            Dominicain d'après Heyot ( histoire des ordre monastiques) il porte courte une cape noir

 

 La menace de l'Inquisition

 Cet Article 13 de la Charte de à Monflanquin au moment où il est rédigé s'appuie implicitement sur l'In­quisition qui associe pleinement CAPETIENS et Eglise,d'autant plus fortement en AGENAIS qu'Alphonse de Poitiers est favorable aux Dominicains.

Au début, pour lutter contre l'hérésie, l'église catholique s'était engagée dans des conférences contradictoires afin de réfuter les thèses cathares mais les légats cisterciens n'avaient pas en­tamé les certitudes de leurs adversaires (I7). 

Aussi INNOCENT III avait-il donné l'autorisation de tester les méthodes de Dominique GUZMAN qui préconisait que les prédicateurs soient mendiants et itinérants pour s'opposer aux cathares sur leur propre terrain. Cette option évangélique, pourtant appuyée dès 1229 sur l'université de TOULOUSE, avait à son tour montré ses limites; d'autant plus que l'irruption de la guerre ne l'avait pas favorisée (17).

 Finalement GREGOIRE IX avait adressé en 1233 aux prélats et au provincial des Dominicains de TOULOUSE les lettres par lesquelles il confiait aux Frères Prêcheurs les pleins pouvoirs pour enquêter et juger en matière d'hérésie: l'Inquisition était en place; elle correspondait mieux à l'état de guerre, de la croisade en cours. 

C'est à la présence de l'Inquisition que l'Article 13 doit toute sa valeur menaçante pour les habitants de la Baylie de MONFLANQUIN.Cette inquisition dont le but est la mise à mort d'une religion par élimination de ses pasteurs et démantèlement de ses réseaux de solidarité. Elle est l'instrument de défense et de contre-attaque idéologique d'un pouvoir religieux dominant.  Répression sélective, terreur généralisée, délation érigée en système par la peur et la cupidité sont entretenues pour une pastorale neuve de l'église romaine parmi les populations à re-évangéliser.

 L'Article 13 de la Charte de Monflanquin fait de la baylie, sous l'autorité d'Alphonse de POITIERS et la menace de l'Inquisition, une "terra catholica" à préserver de l'hérésie.

 

Lettres patentes et mandements de 1269

 

 

La Baylie répond à des préoccupations du moment mais ce n'est pas une création dé­finie une fois pour toutes. Elle se modifie, se précise à l'occasion;2 exemples en 1269: les lettres patentes et les mandements d'Alphonse de POITIERS. 

En Mars 1269 Alphonse de POITIERS, par lettres patentes ratifiées par Jeanne de TOULOUSE, revient sur le cas de MONFLANQUIN au moment où il implante la Baylie de VILLEREAL (I8).

 "Nous faisons savoir que nous accordons aux habitants actuels et à venir de notre bastide de Monflanquin, 1'honneur, territoire ou district tel qu'il a été auparavant délimité par Guillaume de BAGNOLS, quand vivait notre Sénéchal d'Agenais...et le confirmons après en avoir toutefois détaché les paroisses de Montaut, DEVILLAC, ESTRADES et St ETIENNE de LEVENTES que nous voulons mettre dans l'honneur de la Bastide de VILLEHEAL à laquelle nous les attribuons..."

 "De plus,co:nme une même affaire ne doit pas être soumise à une espèce de double droit,nous voulons et concédons que les habitants de la Bastide de Monflanquin , habitant hors des murs, mais dans son territoire, paient seulement pour droit de justice 2 sous et 6 deniers, tout comme les citadins, pour les cheminées construites jusqu'à ce jour dans ce territoire."

 "Afin de leur donner une licence plus libérale qu'il n'est de coutume pour la cuisson du pain à leur usage comme du pain à vendre, nous voulons et leur concédons,à tous et à chacun, la faculté d'avoir un four pour cuire leur pain sans payer le fournage; mais si dans ce four ils cuisent le pain du voisin ou le pain à vendre, ils devront nous payer annuellement pour fournage, à nous et à nos successeurs,10 sous arnaudins le lendemain de Noêl ".

 "Et encore nous concédons libéralement par comble de grâce,aux habitants présents et futurs de cette Bastide et de son territoire,la faculté d'acheter leurs provisions de sel où ils voudront,sans qu'ils puissent être forcés par nous et nos successeurs,à l'acheter dans notre salin d'AGEN ou ailleurs dans notre territoire,ni en être empêché,si ce n'est de leur pure et gratuite volonté".

 "En foi de quoi nous avons fait apposer notre sceau Et nous JEANNE ... " (38)

 Le 22 Juin 1269 le comte de TOULOUSE adresse au Sénéchal d'Agenais et Quercy 3 mandements en fa­veur des 3 frères Arnaud,Pierre et Henri de GON­TAUD (seigneur de Biron ).Ces seigneurs avaient dépo­sé auprès du Sénéchal une plainte contre les habi­tants de CASTILLONNES, VILLEREAL et MONFLANQUIN (I8).Les habitants de Monflanquin pour leur part(I9) voulaient les obliger eux et leurs hommes, à payer la collecte pour la construction de la vil­le.Le comte mandait à son Sénéchal d'entendre dili­gemment les parties adverse et de faire prompte et bonne justice .

 

Sceau de majesté de Philippe III le hardi 1272 .Archive nationales

 

Saisimentum de1271 

Le Traité de PARIS de 122_9 détournant l'héritage du comte de TOULOUSE au profit des Capetiens ne cesse d'être contesté par HENRI III.

 Ces réclamations incessantes poussent le scrupuleux LOUIS IX à conclure les négociations d'ABEVILLE de 1258 qui cèdent le SAINTONGE à l'Ouest de la CHARENTE, l'AGENAIS et le Bas QUERCY: ces 3 provinces appartiennent au comte Alphonse de POITIERS, aussi LOUIS IX spécifie ne les abandonner qu'à condition que son frère meurt sans postérité,de plus il s'en réserve la suzeraineté.Cependant il s'enga­ge à payer au Roi d'ANGLETERRE une pension annuelle de 3720 livres 8 sous 6 deniers tournois comme indemnité pour l' AGENALS; cette somme est loin de représenter le revenu de cette province,qui,en déduisant les frais d'admi­nistration s'élève chaque année à 16 000 livres, dont 200 proviennent de la Baylie de Monflanquin (2).

 Ce n'est que le 21 Juillet 1259, en raison d'hésitations de LOUIS IX, que le Traité de PARIS est scellé confirmant les dispositions retenues.Cette même année 1259,Puis en 1263, Alphonse de POITIERS procède à une recognicio feodorum qui, par le jeu des hommages,conforte les liens entre vassaux et suzerain.

 En Août 1271 Alphonse de POITIERS et sa femme meurent presque en même temps au retour de la Croisade.

PHILIPPE III,héritier de LOUIS IX mort lui-mê!ne en 1270 à TUNIS, s'empresse de recueillir l'héritage d'Alphonse de POITIERS au mépris du Traîté de PARIS. 

Le comté de TOULOUSE et la terre Agenaise "tombent dans la main du Roi": le saisimentum permet de faire le point sur les droits du souverain puisqu'il s'agit du procès-verbal des serments prêtés par les nobles et les communautés au représentant du roi après le décès du comte Alphonse. La cérémonie a lieu pour la Baylie de MONFLANQUIN au castrum de PENNE le 12 Novembre 127I. Les Consuls de Monflanquin ,Raymond Arnaud de GRACCA,Stéphan de GARNERIA, Arnault FAURE au nom des paroisses et castra de la Baylie prêtent serment (20)entre les mains de Guillaume de COHARDON,sénéchal de CARCASSONNE et de BEZIERS, gouverneur pour le Roi du comté de TOULOUSE et de l'Agenais,assisté de Barthélémy DUPUY juge de CARCASSONNE(34).

 A cette date Bernard de LADEVESE devient adjudicataire de la Baylie de Monflanquin pour une somme de 190 livres 3 marc. Complètés par les 20 livres versées par Gaufridus ANDRAUT. Le tout cautionné par Philippe de HESPERIS, Géraud de BERNARD, Jean de BEAUTTET, Géraud de LASALLE, Géraud d'Anglars . En fait le roi touchera 200 livres 66 sols 8 den.(3)

 Traîté d'Amiens 23 Mai 1279

 Plusieurs années après, lors de l'entrevue d'A­miens ,le 23 mai 1279 ,EDOUARD Ier obtient enfin de PHI­ LIPPE III la restitution de l'A­genais sans que ne soit mise à mal la paix de plusieurs décen­nies dont bénéficient les popu­lations depuis 1229 (2I)

Sceau d'Edourd I°

 

Ce résultat acquis, EDOU:iRD s' innquiète immédiatement d'en obtenir la réalisation et dès le mois de Juin il charge son oncle Guillaume de VALENCE de présider du côté anglais aux opérations de restitution,de prêter à l'évèque d'AGEN et aux populations les serments qu'ils avaient accoutumé de recevoir de leurs nouveaux seigneurs,de requérir d'eux en échange les reconnaissances féodales et les homma­ges dus maintenant au Roi d'ANGLETERRE (II).

 Moins pressé, PHILIPPE III prend seulement le 26 Juin les dispositions attendues de lui en priant les habitants de l'Agenais d'obéir fidèlement à leur nouveau seigneur Edouard Ier. Raoul d'ESTREE et Guillaume de NEUVILLE représentant le Roi de FRANCE arrivent à AGEN le 8 Août et le lendemain participent à l'assemblée des trois Ordres convoqués par leurs soins pour procéder à la remise solennelle de l'Agenais aux anglais, à l'exception de 2 Bastides: CHSTILLONNES et EYMET, parce que relevant du diocèse de PERIGUEUX.

Ce même jour 9 Août 1279 Jean de VILLETTE,Sénéchal d'Agenais pour le Roi de FRANCE,se défait de ses fonctions et remet aux anglais les revenus du-pays depuis le 23 Mai . 

Le 10 Août marque le début de l'administration anglaise en Agenais: Guillaume de VALENCE se rend à la maison commune d'AGEN accompagné de Jean de GRAILLY pour y recevoir les serments de fidèlité des nouveaux sujets du Roi.

 En même temps Guillaume de VALENCE pourvoit le pays de juges et de Bayles sans rien changer au système adopté par le Roi de FRANCE qui l'avait lui-même hérité d'Alphonse de POITIERS. Il déclare aussi devant la cour assemblée qu'il établit le Sénéchal de Gascogne Jean de GRAILLY en tant que Sénéchal d'Agenais à titre provisoire.

Selon la coutume le nouveau Sénéchal prête immédiatement serment aux habitants, une fois au nom du Roi et une deuxième fois en son nom personnel. C'est ensuite le tour de la noblesse, du clergé et des bourgeois auxquels se sont joints les Consuls de plusieurs villes, dont Monflanquin

*        *

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L'homme et le milieu:

 

Le milieu naturel de la Baylie de Monflanquin au XIII° S, résulte davantage des conditions climatique que de l'action humaine dont les conséquences commencent cependant à se faire sentir (22).

 On a pu mettre en évidence pour le Moyen Age, une diminution d'intensité du champ magnétique solaire d'environ I2% ce qui est considérable et pourtant cette intensité était enco­re à la fin du Moyen Age de 22% supérieure à l'actuelle. Les gens du MOYEN AGE ont reçu moins de particules à haute énergie que nous n'en recevons. Le soleil qu'ils ont con­nu n'était pas tout à fait 1e même que le nôtre.

 Après le réchauffement qui va du VIII° au XII' S un léger rafraichissement se fait sentir au cours du XIII°S, favorable au renouvellement naturel des arbres: chênes, ormes, tilleuls, hêtres et charmes. D'une façon générale et malgré les défrichements en cours la baylie de Monflanquin reste largement boisée.

 Aussi n'est-il pas étonnant que les loups marquent profondément l'époque par leur nombre, leur force, leur pugnacité, au point de passer dans le folklore, dans la littérature: les récits sur ISEIVGRIN ne manquent pas. Alphonse de POITIERS pour sa part en fait tuer et saler(?)2000 avant de partir à la croisade.

 Cependant les travaux de défrichernent, les labours progressivement portent leurs fruits. L'oeuvre entreprise par les paysans commence à bouleverser de façon définitive la structure et la dynamique des écosystèmes naturels dès lors remplacés par l'agrosystème de type occidental. Finalement le paysage de la Baylie tel que nous le voyons de nos jours a incontestablement commencé à être façonné à cette époque. L'implantation de la Baylie et de la Bastide de Monflanquin se situe à un instant de rupture où s'opère le passage de l'écosystème à l'agrosystème.

 Dans un tel contexte les préoccupations essentielles de l'homme restent plus défensives qu'agressives visant surtout à protéger et à nourrir le corps en se cristallisant autour de e problèmes élémentaires: habitat, vêtement, alimentation.

 Le travail de la terre: 

L'outillage s'améliore,le bois reculant devant le métal; les forge­rons ruraux façonnent des outils champêtres, les manants fournissant parfois la matière (24). 

             

 Faneur affûtant sa faux. Psautier de Bonmont. XIII° siècle

Des haches,des scies perfec­tionnées rendent plus commode l'abattage des arbres. Des outils anciens s'améliorent:les pics, serpes, houes, bêches, fourches, faux, faucilles, râteaux. C'est la herse où le fer dorénavant supplante le bois; c'est surtout la charrue et l'araire dont la par­tie tranchante est ferrée, l'araire étant la plus communément utilisée autour de Monflanquin .

 Cependant c'est bien plus encore à l'effort humain qu'aux progrès de l'équipement qu'est dû un surcrcît de production; le XIII°S  c'est à la fois plus d'espaces, plus de bras, plus d'efforts et une attitude mentale nouvelle face au fatalisme à long terme.

 Pour préparer la terre, les hommes procèdent à des labours multiples: 2 labours sur jachère avant semaille des grains d'hiver, un troisième sur les chaumes avant semaille des grains de printemps. Ces labours multipliés accélèrent sensiblement la régénération du sol, élèvent le rendement; les effets du hersage s'ajoutent à ceux du labour. Il est vrai que le nouveau joug et le collier d'attelage permettent de tirer meilleur parti que ce soit du cheval ou du boeuf d'un usage plus répandu parce que moins onéreux.

 Beaucoup de manants demeurent maitres d'organiser leur cycle agraire en fonction du sol, de l'exposition, du climat et de leurs possibilités bien plus qu'en fonction de traditions agraires avec vaine pâture dont les historiens ont assurément gonflé le poids (24). En fonction aussi de leurs capacités financières: si le cycle triennal semble souhaitable ici et là, tout le monde le considère encore comme "un usage de riche".

 La vie des paysans:

 Au delà des différences de comportement selon les régions et les revenus, existe un fond commun dans lequel s'inscrit le paysan de la Baylie de Monflanquin en cette période de paix dont chacun profite ici depuis le Traité de PARIS en 1229.

 Tout d'abord et quelle qu'ait été l'ascension économique des plus heureux, les paysans vivent chichement. La modestie du niveau de vie se retrouve tant dans la noutriture que dans le mobilier ou le vêternent. Deux ou trois pièces au lieu d'une salle commune, une cheminée rurale au lieu d'un âtre central, des volets en bois au lieu d'un mur aveugle distinguent les chaumières les unes des autres,ce qui est bien peu (25).

 Cette uniformité,à peine entamée dans les usages quotidiens n'existe pas dans le domaine de l'ou­tillage agraire, de la fortune foncière. En effet au XIII°S. la poussée démographique et la pénétration de l'argent permettent certes la naissance de la Bastide de Monflanquin mais en même temps des dis­torsions entre les parcelles cultivées,les deux phénomènes étant liés.

 En effet,tandis que que les plus malchanceux deviennent " journaliers" catégorie sociale qui apparaît à cette époque,ceux qui ont pu rester maîtres de leurs outils deviennent les "laboureurs" qui peuvent prêter aux voisins endettés et accroître leurs terres, qui à l'occasion peuvent aussi venir s'installer dans la Bastide pour jouir des droits offerts par la Charte.

 Ainsi commence à se forrner,au moment où est créé Monflanquin , un salariat agricole, un prolétariat rural dont la naissance est un trait remarquable de l'histoire sociale des campagnes et une bourgeoisie rurale dont la Bastide est le symbole.

 La production agricole:

 

 

Comme le pain est de plus en plus consommé au lieu de bouillies les paysans sont davantage incités à produire des céréales panifia­ bles dont l'avoine et l'orge pour le "pain noir". Mais les riches con­somment du "pain blanc", ils pous­sent à la production du blé,du froment.

 L'avoine comme l'orge étant grains de printemps, l'introduction et la diffusion des blés de printemps correspondent aux besoins des laboureurs et de quelques habitants de la Bastide par suite d'une "vulgarisation des modes aristocratiques en période de croissance economique" (24).

 Les moulins accompagnent cet essor de la production céréalière.Peu à peu les moulins à eau apparaissent le long du LOT et peut-être déjà de la LEDE, s'y multiplient. Les sergents du seigneur banal détruisent les antiques moulins partout où règne l'obligation de porter le grain au moulin banal. Les moulins à vents seront plus tardifs (35).

 A proximité de ces moulins à eau, l'excès d'humidité dû au manque de draînage consécutif aux retenues des digues gâte les prairies. En revanche sur les côteaux, faute de moyen d'irrigation, on ne rencontre guère que de maigres prairies. De plus les possibilités de stabulation sont médiocres. Tout cela fait que l'élevage bovin est à la fois familial, et réduit pour le paysan qui revend le bétail au rythme de ses besoins d'argent, 1'élevage est une sorte d'épargne temporaire puisqu'au XIII° S le prix du bétail ne cesse d'augmenter; il a un ou deux boeufs pour l'araire, une vache pour le lait...

 Cet élevage familial se cocuplète de quelques porcs, moutons, chèvres,  peut-être d'un âne, parfois de chevaux et mulets comme le laissent entendre les Articles 26 et 34 de la Charte des Coutumes de Monflanquin . Sans parler de volaille (I).

 

Vers 1250 le développement des cultures de légumineuses (fèves, lentilles, pois rouges et blancs...) permet de mieux reconstituer les sols tout en enrichissant la panoplie des produits habituels; choux, raves, oignons, laitues, cresson. Si cette horticulture, par nature intensive, hautement nourricière, opère une ouverture sur les marchés de la baylie, ce sont des échanges à court rayon d'action et sans intermédiaire (36).

 Plus que celle des légumes la culture du chanvre, dont la toponymie locale a gardé le souvenir avec "canabal", devient au XIII°S l'une des formes du passage de l'économie vivrière à l'économie d'échange.

 Peu de fruits cultivés, à part les pommes mais il y a cependant dans les vergers des poires, coings, noix et mires.

 Mises au point entre le XI° et XIII° S les techniques viticoles, qui ne varieront plus jusqu'à la crise du phylloxera au XIX° S, témoignent d'une exceptionnelle maîtrise des conditions naturelles. Les cépages alors utilisés se sont maintenus jusqu'au phylloxera également.

 Pour les riches comme pour les pauvres, l'affaire majeure de l'année culturale, ce sont les vendanges car cette culture au XIII°S s'est démocratisée pour produire des vins de consommation courante au point qu'on en trouve partout dans la Baylie. De plus elle bénéficie des fortes densités démographiques, elle qui exige un travail intensif.

 Ce n'est qu'après l'ouverture du trafic Bordelais aux villes de PENNE et VILLENEUVE en 1280 que l'on peut penser à une exportation de la production Monflanquinoise. Au temps d'Alphonse de POITIERS et de Philippe III il est certain que cette production est liée à la consommation locale uniquement.

 Redevances paysannes aux seigneurs: 

La superficie des terres exploitées et la valeur des charges ont au XIII ° S, dans la baylie de Monflanquin comme dans tout le royaume, plus d'importance pour le ni­veau de vie ; due le statut personnel.Même s'il faut sou­ ligner que le servage laisse place au système censitaire dans lequel apparaissent les fondements du paysan libre (24).

 La tenure à cens individuelle, perpétuelle et hérédi­taire remplace progressivement la tenure domaniale qu'est le manse,lequel regroupait les serfs au service du seigneur.La Bastide et la Baylie de Monflanquin sont con­temporaines de ce moment de l'histoire où l'in­dividu acquiert au détriment de son seigneur laliberté de se défaire de son bien s'il le désire, même si payer cette taxe annuelle et per­pétuelle c'est se reconnaître tenancier du sei­gneur pour le bien qui en est grevé. 

Le cens, de loyer de la terre devient simple redevance recognitive car stipulée en monnaie locale qui se déprécie; il constitue un prélèvement en général léger sur les revenus et d'un maigre rapport pour le seigneur.

 Le champart quant à lui dit bien qu'il y a concession "à part de fruit" que ce soit de champ, d'où son nom, mais aussi de vignes, prés, jardins...La tenure en champart est d'un bon, rapport pour les seigneurs qui, prélevant les produits en nature, profitent de la hausse des prix du XIII° S.; elles sont donc plus lourdes à supporter pour les paysans qui abandonnent 20 à 30% de leur production.

 La taille ou fouage ne devient un complément de la redevance foncière qu'avec le temps, puisqu'il ne deviendra un impôt royal permanent qu'au XV° S. Pour le moment c'est un impôt hybride qui n'est à proprement parlé ni personnel ni réel et qui est levé par famille, par feu, autant dire sur une base purement conventionnelle et arbitraire. La moyenne de la somme imposée par feu est de dix sous (4).

 Le fouage est levé au XIII° S en vertu du principe féodal de l'aide aux quatre cas;il se présente donc encore comme une taxation occasionnelle extraordinaire. C'est dans cet esprit qu'Alphonse de POITIERS lève un fouage en 1263 dans le quercy, l'Agenais et l'Albigeois en précisant cependant que les nouvelles Bastides sont exemptées, précision apportée dans une lettre au Sénéchal d'Agenais à propos de Monflanquin (2).

 Les banalités pèsent aussi sur la plupart des tenures. Tantôt le seigneur consent à l'abonnement c'est à dire que contre paiement d'une taxe annuelle il n'y a plus obligation d'utiliser les moyens techniques du seigneur, tantôt la taxe à payer à l'agent ou au fermier seigneurial doit être payée chaque fois. La banalité la plus souvent attestée est celle des moulins plus coûteux à édifier que les fours et même les pressoirs; les riontants peuvent être estimés au vingtième environ pour moudre, au vingtième également pour cuire et au huitième pour presser.

 Les droits d'usage en forêt ne sont généralement pas gratuits mais la taxe qui en est la contrepartie n'est. finalement guère lourde eu égard au profit retiré par les usagers: bois mort, bois d'oeuvre, cueillette de fruits sauvages.

 Peu de corvées subsistent dans la campagne environnante, en ce XIII°S. où la Bastide de Monflanquin émerge. Les seigneurs, leurs régisseurs ou leurs fermiers doivent dépenser pour la nourriture des redevables des sommes hors de proportion avec le travail fourni. Mieux vaut avoir affaire à la main-d'oeuvre salariée, temporaire ou non, surabondante en ces temps d'exubérance démographique. Le plus souvent les corvées se limitent à quelques journées annuelles pour labourer, faner, moissonner.

 Face à ces charges, lourdes au total, les paysans ne rejettent pas le principe de la seigneurie ou la tutelle du ban; ils ne veulent que la fixité des taxes,  la préservation des usages. Toute "novelté" les révol­tes car elle porte la marque d'un arbitraire insupportable et renforce une inégalité intolérable (26).

 Les types de seigneuries:                                       

La seigneurie châtelaine, liée à l'existence d'unchâteau, est d'étendue variable et généralement mal con­ nue. L'unité administrative est le "territorium castri" à l'intérieur duquel le châtelain, c'est à dire un offi­ cier militaire chargé de la garde de la place-forte et nommé par le Sénéchal,bénéficie de droits (9). Tous les habitants sont sous la dépendance du châtelain et en échange de la protection accordée, efficace ou illusoire, sont soumis aux "coutumes" c'est à dire aux services et redevances. Les textes administra­tifs de la sénéchaussée ne mentionnent aucune châtellenie au XIII° S en ce qui concerne la Baylie de Monflanquin .

 La seigneurie banale ou judiciaire existe par contre;ne serait-ce qu'au profit d'Alphonse de POITIERS. Là toute la vie économique est règlée par le seigneur: en particulier le ban est source de profits, soit directement (four,moulin,pressoir...) soit indirecternent en raison des amendes qui sanctionnent toute désobéissance. De ces monopoles banaux il faut rapprocher lès privilèges de pêche et de chasse.

 La juridiction sur les villageois est l'un des éléments essentiels du pouvoir banal. Si la haute justice(c'est à dire la répression des crimes les plus graves) reste de la responsabilité du seigneur châtelain,la moyenne et basse justice échoit aux            seigneurs banaux qui en ont arraché l'exercice. Ils en font une source de revenus grâce aux amendes infligées à la moindre occasion.La Charte de Monflanquin une idée précise de la large panoplie de ces amendes.

 La seigneurie foncière, la plus nombreuse,associée ou non aux deux autres, fait pâle figure quand elle est seule a s'exercer. Cette seigneurie foncière se compose de deux parties, la réserve au domaine et les tenures sur lesquelles pèsent en particulier le cens, le champart,la taille.

 La Baylie contre les seigneuries: 

Le XIII° S s'accompagne d'une vulnérabilité des fortunes chez les petits seigneurs de la Baylie sur­ tout possesseurs de seigneuries judiciaires et foncières.

Cet appauvrissement tient à l'archaïsme de la famille aristocratique entassant les bouches inutiles sur un bien qu'on se refuse à exploiter rentablement. Il tient également au recul des profits de justice que les Capetiens ou Plantagenets détournent à leur profit en s'appuyant sur Les Chartes de Coutumes et les Bayles.

 Il faut y joindre l'inadaptation au progrès économique.Les seigneurs qui ne peuvent plus compter sur les corvées, rachetées par les paysans, se rabattent parfois sur le salariat et sur le faire valoir direct où faute d'une saine gestion ils voient leur trésorerie s'anéinier, leur production baisser. Soucieux de main­tenir l'assise de leur fortune foncière les seigneurs préfèrent recourir au fermage qu'au métayage "la fâcherie" où le propriétaire redoute la fraude au moment du règlement (25).

Or comme le noble veut soutenir son prestige il engloutit en prestations féodales,le peu de ses surplus. On estime qu'à superficie égale les charges d'un bien noble, même sans tenir compte de l'entassement sur lui de trop abondants consommateurs, excèdent de I5% vers 1270 celles d'un bien de roture.

 Le mouvement général, auquel échappent quelques seigneurs,mène à une réduction de train de vie. On assiste alors à une descente vers la médiocrité. Situation qui partage l'ancienne aristocratie entre quelques riches et une masse noble appauvrie, laquelle s'ouvre à des roturiers enrichis. La noblesse de la Baylie participe de ce mouvement général et n'est pas en état de résister aux empiètements de la monarchie représentée par le Bayle.

 La baylie est comparable à un collier de force imposé à une noblesse en état de moindre résistance mais consciente. En 1253, l'année même des Ordonnances, les barons de l'Agenais, inquiets de voir le Sénéchal d'Alphonse construire une foule de villes neuves, qui devaient causer la dépopulation de leurs seigneuries, veulent qu'on précise les cas où leurs hommes peuvent les quitter. C'est l'occasion d'une assemblée, la première du genre,ou le Sénéchal prend conseil de ses administrés (4).

 Les seigneurs réagissent aussi bien contre la multiplication des Baylies que contre l'action des Bayles qui grignotent les prérogatives seigneuriales pour mieux rentabiliser leurs propres revenus.

 Cette réaction nobiliaire est exprimée à l'encontre des Baylies tant en 1253 qu'en 1270 ou I279.C'est à dire ainsi bien au temps des CAPETIENS que des Plantagenets (27).

 Les châteaux de la baylie: 

Partout dans l'Agenais la coutume donne à tous les hommes libres le droit de s'enclore sans en ré­ férer à personne. Une telle disposition va faciliter l'éclosion de très nombreux édifices militaires: plus de 130 sur les 7000 km2 de l'Agenais.(9).

 Cependant dans le Nord-Est de la tsaylie de MON­ FLAN QUIN, peut-être pour des raisons stratégiques mais certainement parce que les forêts prédominent il n'y a d'autres châteaux attestés avant le XIII° S que ceux de BIRON, hors des limites de la Baylie et GAVAUDUN.

 Au Nord de Monflanquin dans la haute vallée de la LEDE, la butte calcaire de GAVAUDUN bien isolée sur les bords du petit canyon de la LEDE avait servi de refuge à des hérétiques que vint assiéger Jean d'ASSIDE, évèque de PERIGUEUX (1160-0069); Ie château fut détruit. Il ne reparaît que sous Alphonse de POITIERS après I259 et une partie du château sem­ble être de cette période (9). Alors est délimitée la juridiction de la forteresse au profit d'une famille dîte de BALENX ou de GAVAUDUN qui l'occupe(29) .

 A l'opposé de la Baylie,vers le Sud,dominant la vallée du LOT, entre FUMEL et PFNNE,le pech de MONSEGUR appartient à Esquieu de Fumel et à B. de Montesquieu en 1259. Ils ne tiennent d'Alphonse de POITIERS que le "castrum vetus",mais pas le "cas­trum novum" ni le "barium"c'est à dire le faubourg. D'ailleurs le saisimentum de 1271 cite à la fois Monsegur dans la baylie de Monflanquin et dans cel­le de PENNE. Deux fossés isolant deux enceintes déterminaient sans doute la division tripartite du pech (9 bis).

 Vers l'Ouest le château de Cancon , quant à lui, domine du haut d'un des pechs les plus élevés de la région, l'ancienne route romaine qui conduisait de PERIGUEUX à AGEN par EYSSES. En 1259 cette forteresse est détenue par deux parçonniers, Amadieu de MADAILHAN et Anissant de CAUMONT au nom de sa femme. Une agglomération s'est développée à côté du château et reçut les coutumes en 1287.

 Près de Monflanquin , à CALVIAC, Quilhem Raimond de PINS se reconnaît l'homme d'Alphonse de POITIERS en 1259 pour un "castrum de CALVIAC", et le "livre de l'Agenais" fixe à 15 sous l'accapte du "castel de CALVIAC dans la Baylie de MONFLANQUIN", seuls renseignements fournis par les textes (30).

 "Lo repaire de ROQUEFERA" est mentionné pour la première fois en 1279 dans le "livre de l'Agenais".Il subsiste de cette époque une grande salle rectangulaire flanque à l'Est d'un donjon carré (9).

 PAULHIAC présente un corps de bâtiment quii pourrait bien être de l'époque du XIII° S; sorte de maison forte dépendant d'un seigneur des environs comme il l'est au XVII° S des comtes de FUMEL. Le château d'Escandailac sem­ble également dater du XIII°

 L'ensemble des châteaus cités lors des hommages successifs du XIII° S sera complet avec LABARTHE qui est sur la liste en 1259 et Montaut sur celle de 1279.

 Reste Monflanquin , sujet à caution. La formulation utilisée par Alphonse de POITIERS dans 1a Charte de 1256 ouvre le débat "Littera hominibus castri deMonteflanquino..." D'autres textes plus tardifs utilisent encore le terme de château. Le "quartier" compris entre le carrerot des Augustins et la rue St Nicolas d'une part, la rue des Arcades et la rue de l'Union d'autre part mérite à cet égard un in­térêt soutenu et fortement discutable.

 Le château - type du XIII°S 

La noblesse gasconne, nombreuse, d 'esprit indé­pendant mais généralement pauvre, a donc beaucoup bâti mais sans trop dépenser.De plus le régime succes­soral qui entraîne le partage des fiefs, y compris les donjons, les logis et les murailles explique l'existence de parçonniers c'est à dire de co-pro­priétaires, de co-seigneurs pour ces constructions qui tirent avantage des buttes et éperons très nombreux dans la Baylie(9).

 Il ne parait pas possible d'attribuer une valeur stratégique extraordinaire pour la plupart de ces constructions. Pour des services de guet et de surveillance d'ailleurs souvent difficiles à mener avec les faibles effectifs et les médiocres ressources seigneuriales, une simple tour aurait suffi.

 Ces édifices en général se résument essentiellement à un corps de logis rectangulaire,avec étage habitable, mal flanqué par une ou deux petites tours ou échauguettes. Ce sont avant tout des "salles" féodales construites par de petits seigneurs. L'exemple type dans la Baylie en est PAULHIAC.

 Le corps de logis quadrangulaire n'a d'autres ouvertures,au nez de chaussée,que des archères car la porte est souvent au Ier étage donnant sur une salle avec petites fenêtres cintrées et une cheminée. Les séparations entre étages sont constituées par des planchers.

 La vocation militaire n'est pas la fonction primordiale de ces simples demeures seigneuriales où le maître et ses revenus -bétail, récoltes se trouvent à l'abri d'un coup de main.

 Ce château gascon, comme celui d'autres régions, a souvent compris dans son enceinte une chapelle.

 L'emploi de la pierre devient presque général,on distingue aisément dans ces murailles du XIII° S soigneusement établies,de grossières maçonneries,contenant souvent des remplois,que l'on a hâtivement dressées dans toute la région après la guerre de Cent Ans.

 Il est évident que GAVHUDUN échappe à cette typologie avec son donjon imposant. Ici l'emploi de la voûte en berceau à tous les étages renforce la structure rectangulaire,1'épaisseur des murs qui atteignent mètres à la base en font une forteresse militaire conséquente.

 Redevances versées au clergé 

Les seigneurs ne sont pas seuls à percevoir des re­devances sur les paysans,il y a également les clercs. Mais tout comme les seigneurs le clergé voit s'opérer une rupture interne de son ordre. Cette rupture entre les deux clergés n'est pas seulement liée aux origines sociales, au degré de formation intellectuelle,elle ré­ side aussi dans la nature des revenus dont la dîme est un élément primordial.

 La dîme :ce prélèvement de IO% en nature sur le croît des bêtes comme sur les récoltes, et qui n'est pas "abonné" au XIII°S, n'est pas cité dans les censiers parce que ce n'est pas un droit lié à la seigneurie(24).

 Pourtant dans la mesure où le prélèvement se fait au profit du haut clergé,prélats,abbayes qui possèdent un peu partout de belles seigneuries,le paysan a le sentiment de subir une redevance seigneuriale supplémentaire.Aussi cherche-t-il toutes les occasions de frauder et malgré toutes sortes de moyen de coercition,temporels ou spirituels,les décimateurs semblent avoir été incapables d'obvier à toutes les ruses paysannes.

 Quoiqu'il en soit le curé du village n'est pas ou n'est que peu concerné par la dîme,aussi lui faut-il compter sur d'autres revenus:les collations. Mais évêques, abbés et chapitres partagent ces collations et la répartition avec le curé donne lieu à tensions. 

Eveque ( XIII° siècle d'après le tombeau d'Evèque de Frouilloy

 

En principe le partage se fait en deux en ce qui corcerne les dons faits à l'occasion des baptémes,des mariages,des confessions,des grandes fêtes,le pain bénit,les frais de sépulture.Le curé prend en général la totalité des offrandes versées lors des relevailles. Au total un revenu bien maigre.

 D'où la nécessité pour le curé de prélever des droits sur chaque feu,ces droits étant le plus souvent les !nêmes pour tous les ménages. Les paroissiens payent-ils de bon gré ? Dans une certaine mesure sans doute,lorsque le curé leur semble bien s'acquitter de ses devoirs de prêtre ,au sein de la paroisse.

 Eglises et couvents 

Le réseau des paroisses du diocèse d'AGEN a fini de se tis­ser avant la fin du XIIIS.At. delà de l'é­ glise gothique de Monflanquin , en témoignent encore les églises romanes, plus ou moins re­ touchées danale temps, dont "le blanc manteau" s'étend sur la campagne (24)

 Ces petites églises flanquées de leur hameau jalonnent les chemins de la campagne:ceux qui arrivent de  Monflanquin , centre de la Baylie,et ceux qui mènent à d'autres hameaux isolés. Tout un réseau de communication se greffe sur cet ensemble d'églises et innerve les paroisses;  il n'a cas totalement disparu aujourd'hui.

 Par contre certaines de ces églises ont, elles,dis­ parues, comme St André au pied de Monflanquin ou bien ont perdu leurs structures romanes dans des reconstruc­tions plus tardives comme à Roquefere . Mais l'essentiel du dispositif est bien présent sous nos yeux permettant de se faire une idée de la riche implantation des églises sur le territoire de la Baylie.                                                                                                                    

A ce dispositif dépendant de l'autorité de l'évèque d'AGE'N et de l'archi prêtre de FUMEL s'ajoutent les couvents (37).

 Celui des AUGUSTINS près de la Bastide n'est pas des moidres, si représentatif qu'il est de l'effort des Ordres Mendiants en ce siècle d'évangélisme(22). Ce couvent des Augustins dépend des BENEDICTINS clunisiens d'Eysses , tout comme le proche prieuré d'hommes de St Cernir de LABARTHE (I3).

 Les Clunisiens de MOISSAC par contre se sont inatallés plus au nord au LAUSSOU où existe un prieuré d'hommes.

 Les bénédictins de Sarlat se sont installés quant à eux dans les prieurés de Genibrede, Laurenque, Envals, Calviac .

 I1 faut aussi noter la présence des Bénédictins d'Aurrillac à Montaut , des Bénédictins de Catus à Corconac, des Bénédictins d'Angoulème à Tayrac .

 Enfin les bénédictins de FONT-GAUFFIER ont favorisé l'implantation d'une moniale, prieuré de femmes, à St AMANS de SCANDAILLAC.

 Il n'y a pas là une simple juxtaposition dans l'espace Monflanquinois d'églises et couvents mais bien la prise en compte d'un rapport de forces au moment où, par le biais des églises paroissiales, les évêques prennent le pas sur les abbés; tout comme l'autorité monarchique prend forme dans la Baylie face aux seigneurs : l'espace clérical autrefois animé de­puis plusieurs centres autonomes les uns par rapport aux autres se retrou­ve intégré dans un diocèse sous la responsabilité d'un seul et même centre de décision, l'évèché d'AGEN.                                                                                                                                                                

La vie paroissiale 

Partout la communauté p:roissiale s'a.ffirme, ai­dant à la consolidation de la communauté agraire qui lui était parfois antérieure. Chaque paroisse en dépit de l'expansion démographique comprend au plus quelques centaines d'habitants et souvent moins. Donc un groupe assez réduit pour être suffisamment homogène,à peu près bien tenu en main par le curé (24).

 Une nouveauté du XIII° Siècle: l'intervention plus fréquente des fidèles dans la vie de la paroisse. La "fabrique" fait dorénavant partie des institutions paroissiales. Insensiblement la fabrique dirigée par des marguilliers choisis parmi les paroissiens sans doute les plus aisés, est devenue une personne morale. I1 lui faut entretenir l'église, la réparer, veiller à l'entretien du mobilier culturel, en utilisant les dons perçus (32).

A l'église avant ou après le sermon, des annon­ces de toute sorte se crient tandis que les ventes aux enchères s'effectuent devant le porche. Toutes les assemblées se tiennent dans l'église même. En cas de danger, on s'y abrite avec ses bêtes, ses sacs et ses coffres.  "L'issue de la messe paroissiale " réunit les habitants en ces lieux comme dans un forum où l'on entend les communications des sergents. Ces assemblées animées très libres sont très efficaces pour l'évolution des esprits.

 Dans la mesure où un peu partout on décèle au XIII° Siècle l'existence de confréries on peut s'interroger sur la pré­sence de certaines d'entre elles dans les paroisses de la Baylie de Monflanquin . I1 leur fallait faire célébrer des messes, organiser des pro­cessions lors de certaines fêtes et lors de la sépulture des confrères décédés; il leur fallait aussi distribuer des secours aux pauvres.

                   Moine Bénédictin (XIII° siècle) d'après un manuscrit de la Bibliothèque nationale. Il est revetu du Froc, large robe munie d'amples manches et d'un capuchon

 

Cependant il arrive que la vie religieuse ait tendance au XIII° S à échapper partiellement au cadre paroissial. Chapelles conventuelles et castrales permettent aux religieux et aux nobles de faire un peu bande à part. Le seigneur qui a une chapelle dans son château ne vient pas régulièrement prendre la place qui lui est réservée à l'église paroissiale pour écouter la messe dominicale. 

Le niveau religieux des ouailles 

En fait, au XIII° Siècle le niveau religieux des ouailles est l'objet des préoccupations de la hiérarchie catholique, ne serait-ce que pour répondre à la poussée cathare et aux besoins évangéliques ressentis par les po­ pulations du XIII° Siècle. 

Le quatrième Concile de LATRAN (1215) ordonne aux évêques de convoquer chaque année une assemblée où seraient publiées après enquête les réformes et cor­rections nécessaires à la discipine. Désormais les statuts cynodaux vont servir de guide usuel quotidien au clergé; ce sont des documents éducateurs pour les curés (24).

 C'est ainsi que depuis 1215 confession annuelle et communion pascale sont devenues obligatoires.La prédication dominicale, que renforcent à l'occasion les sermons des Frères Mendiants, est la principale forme d'instruction religieuse. Les prêtres doivent  "exhorter sans cesse 1e peuple à réciter l'o­raison dominicale, le credo in deum et la salutation de la bienheureuse vierge Marie". Bien entendu il est demandé de prêcher le plus possible en latin quand le prêtre a la formation voulu .

 Cependant les récupérations de pratiques paen­nes ne manquent pas. Les autorités médiévales n'inter­viennent pas contre le Mai nouveau parce que 'l'on n'y fait ni danser, ni farces, ni rien qui pût à pre­mière vue engendrer des désordres". Par contre c'est en vain que l'église prohibe les sauts et danses du premier dimanche de Carème et du soir du Mardi Gras.

 Les Rogations, ou Litanies mineures, sont l'un des grands moments de la vie religieuse des campa­gnes. Survivance druidique, emprunt aussi aux pratiques romaines, ces cérémonies reçoivent plus qu'un habillage chrétien: dans cha­que paroisse ces processions se font selon des lieux traditionnellement fixés, sacralisés par des croix. Le premier jour est réservé aux prés, le deuxième aux champs, le troisième à la vigne. On croit aux présages pendant ces trois jours: il fera le même temps qu'à chacune des journées lors des fenaisons, des moissons, des vendanges. 

 Le monde des clercs 

Il est évident que pour faire passer le message au­ près des croyants il faut un encadrement sérieusement for mé à la juste doctrine catholique.Ce dont se préoccupe donc le Concile de LATRAN et ce que concrétise la création de l'Université de TOULOUSE avec l'aide de professeurs de la Sorbonne.

 Malgré tout, les figures du moine engraissé par l'effort paysan; de l'évèque concussionnaire ou du chanoine avaricieux, apparues dès le siècle précédent dans les chansons des GOLIARDS,s'insinuent dans les esprits. Le domaine des exemptions fiscales offre un champ de critiques dans le monde rural, même si l'on n'en est pas au stade de l'opposition déclarée (25).

 En fait le clergé offre une cassure interne déjà béante au XIII° S, prise en compte par les critiques qui, portées contre les abbés ou évêques épargnent le bas clergé. Mieux, on lui pardonne son igno­rance scandaleuse, sa grossière simplicité, ses moeurs souvent médiocres car il est du peuple; comme l'atteste l'Article 3 de la Charte de Monflanquin "relative au fait crue les habitants de la dite ville peuvent... promouvoir leur fils dans l'ordre clérical".

 Dans la Baylie de Monflanquin , comme partout dans le royaume, le phénomène de formation d'un prolétariat clérical apparaît un trait essentiel de l'évolution sociale du XIII° S. Au contingent des curés et vicaires campagnards à peine instruits et frustrés trés s'ajoute celui des cha­pelains que la dévotion de l'époque multiplie d'autant plus facilement que l'essor démographique, les coutumes lignagères d'exclusion des cadets enflent la masse famélique des clercs à l'affût d'une chapellenie.

 

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Ainsi les années 1252-I279, que l'on peut appeler "années alphonsines" dans la mesure où le dispositif Monflanquinois mis en place par Alphonse de POITIERS a été maintenu par le Roi PHILIPPE III, sont remarquables à plus d'un titre. 

En effet une création volontariste dont la décision est prise en plein milieu du XIII° S laisse son empreinte sept cents ans après: la bastide d'aujourd'hui respecte le plan urbain initial et le canton actuel a gardé l'essentiel de l'espace attribué par Alphonse de POITIERS à la Baylie d'origine.

 De plus on ne peut oublier que, dans ce XIII° siècle qui n'a rien d'un siècle statique, l'émergence de la Bastide et de la Baylie de Monflanquin est concomitante d'un passage de l'écosystème à l'agrosystème dans lequel nous évoluons, et en ce qui concerne l'occitanie, d'un destin nouveau dont le poids n'a fait que se renforcer jusqu'à nos jours.

 En matière d'histoire évènementielle enfin, cet ensemble étroitement imbriqué " bastide / Baylie " donne un aperçu de la situation de paix qui règne au XIII° Siècle et dont tirent profit à la fois les populations pour améliorer leur condition, l'église pour se structurer et les Capétiens pour affirmer leur autorité face aux seigneurs.

 Années remarquables donc que ces années alphonsines de la création de la bastide / Baylie de Monflanquin puisqu'elles s'inscrivent à la fois dans l'histoire de rupture et dans la durée ./.

 

Georges ODO

 

Août 1993