Le Bayle de Monflanquin 1256
Dès le 6 Mars 1253 l'ordonnance de réformation de l'Agenais
consacre 7 de ses 25 articles à préciser les
droits et devoirs des Bayles (I2).
En Avril 1254 Alphonse
de POITIERS signe à nouveau des ordonnances de
réformation et reviendra sur le sujet en 1255 et surtout dans son ordonnance de
1270 avant son départ pour les Croisades.
LOUIS IX lui-même pour l'ensemble du royaume signe en
Décembre 1254 la Grande Ordonnance où l'on retrouve dans leurs grandes lignes les
dispositions prises par son frère Alphonse de POITIERS.
C'est dire si les deux frères ont tenté de prévenir les
abus, mais ils ont conservé le système de l'affermage des Bayles parce qu'il représente
de grands avantages pour la rentrée des revenus. Aussi malgré toutes les
précautions,c'était remettre une partie du pouvoir public aux mains de fermiers peu
scrupuleux.
La Charte accordée à Monflanquin en 1256 par Alphonse de
POITIERS s'inscrit dans la perspective des Ordonnances de 1253-1254 et de ce désir
d'améliorer le système. Ce qui fait de la Charte Alphonsine de Monflanquin , une charte
exemplaire.
" Le Sénéchal et le Bayle de notre ville seront tenus à
leur entrée en charge de jurer devant les prud'hommes de la dite ville que dans
l'exercice de leurs fonctions ils feront droit à chacun selon leur pouvoir et observeront
les coutumes et les statuts approuvés":Article 12.
" Notre Bayle ne doit recevoir ni les frais de justice,ni
les gages jusqu'au jour où il aura fait exécuter le paiement de 1a chose jugée à la
partie qui aura gagnée le procès ": Article 51.
" Ni nous ni notre Bayle n'arrêterons aucun habitant de
la dite ville ou ne ferons violence ni ne saisirons ses biens,pourvu toutefois qu'il
veuille et promette ester en justice,à moins qu'il ne s'agisse de meurtre,
d'assassinat,de blessures mortelles ou de tout autre crime pour lequel sa personne et ses
biens doivent m'être livrés " : Article 4.
"A la suite d'une requête ou sur une plainte d'autrui
notre Sénéchal ou ses Bayles,si ce n'est pour notre propre fait ou sur notre plainte,ne
pourront jamais appeler ou citer aucun habitant de cette ville hors des limites de la
juridiction de cette Bastide pour des faits qui se seront passés dans la dite ville et
sur ses dépendances ou de l'étendue de ses possessions ou de sa juridiction " :
Article 5.



Bourgeois
(fin du XIII° siècle ) restitué par Viollet-Le-Duc. D'après un manuscript
de la bibliothèque nationale .
Toute une série d'Articles précise en outre le montant des amendes
à verser en fonction des délits; ce qui laisse une latitude moindre au Bayle. Par
ailleurs certaines amendes,comme le précisent les Articles 24 et 26, sont réservées aux
Consuls pour être mises en commun " au profit de la ville pour les réparations des
chemins, des ponts, des fontaines et autres travaux analogues "; ce qui limite les
exigences du Bayle.
De plus la Charte met en place une sorte de "témoin
agissant" face au Bayle.En effet celui-ci doit,chaque année, le jour de
l'Assomption, "élire et installer 6 Consuls catholiques choisis parmi les habitants
de la dite ville que nous jugerons et estimerons être les plus honnêtes et les plus
utiles aux intérêts de la communauté et aux nôtres":Article 13.
C'est dans le cadre de cette Charte que la Baylie de
Monflanquin , en même temps que celle de MONCLAR,est donnée en commande à Bernardo
ARCHERII en 1257 (3); Guillaume de RAMPOUS étant Bayle de la seule Bastide de Monflanquin en 1259 (I ).
Les agents inférieurs de la Baylie
On retrouve à Monflanquin comme dans l'ensemble des états
d'Alphonse de Poitiers un grand nombre d'agents d'ordre inférieur,remplissant les
fonctions les plus diverses,que les actes de l'époque désignent sous les noms les plus
variés (I2).
Il y a d'abord les soldats et gens d'armes qu'on appelle les
Sergents "Servientes", les Ordonnances d'Alphonse de Poitiers les nomment encore
bedeaux "bedelli".Les bayles ont droit,à partir des Ordonnances de I254,à 5 ou
4 Sergents pour exécuter leurs ordres; le Sénéchal sera informé de leurs noms qui
seront publiés dans les assises publiques. Quand ces Sergents exercent leur office dans
des lieux éloignés ils doivent être munis de lettres de leur Bayle sous peine de
punition. C'est dire si l'on se méfie de ces agents fort gênants, insolents,rapaces et
toujours prêts à outrepasser les pouvoirs ou à agir sans cornmission; Sergents qui sont
l'objet de nombreuses plaintes reçues par les enquêteurs.
Il y a ensuite des "leddarii" ou Percepteurs de la
leude; les "banniers" chargés de lever le ban: on pourrait les comparer à nos
garde champêtres car en même temps ils lèvent les amendes stipulées pour les menus
délits champêtres, ces amendes se percevant sans forme de procès sur simple
constatation du délit.
Il y a enfin les Notaires qui sont de véritables greffiers
auprès du Bayle.Ils tiennent des registres sur lesquels est écrit le montant des droits
et revenus appartenant au comte; seuls ces Notaires peuvent rédiger les actes relatifs
aux terres sur lesquelles le comte perçoit des droits de lods et
ventes. En fait ils surveillent les Bayles grâce à leur suivi écrit.
Monflanquin grande Baylie
L'une des caractéristiques de la Baylie de MONFLANQUIN est sa taille
somme toute conséquente, ce qui est la marque des Baylies Alphonsines.
La Baylie de MONFLANQUIN c'est en I256 quarante et une
paroisses (I3) reliant le bassin du DROPT à celui du LOT, les terres forestières du
Nord-Est aux terres aux terres cultivées du Sud-Ouest: véritable prise en compte d'un
espace vide pour l'occuper,avec une conception ambitieuse, en l'associant à 5 paroisses
prises sur PENNE,à savoir CONDEZAYGUES, LE PIN, St AUBIN, ROUETS, SAVIGNAC, en plus du
château de MONSEGUR (3).
Ce qui frappe en outre, à l'observation d'une carte (13),clest
l'équidistance à laquelle se trouve la Bastide des principales rivières: le DROPT et le
LOT d'une part,la LEMANCE et le TOLZAC d'autre part, sans oublier son installation près
de la diagonale que représente la LEDE à l'intérieur de ce quadrilatère géographique.
Ainsi placée la Baylie s'inscrit dans un espace prédéfini, prolongeant la rationalité
de l'urbanisme mis en oeuvre dans la Bastide. La Bastide et la Baylie de MONFLANQUIN portent la griffe d'un acte humain volontariste.
En 1267, pour constituer la Baylie de VILLLEREAL 5 paroisses du
NordOuest glissent de MONFLANQUIN vers VILLEHEAL: DEVILLAC, ESTRADES,MONTAUD, BOURNEL, St ETIENNE
(33). C'est dispenser la Baylie de MONFLANQUIN des problèmes inhérents à la puissance
des seigneurs de MONTAUD mais c'est essentiellement tenir compte de la délimitation entre
l'archiprêtrée de MONTAUD et celle de FUMEL: à partir de 1269 la Baylie de MONFLANQUIN
ne comporte plus que des paroisses dépendant de l'archiprêtre de FUMEL,ce qui simplifie
les problèmes.
Problèmes qui ne manquent pas puisqu'en 1270, les Consuls de
MONFLANQUIN remettent en cause la délimitation de la Baylie; avec ceux, de PENNE ils
expriment leurs doléances devant les Conseillers du comte qui admettent la possibilité
d'une révision par voie d'arbitrage . Qu'en advint-il ? (3).
La Baylie de MONFLANQUIN, un espace cadré par rapport à
l'espace géographique, économique, administratif et religieux. Un espace réfléchi,
inscrit dans une politique méthodique d'extension du domaine, d'aménagement du
territoire dirait-on aujourd'hui.
La Baylie et Toulouse
Monflanquin fait partie d'une série de Baylies qui pour la plupart
se situent en écharpe si l'on considère TOULOUSE comme étant centre / capitale: Ste FOY
LA GRANDE, AGEN, PORT Ste MARIE, PUYMIROL,
PENNE, VILL ENEUVE, St PASTOUR, MONCLAR, LAPARADE, CASTILLONNES , MONFLANQUIN, VILLEREAL,
TOURNON, MARMANDE (I5).
Le mouvement de création des Bastides est constant; en 1249 il
y avait, avec pour limite le Lot ,7 Baylies en Agenais: AGEN, PUYMIROL, CASSENEUIL,
PUJOLS, PENNE, PORT Ste MARIE, MARMANDE. En
1257 le nombre des Baylies est passé à I2; à la liste précédente se sont ajoutés au
delà du LOT: MONCLAR, MONFLANQUIN, TOURNON, Ste FOY LA GRANDE et CAUDEROUE (7). En 1269
on compte 16 Baylies après les constructions de CASTILLONNES, VILLLREAL, St
PASTOUR,VILLENEUVE et LAPARADE. En 1271 à la mort d'Alphonse de POITIERS l'Agenais est
divisé en 18 Baylies après les fondations de DAMAZAN et d'EYMET (8); l'ensemble de
l'Agenais est structuré.
Il est donc certain qu'au XIII° S. pour combler le vide qui
sépare les très nombreux hameaux, villages et villes anciennes le pouvoir crée des
Bastides et leur donne l'espace économico-administratif que sont les Baylies. En effet
concéder des coutumes, accorder des privilèges, c'est avant tout créer un nouveau lieu
de foire et/ou un nouveau centre administratif.
La Bastide et la Baylie de Monflanquin en 1252/1256
correspondent à cette volonté politique d'Alphonse de POITIERS de mieux répartir dans
l'espace du comté de TOULOUSE les fonctions a administratives, de les mettre à la
portée des ruraux, tout en apportant réponse aux besoins de mise en valeur du sol
environnant.
La bastide et la Baylie de Monflanquin deviennent au milieu du
XIII° siècle un relais entre la ville/capitale et les bourgs et villages de la
juridiction. C'est en même temps une brèche opérée dans le système féodal grâce à
une alliance juridique avec les Consuls/Jurats.
En fait très vite le mécanisme mis en place, des Sénéchaux
nommés par le suzerain et de Bayles nommés par les Sénéchaux, va détourner les
Baylies du centre géographique initial au profit du suzerain. Car les suzerains visent à
limiter non seulement l'influence des seigneurs mais également le champ d'action
éventuel des bourgeois des grandes cités, à éviter qu'elles ne se constituent des
arrières pays. L'objectif fondamental est bien le renforcement du pouvoir central du
suzerain CAPETIEN.
Baylie et Occitanie
L'espace géopolitique dans lequel s'inscrit la Baylie de Monflanquin
a donc pour centre TOULOUSE. Or en ce XIII° s, où la Baylie prend forme, la perspective
historique du comté de TOULOUSE bascule.(16)
Au début du siècle le comté de TOULOUSE était l'objet de
visées théocratiques de la part du pape INNOCENT III (La Croisade de 1209 n'a pas
seulement pour objet les hérétiques) et de visées territoriales de la part de Pierre II
d'ARAGON qui rêvait d'un royaume méditerranéo - transpyrénéen, de la part des
PLANTAGENETS au nom d'une grande GUYENNE, de la part des CAPETIENS dont la
"théorique monarchique" s'affirmait.
Au moment où la baylie de Monflanquin est crée en 1252/1256
le rêve théocratique est révolu, mais surtout le comté de TOULOUSE a basculé dans
l'orbite du Nord où PLANTAGENETS et CAPETIENS se surveillent., quel que soit le vainqueur
c'est le début de la rupture avec l'univers méditerranéen, en liaison avec le poids de
plus en plus grand du Nord de l'Europe.
La naissance de la bastide et de la Baylie peut être
interprétée comme l'un des signes que l'OCCITANIE n'est. plus cette nébuleuse en voie
de condensation dont la fin du XII° S. donnait l'image; elle devient un conglomérat de
provinces soumises quelque part entre LOIRE et PYRENEES.Et pourtant elle avait été bien
près de se constituer en Etat.
La baylie implantée par Alphonse de POITIERS, en tant que
partie d'un mécanisme au service du suzerain, va alternativement être mise. à profit
par les CAPETIENS et les PLANTAGENETS pour intégrer l'OCCITANIE dans leur espace.
Finalement les CAPETIENS l'emporteront et l'orbite nordique sera celle de la FRANCE.
La baylie de Monflanquin participe
à cet arrimage de l'OCCITANIE au royaume CAPETIEN.
Cathares pourchassés
L'Article 13 de la Charte de Monflanquin précise bien que les 6
Consuls de la ville doivent être catholiques. La précision n'est pas de pure forme en ce
XIII° S. où l'OCCITANIE est terre d'accueil pour le catharisme qui y a installé 5
évêchés: CARCASSONNE, MIREPOIX, TOULOUSE, ALBI, AGEN (15)
L'alerte à ROME est assez forte pour qu'INNOCENT III lance une
croisade dès 1209.Au cours de ses campagnes Simon de MONTFORT assiège en 1212 PENNE et
massacre les cathares qui s'y trouvent puis s'empare du château de BIRON. Il revient en
AGENAIS en 1214 et cette fois CASSENEUIL va subir sa vindicte (7).
C'est dire si la région est touchée par le mouvement cathare;
et cela dès l'acte fondateur de St FEUX de 1167 où Raymond de CASALS est nommé évêque
cathare d'AGEN.Or en 1249 encore, c'est à dire 5 ans après la chute de MONTSEGUR,80
croyants cathares sont brûlés à AGEN sur l'ordre de RAYMOND VII.Après 1300 les frères
AUTHIE pendant près de 10 ans prêchent le catharisme dans les masures comme dans les
nobles demeures des confins de L'AGENAIS à ceux de l'ALBIGEOIS.
Quelques chevaliers "faydits", c'est à dire
destitués, se cachent dans les bois comme des brigands, parfois en compagnie de
"Parfaits" avec qui ils constituent de petites troupes misérables: après
1257 le Chevalier Amblard VASSAL pousse même
jusqu'à VILLEFRANCHE du ROUERGUE.
Donc en 1256 lorsqu' Alphonse de POITIERS accorde sa Charte
à Monflanquin il ne peut que s'inscrire dans le respect de l'Acte Royal de 1254 sur
l'obligation de choisir des bayles non suspect d'hérésie (6) et dans la perspective de
l'écrasement du catharisme à une époque où sa hiérarchie est en exil et les
croyants dans l'angoisse de la délation que favorise l'Inquisition.
En la circonstance la Baylie de Monflanquin est représentative de
l'alliance des CAPETIENS avec les clercs pour s'implanter en OCCITANIE.



Dominicain d'après Heyot ( histoire des ordre
monastiques) il porte courte une cape noir
La menace de l'Inquisition
Cet Article 13 de la Charte de à Monflanquin au moment
où il est rédigé s'appuie implicitement sur l'Inquisition qui associe pleinement
CAPETIENS et Eglise,d'autant plus fortement en AGENAIS qu'Alphonse de Poitiers est
favorable aux Dominicains.
Au début, pour lutter contre l'hérésie, l'église catholique
s'était engagée dans des conférences contradictoires afin de réfuter les thèses
cathares mais les légats cisterciens n'avaient pas entamé les certitudes de leurs
adversaires (I7).
Aussi INNOCENT III avait-il donné l'autorisation de tester les
méthodes de Dominique GUZMAN qui préconisait que les prédicateurs soient mendiants et
itinérants pour s'opposer aux cathares sur leur propre terrain. Cette option
évangélique, pourtant appuyée dès 1229 sur l'université de TOULOUSE, avait à son
tour montré ses limites; d'autant plus que l'irruption de la guerre ne l'avait pas
favorisée (17).
Finalement GREGOIRE IX avait adressé en 1233 aux prélats et
au provincial des Dominicains de TOULOUSE les lettres par lesquelles il confiait aux
Frères Prêcheurs les pleins pouvoirs pour enquêter et juger en matière d'hérésie:
l'Inquisition était en place; elle correspondait mieux à l'état de guerre, de la
croisade en cours.
C'est à la présence de l'Inquisition que l'Article 13 doit toute sa
valeur menaçante pour les habitants de la Baylie de MONFLANQUIN.Cette inquisition dont le
but est la mise à mort d'une religion par élimination de ses pasteurs et démantèlement
de ses réseaux de solidarité. Elle est l'instrument de défense et de contre-attaque
idéologique d'un pouvoir religieux dominant. Répression
sélective, terreur généralisée, délation érigée en système par la peur et la
cupidité sont entretenues pour une pastorale neuve de l'église romaine parmi les
populations à re-évangéliser.
L'Article 13 de la Charte de Monflanquin fait de la baylie,
sous l'autorité d'Alphonse de POITIERS et la menace de l'Inquisition, une "terra
catholica" à préserver de l'hérésie.
Lettres patentes et mandements de 1269

La Baylie répond à des préoccupations du moment mais ce n'est pas
une création définie une fois pour toutes. Elle se modifie, se précise à
l'occasion;2 exemples en 1269: les lettres patentes et les mandements d'Alphonse de
POITIERS.
En Mars 1269 Alphonse de POITIERS, par lettres patentes ratifiées
par Jeanne de TOULOUSE, revient sur le cas de MONFLANQUIN au moment où il implante la
Baylie de VILLEREAL (I8).
"Nous faisons savoir que nous accordons aux habitants
actuels et à venir de notre bastide de Monflanquin, 1'honneur, territoire ou district tel
qu'il a été auparavant délimité par Guillaume de BAGNOLS, quand vivait notre
Sénéchal d'Agenais...et le confirmons après en avoir toutefois détaché les paroisses
de Montaut, DEVILLAC, ESTRADES et St ETIENNE de LEVENTES que nous voulons mettre dans
l'honneur de la Bastide de VILLEHEAL à laquelle nous les attribuons..."
"De plus,co:nme une même affaire ne doit pas être
soumise à une espèce de double droit,nous voulons et concédons que les habitants de la
Bastide de Monflanquin , habitant hors des murs, mais dans son territoire, paient
seulement pour droit de justice 2 sous et 6 deniers, tout comme les citadins, pour les
cheminées construites jusqu'à ce jour dans ce territoire."
"Afin de leur donner une licence plus libérale qu'il
n'est de coutume pour la cuisson du pain à leur usage comme du pain à vendre, nous
voulons et leur concédons,à tous et à chacun, la faculté d'avoir un four pour cuire
leur pain sans payer le fournage; mais si dans ce four ils cuisent le pain du voisin ou le
pain à vendre, ils devront nous payer annuellement pour fournage, à nous et à nos
successeurs,10 sous arnaudins le lendemain de Noêl ".
"Et encore nous concédons libéralement par comble de
grâce,aux habitants présents et futurs de cette Bastide et de son territoire,la faculté
d'acheter leurs provisions de sel où ils voudront,sans qu'ils puissent être forcés par
nous et nos successeurs,à l'acheter dans notre salin d'AGEN ou ailleurs dans notre
territoire,ni en être empêché,si ce n'est de leur pure et gratuite volonté".
"En foi de quoi nous avons fait apposer notre sceau Et
nous JEANNE ... " (38)
Le 22 Juin 1269 le comte de TOULOUSE adresse au Sénéchal
d'Agenais et Quercy 3 mandements en faveur des 3 frères Arnaud,Pierre et Henri de
GONTAUD (seigneur de Biron ).Ces seigneurs avaient déposé auprès du Sénéchal une
plainte contre les habitants de CASTILLONNES, VILLEREAL et MONFLANQUIN (I8).Les
habitants de Monflanquin pour leur part(I9) voulaient les obliger eux et leurs hommes, à
payer la collecte pour la construction de la ville.Le comte mandait à son Sénéchal
d'entendre diligemment les parties adverse et de faire prompte et bonne justice .



Sceau de majesté de Philippe III le
hardi 1272 .Archive nationales
Saisimentum de1271
Le Traité de PARIS de 122_9 détournant l'héritage du comte de
TOULOUSE au profit des Capetiens ne cesse d'être contesté par HENRI III.
Ces réclamations incessantes poussent le scrupuleux LOUIS IX
à conclure les négociations d'ABEVILLE de 1258 qui cèdent le SAINTONGE à l'Ouest de la
CHARENTE, l'AGENAIS et le Bas QUERCY: ces 3 provinces appartiennent au comte Alphonse de
POITIERS, aussi LOUIS IX spécifie ne les abandonner qu'à condition que son frère meurt
sans postérité,de plus il s'en réserve la suzeraineté.Cependant il s'engage à payer
au Roi d'ANGLETERRE une pension annuelle de 3720 livres 8 sous 6 deniers tournois comme
indemnité pour l' AGENALS; cette somme est loin de représenter le revenu de cette
province,qui,en déduisant les frais d'administration s'élève chaque année à 16 000
livres, dont 200 proviennent de la Baylie de Monflanquin (2).
Ce n'est que le 21 Juillet 1259, en raison d'hésitations de
LOUIS IX, que le Traité de PARIS est scellé confirmant les dispositions retenues.Cette
même année 1259,Puis en 1263, Alphonse de POITIERS procède à une recognicio feodorum
qui, par le jeu des hommages,conforte les liens entre vassaux et suzerain.
En Août 1271 Alphonse de POITIERS et sa femme meurent presque
en même temps au retour de la Croisade.
PHILIPPE III,héritier de LOUIS IX mort lui-mê!ne en 1270 à TUNIS,
s'empresse de recueillir l'héritage d'Alphonse de POITIERS au mépris du Traîté de
PARIS.
Le comté de TOULOUSE et la terre Agenaise "tombent dans la main
du Roi": le saisimentum permet de faire le point sur les droits du souverain
puisqu'il s'agit du procès-verbal des serments prêtés par les nobles et les
communautés au représentant du roi après le décès du comte Alphonse. La cérémonie a
lieu pour la Baylie de MONFLANQUIN au castrum de PENNE le 12 Novembre 127I. Les Consuls de
Monflanquin ,Raymond Arnaud de GRACCA,Stéphan de GARNERIA, Arnault FAURE au nom des
paroisses et castra de la Baylie prêtent serment (20)entre les mains de Guillaume de
COHARDON,sénéchal de CARCASSONNE et de BEZIERS, gouverneur pour le Roi du comté de
TOULOUSE et de l'Agenais,assisté de Barthélémy DUPUY juge de CARCASSONNE(34).
A cette date Bernard de LADEVESE devient adjudicataire de la
Baylie de Monflanquin pour une somme de 190 livres 3 marc. Complètés par les 20 livres
versées par Gaufridus ANDRAUT. Le tout cautionné par Philippe de HESPERIS, Géraud de
BERNARD, Jean de BEAUTTET, Géraud de LASALLE, Géraud d'Anglars . En fait le roi touchera
200 livres 66 sols 8 den.(3)
Traîté d'Amiens 23 Mai 1279
Plusieurs
années après, lors de l'entrevue d'Amiens ,le 23 mai 1279 ,EDOUARD Ier obtient enfin
de PHI LIPPE III la restitution de l'Agenais
sans que ne soit mise à mal la paix de plusieurs décennies dont bénéficient les
populations depuis 1229 (2I)



Sceau d'Edourd I°
Ce résultat acquis, EDOU:iRD s' innquiète immédiatement d'en
obtenir la réalisation et dès le mois de Juin il charge son oncle Guillaume de VALENCE
de présider du côté anglais aux opérations de restitution,de prêter à l'évèque
d'AGEN et aux populations les serments qu'ils avaient accoutumé de recevoir de leurs
nouveaux seigneurs,de requérir d'eux en échange les reconnaissances féodales et les
hommages dus maintenant au Roi d'ANGLETERRE (II).
Moins pressé, PHILIPPE III prend seulement le 26 Juin les
dispositions attendues de lui en priant les habitants de l'Agenais d'obéir fidèlement à
leur nouveau seigneur Edouard Ier. Raoul d'ESTREE et Guillaume de NEUVILLE représentant
le Roi de FRANCE arrivent à AGEN le 8 Août et le lendemain participent à l'assemblée
des trois Ordres convoqués par leurs soins pour procéder à la remise solennelle de
l'Agenais aux anglais, à l'exception de 2 Bastides: CHSTILLONNES et EYMET, parce que
relevant du diocèse de PERIGUEUX.
Ce même jour 9 Août 1279 Jean de VILLETTE,Sénéchal d'Agenais pour
le Roi de FRANCE,se défait de ses fonctions et remet aux anglais les revenus du-pays
depuis le 23 Mai .
Le 10 Août marque le début de l'administration anglaise en Agenais:
Guillaume de VALENCE se rend à la maison commune d'AGEN accompagné de Jean de GRAILLY
pour y recevoir les serments de fidèlité des nouveaux sujets du Roi.
En même temps Guillaume de VALENCE pourvoit le pays de juges
et de Bayles sans rien changer au système adopté par le Roi de FRANCE qui l'avait
lui-même hérité d'Alphonse de POITIERS. Il déclare aussi devant la cour assemblée
qu'il établit le Sénéchal de Gascogne Jean de GRAILLY en tant que Sénéchal d'Agenais
à titre provisoire.
Selon la coutume le nouveau Sénéchal prête immédiatement serment
aux habitants, une fois au nom du Roi et une deuxième fois en son nom personnel. C'est
ensuite le tour de la noblesse, du clergé et des bourgeois auxquels se sont joints les
Consuls de plusieurs villes, dont Monflanquin
* *
*
L'homme
et le milieu:
Le milieu
naturel de la Baylie de Monflanquin au XIII° S, résulte davantage des conditions
climatique que de l'action humaine dont les conséquences commencent cependant à se faire
sentir (22).
On a
pu mettre en évidence pour le Moyen Age, une diminution d'intensité du champ magnétique
solaire d'environ I2% ce qui est considérable et pourtant cette intensité était
encore à la fin du Moyen Age de 22% supérieure à l'actuelle. Les gens du MOYEN AGE
ont reçu moins de particules à haute énergie que nous n'en recevons. Le soleil qu'ils
ont connu n'était pas tout à fait 1e même que le nôtre.
Après le réchauffement qui va du VIII° au XII' S un léger
rafraichissement se fait sentir au cours du XIII°S, favorable au renouvellement naturel
des arbres: chênes, ormes, tilleuls, hêtres et charmes. D'une façon générale et
malgré les défrichements en cours la baylie de Monflanquin reste largement boisée.
Aussi n'est-il pas étonnant que les loups marquent
profondément l'époque par leur nombre, leur force, leur pugnacité, au point de passer
dans le folklore, dans la littérature: les récits sur ISEIVGRIN ne manquent pas.
Alphonse de POITIERS pour sa part en fait tuer et saler(?)2000 avant de partir à la
croisade.
Cependant les travaux de défrichernent, les labours
progressivement portent leurs fruits. L'oeuvre entreprise par les paysans commence à
bouleverser de façon définitive la structure et la dynamique des écosystèmes naturels
dès lors remplacés par l'agrosystème de type occidental. Finalement le paysage de la
Baylie tel que nous le voyons de nos jours a incontestablement commencé à être
façonné à cette époque. L'implantation de la Baylie et de la Bastide de Monflanquin se
situe à un instant de rupture où s'opère le passage de l'écosystème à
l'agrosystème.
Dans un tel contexte les préoccupations essentielles de
l'homme restent plus défensives qu'agressives visant surtout à protéger et à nourrir
le corps en se cristallisant autour de e problèmes élémentaires: habitat, vêtement,
alimentation.
Le travail de la terre:
L'outillage
s'améliore,le bois reculant devant le métal; les forgerons ruraux façonnent des
outils champêtres, les manants fournissant parfois la matière (24).



Faneur affûtant sa faux. Psautier de Bonmont.
XIII° siècle
Des
haches,des scies perfectionnées rendent plus commode l'abattage des arbres. Des outils
anciens s'améliorent:les pics, serpes, houes, bêches, fourches, faux, faucilles,
râteaux. C'est la herse où le fer dorénavant supplante le bois; c'est surtout la
charrue et l'araire dont la partie tranchante est ferrée, l'araire étant la plus
communément utilisée autour de Monflanquin .
Cependant c'est bien plus encore à l'effort humain qu'aux
progrès de l'équipement qu'est dû un surcrcît de production; le XIII°S c'est à la fois plus d'espaces, plus de bras,
plus d'efforts et une attitude mentale nouvelle face au fatalisme à long terme.
Pour préparer la terre, les hommes procèdent à des labours
multiples: 2 labours sur jachère avant semaille des grains d'hiver, un troisième sur les
chaumes avant semaille des grains de printemps. Ces labours multipliés accélèrent
sensiblement la régénération du sol, élèvent le rendement; les effets du hersage
s'ajoutent à ceux du labour. Il est vrai que le nouveau joug et le collier d'attelage
permettent de tirer meilleur parti que ce soit du cheval ou du boeuf d'un usage plus
répandu parce que moins onéreux.
Beaucoup de manants demeurent maitres d'organiser leur cycle
agraire en fonction du sol, de l'exposition, du climat et de leurs possibilités bien plus
qu'en fonction de traditions agraires avec vaine pâture dont les historiens ont
assurément gonflé le poids (24). En fonction aussi de leurs capacités financières: si
le cycle triennal semble souhaitable ici et là, tout le monde le considère encore comme
"un usage de riche".
La vie des paysans:
Au delà des
différences de comportement selon les régions et les revenus, existe un fond commun dans
lequel s'inscrit le paysan de la Baylie de Monflanquin en cette période de paix dont
chacun profite ici depuis le Traité de PARIS en 1229.
Tout d'abord et quelle qu'ait été l'ascension économique des
plus heureux, les paysans vivent chichement. La modestie du niveau de vie se retrouve tant dans la noutriture que dans le mobilier ou le
vêternent. Deux ou trois pièces au lieu d'une salle commune, une cheminée rurale au
lieu d'un âtre central, des volets en bois au lieu d'un mur aveugle distinguent les
chaumières les unes des autres,ce qui est bien peu (25).
Cette uniformité,à peine entamée dans les usages quotidiens
n'existe pas dans le domaine de l'outillage agraire, de la fortune foncière. En effet
au XIII°S. la poussée démographique et la pénétration de l'argent permettent certes
la naissance de la Bastide de Monflanquin mais en même temps des distorsions entre les
parcelles cultivées,les deux phénomènes étant liés.
En
effet,tandis que que les plus malchanceux deviennent " journaliers" catégorie
sociale qui apparaît à cette époque,ceux qui ont pu rester maîtres de leurs outils
deviennent les "laboureurs" qui peuvent prêter aux voisins endettés et
accroître leurs terres, qui à l'occasion peuvent aussi venir s'installer dans la Bastide
pour jouir des droits offerts par la Charte.
Ainsi commence à se forrner,au moment où est créé Monflanquin , un salariat agricole, un
prolétariat rural dont la naissance est un trait remarquable de l'histoire sociale des
campagnes et une bourgeoisie rurale dont la Bastide est le symbole.
La production agricole:

Comme
le pain est de plus en plus consommé au lieu de bouillies les paysans sont davantage
incités à produire des céréales panifia bles
dont l'avoine et l'orge pour le "pain noir". Mais les riches consomment du
"pain blanc", ils poussent à la production du blé,du froment.
L'avoine comme l'orge étant grains de printemps,
l'introduction et la diffusion des blés de printemps correspondent aux besoins des
laboureurs et de quelques habitants de la Bastide par suite d'une "vulgarisation des
modes aristocratiques en période de croissance economique" (24).
Les moulins accompagnent cet essor de la production
céréalière.Peu à peu les moulins à eau apparaissent le long du LOT et peut-être
déjà de la LEDE, s'y multiplient. Les sergents du seigneur banal détruisent les
antiques moulins partout où règne l'obligation de porter le grain au moulin banal. Les
moulins à vents seront plus tardifs (35).
A proximité de ces moulins à eau, l'excès d'humidité dû au
manque de draînage consécutif aux retenues des digues gâte les prairies. En revanche
sur les côteaux, faute de moyen d'irrigation, on ne rencontre guère que de maigres
prairies. De plus les possibilités de stabulation sont médiocres. Tout cela fait que
l'élevage bovin est à la fois familial, et réduit pour le paysan qui revend le bétail
au rythme de ses besoins d'argent, 1'élevage est une sorte d'épargne temporaire
puisqu'au XIII° S le prix du bétail ne cesse d'augmenter; il a un ou deux boeufs pour
l'araire, une vache pour le lait...
Cet élevage familial se cocuplète de quelques porcs, moutons,
chèvres, peut-être d'un âne, parfois de
chevaux et mulets comme le laissent entendre les Articles 26 et 34 de la Charte des
Coutumes de Monflanquin . Sans parler de volaille (I).

Vers 1250 le développement
des cultures de légumineuses (fèves, lentilles, pois rouges et blancs...) permet de
mieux reconstituer les sols tout en enrichissant la panoplie des produits habituels;
choux, raves, oignons, laitues, cresson. Si cette horticulture, par nature intensive,
hautement nourricière, opère une ouverture sur les marchés de la baylie, ce sont des
échanges à court rayon d'action et sans intermédiaire (36).
Plus que celle des légumes la culture du chanvre, dont la
toponymie locale a gardé le souvenir avec "canabal", devient au XIII°S l'une
des formes du passage de l'économie vivrière à l'économie d'échange.
Peu de fruits cultivés, à part les pommes mais il y a
cependant dans les vergers des poires, coings, noix et mires.
Mises au point entre le XI° et XIII° S les techniques
viticoles, qui ne varieront plus jusqu'à la crise du phylloxera au XIX° S, témoignent
d'une exceptionnelle maîtrise des conditions naturelles. Les cépages alors utilisés se
sont maintenus jusqu'au phylloxera également.
Pour les riches comme pour les pauvres, l'affaire majeure de
l'année culturale, ce sont les vendanges car cette culture au XIII°S s'est
démocratisée pour produire des vins de consommation courante au point qu'on en trouve
partout dans la Baylie. De plus elle bénéficie des fortes densités démographiques,
elle qui exige un travail intensif.
Ce n'est qu'après l'ouverture du trafic Bordelais aux villes
de PENNE et VILLENEUVE en 1280 que l'on peut penser à une exportation de la production
Monflanquinoise. Au temps d'Alphonse de POITIERS et de Philippe III il est certain que
cette production est liée à la consommation locale uniquement.
Redevances paysannes aux seigneurs:
La
superficie des terres exploitées et la valeur des charges ont au XIII ° S, dans la
baylie de Monflanquin comme dans tout le royaume, plus d'importance pour le niveau de
vie ; due le statut personnel.Même s'il faut sou ligner
que le servage laisse place au système censitaire dans lequel apparaissent les fondements
du paysan libre (24).
La
tenure à cens individuelle, perpétuelle et héréditaire remplace progressivement la
tenure domaniale qu'est le manse,lequel regroupait les serfs au service du
seigneur.La Bastide et la Baylie de Monflanquin sont contemporaines de ce moment de
l'histoire où l'individu acquiert au détriment de son seigneur laliberté de se
défaire de son bien s'il le désire, même si payer cette taxe annuelle et perpétuelle
c'est se reconnaître tenancier du seigneur pour le bien qui en est grevé.
Le cens, de loyer de la terre devient simple redevance recognitive
car stipulée en monnaie locale qui se déprécie; il constitue un prélèvement en
général léger sur les revenus et d'un maigre rapport pour le seigneur.
Le champart quant à lui dit bien qu'il y a concession "à
part de fruit" que ce soit de champ, d'où son nom, mais aussi de vignes, prés,
jardins...La tenure en champart est d'un bon, rapport pour les seigneurs qui, prélevant
les produits en nature, profitent de la hausse des prix du XIII° S.; elles sont donc plus
lourdes à supporter pour les paysans qui abandonnent 20 à 30% de leur production.
La taille ou fouage ne devient un complément de la redevance
foncière qu'avec le temps, puisqu'il ne deviendra un impôt royal permanent qu'au XV° S.
Pour le moment c'est un impôt hybride qui n'est à proprement parlé ni personnel ni
réel et qui est levé par famille, par feu, autant dire sur une base purement
conventionnelle et arbitraire. La moyenne de la somme imposée par feu est de dix sous
(4).
Le fouage est levé au XIII° S en vertu du principe féodal de
l'aide aux quatre cas;il se présente donc encore comme une taxation occasionnelle
extraordinaire. C'est dans cet esprit qu'Alphonse de POITIERS lève un fouage en 1263 dans
le quercy, l'Agenais et l'Albigeois en précisant cependant que les nouvelles Bastides
sont exemptées, précision apportée dans une lettre au Sénéchal d'Agenais à propos de
Monflanquin (2).
Les banalités pèsent aussi sur la plupart des tenures.
Tantôt le seigneur consent à l'abonnement c'est à dire que contre paiement d'une taxe
annuelle il n'y a plus obligation d'utiliser les moyens techniques du seigneur, tantôt la
taxe à payer à l'agent ou au fermier seigneurial doit être payée chaque fois. La
banalité la plus souvent attestée est celle des moulins plus coûteux à édifier que
les fours et même les pressoirs; les riontants peuvent être estimés au vingtième
environ pour moudre, au vingtième également pour cuire et au huitième pour presser.
Les droits d'usage en forêt ne sont généralement pas
gratuits mais la taxe qui en est la contrepartie n'est. finalement guère lourde eu égard
au profit retiré par les usagers: bois mort, bois d'oeuvre, cueillette de fruits
sauvages.
Peu de corvées subsistent dans la campagne environnante, en ce
XIII°S. où la Bastide de Monflanquin émerge. Les seigneurs, leurs régisseurs ou leurs
fermiers doivent dépenser pour la nourriture des redevables des sommes hors de proportion
avec le travail fourni. Mieux vaut avoir affaire à la main-d'oeuvre salariée, temporaire
ou non, surabondante en ces temps d'exubérance démographique. Le plus souvent les
corvées se limitent à quelques journées annuelles pour labourer, faner, moissonner.
Face à ces charges, lourdes au total, les paysans ne rejettent
pas le principe de la seigneurie ou la tutelle du ban; ils ne veulent que la fixité des
taxes, la préservation des usages. Toute
"novelté" les révoltes car elle porte la marque d'un arbitraire
insupportable et renforce une inégalité intolérable (26).
Les types de seigneuries:
La
seigneurie châtelaine, liée à l'existence d'unchâteau, est d'étendue variable et
généralement mal con nue. L'unité
administrative est le "territorium castri" à l'intérieur duquel le châtelain,
c'est à dire un offi cier militaire chargé de la
garde de la place-forte et nommé par le Sénéchal,bénéficie de droits (9). Tous les
habitants sont sous la dépendance du châtelain et en échange de la protection
accordée, efficace ou illusoire, sont soumis aux "coutumes" c'est à dire aux
services et redevances. Les textes administratifs de la sénéchaussée ne mentionnent
aucune châtellenie au XIII° S en ce qui concerne la Baylie de Monflanquin .
La seigneurie banale ou judiciaire existe par contre;ne
serait-ce qu'au profit d'Alphonse de POITIERS. Là toute la vie économique est règlée
par le seigneur: en particulier le ban est source de profits, soit directement
(four,moulin,pressoir...) soit indirecternent en raison des amendes qui sanctionnent toute
désobéissance. De ces monopoles banaux il faut rapprocher lès privilèges de pêche et
de chasse.
La juridiction sur les villageois est l'un des éléments
essentiels du pouvoir banal. Si la haute justice(c'est à dire la répression des crimes
les plus graves) reste de la responsabilité du seigneur châtelain,la moyenne et basse
justice échoit aux
seigneurs banaux qui en ont arraché l'exercice. Ils en font une source de revenus
grâce aux amendes infligées à la moindre occasion.La Charte de Monflanquin une idée
précise de la large panoplie de ces amendes.
La seigneurie foncière, la plus nombreuse,associée ou non aux
deux autres, fait pâle figure quand elle est seule a s'exercer. Cette seigneurie
foncière se compose de deux parties, la réserve au domaine et les tenures sur lesquelles
pèsent en particulier le cens, le champart,la taille.
La Baylie contre les seigneuries:
Le XIII° S
s'accompagne d'une vulnérabilité des fortunes chez les petits seigneurs de la Baylie
sur tout possesseurs de seigneuries judiciaires et foncières.
Cet appauvrissement tient à l'archaïsme de la famille
aristocratique entassant les bouches inutiles sur un bien qu'on se refuse à exploiter
rentablement. Il tient également au recul des profits de justice que les Capetiens ou
Plantagenets détournent à leur profit en s'appuyant sur Les Chartes de Coutumes et les
Bayles.
Il faut y joindre l'inadaptation au progrès économique.Les
seigneurs qui ne peuvent plus compter sur les corvées, rachetées par les paysans, se
rabattent parfois sur le salariat et sur le faire valoir direct où faute d'une saine
gestion ils voient leur trésorerie s'anéinier, leur production baisser. Soucieux de
maintenir l'assise de leur fortune foncière les seigneurs préfèrent recourir au
fermage qu'au métayage "la fâcherie" où le propriétaire redoute la fraude au
moment du règlement (25).
Or comme le noble veut soutenir son prestige il engloutit en
prestations féodales,le peu de ses surplus. On estime qu'à superficie égale les charges
d'un bien noble, même sans tenir compte de l'entassement sur lui de trop abondants
consommateurs, excèdent de I5% vers 1270 celles d'un bien de roture.
Le mouvement général, auquel échappent quelques
seigneurs,mène à une réduction de train de vie. On assiste alors à une descente vers
la médiocrité. Situation qui partage l'ancienne aristocratie entre quelques riches et
une masse noble appauvrie, laquelle s'ouvre à des roturiers enrichis. La noblesse de la
Baylie participe de ce mouvement général et n'est pas en état de résister aux
empiètements de la monarchie représentée par le Bayle.
La baylie est comparable à un collier de force imposé à une
noblesse en état de moindre résistance mais consciente. En 1253, l'année même des
Ordonnances, les barons de l'Agenais, inquiets de voir le Sénéchal d'Alphonse construire
une foule de villes neuves, qui devaient causer la dépopulation de leurs seigneuries,
veulent qu'on précise les cas où leurs hommes peuvent les quitter. C'est l'occasion
d'une assemblée, la première du genre,ou le Sénéchal prend conseil de ses administrés
(4).
Les seigneurs réagissent aussi bien contre la multiplication
des Baylies que contre l'action des Bayles qui grignotent les prérogatives seigneuriales
pour mieux rentabiliser leurs propres revenus.
Cette réaction nobiliaire est exprimée à l'encontre des
Baylies tant en 1253 qu'en 1270 ou I279.C'est à
dire ainsi bien au temps des CAPETIENS
que des Plantagenets (27).
Les châteaux de la baylie:
Partout dans
l'Agenais la coutume donne à tous les hommes libres le droit de s'enclore sans en ré férer à personne. Une telle disposition va faciliter
l'éclosion de très nombreux édifices militaires: plus de 130 sur les 7000 km2 de
l'Agenais.(9).
Cependant
dans le Nord-Est de la tsaylie de MON FLAN QUIN, peut-être pour des raisons
stratégiques mais certainement parce que les forêts prédominent il n'y a d'autres
châteaux attestés avant le XIII° S que ceux de BIRON, hors des limites de la Baylie et
GAVAUDUN.
Au Nord de
Monflanquin dans la haute vallée de la LEDE, la butte calcaire de GAVAUDUN bien isolée
sur les bords du petit canyon de la LEDE avait servi de refuge à des hérétiques que
vint assiéger Jean d'ASSIDE, évèque de PERIGUEUX (1160-0069); Ie château fut détruit.
Il ne reparaît que sous Alphonse de POITIERS après I259 et une partie du château
semble être de cette période (9). Alors est délimitée la juridiction de la
forteresse au profit d'une famille dîte de BALENX ou de GAVAUDUN qui l'occupe(29) .
A l'opposé de la Baylie,vers le Sud,dominant la vallée du
LOT, entre FUMEL et PFNNE,le pech de MONSEGUR
appartient à Esquieu de Fumel et à B. de Montesquieu en 1259. Ils ne tiennent d'Alphonse
de POITIERS que le "castrum vetus",mais pas le "castrum novum" ni le
"barium"c'est à dire le faubourg. D'ailleurs le saisimentum de 1271 cite à la
fois Monsegur dans la baylie de Monflanquin et dans celle de PENNE. Deux fossés isolant
deux enceintes déterminaient sans doute la division tripartite du pech (9 bis).
Vers l'Ouest le château de Cancon , quant à lui, domine du
haut d'un des pechs les plus élevés de la région, l'ancienne route romaine qui
conduisait de PERIGUEUX à AGEN par EYSSES. En 1259 cette forteresse est détenue par deux
parçonniers, Amadieu de MADAILHAN et Anissant de CAUMONT au nom de sa femme. Une
agglomération s'est développée à côté du château et reçut les coutumes en 1287.
Près de Monflanquin , à CALVIAC, Quilhem Raimond de PINS se
reconnaît l'homme d'Alphonse de POITIERS en 1259 pour un "castrum de CALVIAC",
et le "livre de l'Agenais" fixe à 15 sous l'accapte du "castel de CALVIAC
dans la Baylie de MONFLANQUIN", seuls renseignements fournis par les textes (30).
"Lo repaire de ROQUEFERA" est mentionné pour la
première fois en 1279 dans le "livre de l'Agenais".Il subsiste de cette époque
une grande salle rectangulaire flanque à l'Est d'un donjon carré (9).
PAULHIAC présente un corps de bâtiment quii pourrait bien
être de l'époque du XIII° S; sorte de maison forte dépendant d'un seigneur des
environs comme il l'est au XVII° S des comtes de FUMEL. Le château d'Escandailac
semble également dater du XIII°
L'ensemble
des châteaus cités lors des hommages successifs du XIII° S sera complet avec LABARTHE
qui est sur la liste en 1259 et Montaut sur celle de 1279.
Reste
Monflanquin , sujet à caution. La formulation utilisée par Alphonse de POITIERS dans 1a
Charte de 1256 ouvre le débat "Littera hominibus castri deMonteflanquino..."
D'autres textes plus tardifs utilisent encore le terme de château. Le
"quartier" compris entre le carrerot des Augustins et la rue St Nicolas d'une
part, la rue des Arcades et la rue de l'Union d'autre part mérite à cet égard un
intérêt soutenu et fortement discutable.
Le
château - type du XIII°S
La
noblesse gasconne, nombreuse, d 'esprit indépendant mais généralement pauvre, a donc
beaucoup bâti mais sans trop dépenser.De plus le régime successoral qui entraîne le
partage des fiefs, y compris les donjons, les logis et les murailles explique l'existence
de parçonniers c'est à dire de co-propriétaires, de co-seigneurs pour ces
constructions qui tirent avantage des buttes et éperons très nombreux dans la Baylie(9).
Il ne parait pas possible d'attribuer une valeur stratégique
extraordinaire pour la plupart de ces constructions. Pour des services de guet et de
surveillance d'ailleurs souvent difficiles à mener avec les faibles effectifs et les
médiocres ressources seigneuriales, une simple tour aurait suffi.
Ces édifices en
général se résument essentiellement à un corps de logis rectangulaire,avec étage
habitable, mal flanqué par une ou deux petites tours ou échauguettes. Ce sont avant tout
des "salles" féodales construites par de petits seigneurs. L'exemple type dans
la Baylie en est PAULHIAC.
Le corps de logis quadrangulaire n'a d'autres ouvertures,au nez
de chaussée,que des archères car la porte est souvent au Ier étage donnant sur une
salle avec petites fenêtres cintrées et une cheminée. Les séparations entre étages
sont constituées par des planchers.
La vocation militaire n'est pas la fonction primordiale de ces
simples demeures seigneuriales où le maître et ses revenus -bétail, récoltes se
trouvent à l'abri d'un coup de main.
Ce château gascon, comme celui d'autres régions, a souvent
compris dans son enceinte une chapelle.
L'emploi de la pierre devient presque général,on distingue
aisément dans ces murailles du XIII° S soigneusement établies,de grossières
maçonneries,contenant souvent des remplois,que l'on a hâtivement dressées dans toute la
région après la guerre de Cent Ans.
Il est évident que GAVHUDUN échappe à cette typologie avec
son donjon imposant. Ici l'emploi de la voûte en berceau à tous les
étages renforce la structure rectangulaire,1'épaisseur des murs qui atteignent mètres
à la base en font une forteresse militaire conséquente.
Redevances versées au clergé
Les
seigneurs ne sont pas seuls à percevoir des redevances sur les paysans,il y a
également les clercs. Mais tout comme les seigneurs le clergé voit s'opérer une rupture
interne de son ordre. Cette rupture entre les deux clergés n'est pas seulement liée aux
origines sociales, au degré de formation intellectuelle,elle ré side aussi dans la nature des revenus dont la dîme est
un élément primordial.
La dîme :ce prélèvement de IO% en nature sur le croît des
bêtes comme sur les récoltes, et qui n'est pas "abonné" au XIII°S, n'est pas
cité dans les censiers parce que ce n'est pas un droit lié à la seigneurie(24).
Pourtant dans la mesure où le prélèvement se fait au profit
du haut clergé,prélats,abbayes qui possèdent un peu partout de belles seigneuries,le
paysan a le sentiment de subir une redevance seigneuriale supplémentaire.Aussi cherche-t-il
toutes les occasions de frauder et malgré toutes sortes de moyen de coercition,temporels
ou spirituels,les décimateurs semblent avoir été incapables d'obvier à toutes les
ruses paysannes.
Quoiqu'il en soit le curé du village n'est pas ou n'est que
peu concerné par la dîme,aussi lui faut-il compter sur d'autres revenus:les collations.
Mais évêques, abbés et chapitres partagent ces collations et la répartition avec le
curé donne lieu à tensions.



Eveque ( XIII° siècle d'après le
tombeau d'Evèque de Frouilloy
En principe le partage se fait en deux en ce qui corcerne les dons
faits à l'occasion des baptémes,des mariages,des confessions,des grandes fêtes,le pain
bénit,les frais de sépulture.Le curé prend en général la totalité des offrandes
versées lors des relevailles. Au total un revenu bien maigre.
D'où la nécessité pour le curé de prélever des droits sur
chaque feu,ces droits étant le plus souvent les !nêmes pour tous les ménages. Les
paroissiens payent-ils de bon gré ? Dans une certaine mesure sans doute,lorsque le curé
leur semble bien s'acquitter de ses devoirs de prêtre ,au sein de la paroisse.
Eglises et couvents
Le réseau
des paroisses du diocèse d'AGEN a fini de se tisser avant la fin du XIIIS.At. delà de
l'é glise gothique de Monflanquin , en
témoignent encore les églises romanes, plus ou moins re
touchées danale temps, dont "le blanc manteau" s'étend sur la campagne
(24)
Ces petites églises flanquées de leur hameau jalonnent les
chemins de la campagne:ceux qui arrivent de Monflanquin
, centre de la Baylie,et ceux qui mènent à d'autres hameaux isolés. Tout un réseau de
communication se greffe sur cet ensemble d'églises et innerve les paroisses; il n'a cas totalement disparu aujourd'hui.
Par contre
certaines de ces églises ont, elles,dis parues, comme St André au pied de Monflanquin
ou bien ont perdu leurs structures romanes dans des reconstructions plus tardives comme
à Roquefere . Mais l'essentiel du dispositif est bien présent sous nos yeux permettant
de se faire une idée de la riche implantation des églises sur le territoire de la
Baylie.
A ce dispositif
dépendant de l'autorité de l'évèque d'AGE'N et de l'archi prêtre de FUMEL s'ajoutent
les couvents (37).
Celui des AUGUSTINS près de la Bastide n'est pas des moidres,
si représentatif qu'il est de l'effort des Ordres Mendiants en ce siècle
d'évangélisme(22). Ce couvent des Augustins dépend des BENEDICTINS clunisiens d'Eysses
, tout comme le proche prieuré d'hommes de St Cernir de LABARTHE (I3).
Les Clunisiens de MOISSAC par contre se sont inatallés plus au
nord au LAUSSOU où existe un prieuré d'hommes.
Les bénédictins de Sarlat se sont installés quant à eux
dans les prieurés de Genibrede, Laurenque, Envals, Calviac .
I1 faut
aussi noter la présence des Bénédictins d'Aurrillac à Montaut , des Bénédictins de
Catus à Corconac, des Bénédictins d'Angoulème à Tayrac .
Enfin les bénédictins de FONT-GAUFFIER ont favorisé
l'implantation d'une moniale, prieuré de femmes, à St AMANS de SCANDAILLAC.
Il n'y a pas là une
simple juxtaposition dans l'espace Monflanquinois d'églises et couvents mais bien la
prise en compte d'un rapport de forces au moment où, par le biais des églises
paroissiales, les évêques prennent le pas sur les abbés; tout comme l'autorité
monarchique prend forme dans la Baylie face aux seigneurs : l'espace clérical autrefois
animé depuis plusieurs centres autonomes les uns par rapport aux autres se retrouve intégré dans un diocèse
sous la responsabilité d'un seul et même centre de décision, l'évèché d'AGEN.
La vie paroissiale
Partout la communauté p:roissiale
s'a.ffirme, aidant à la consolidation de la communauté agraire qui lui était parfois
antérieure. Chaque paroisse en dépit de l'expansion démographique comprend au plus
quelques centaines d'habitants et souvent moins. Donc un groupe assez réduit pour être
suffisamment homogène,à peu près bien tenu en main par le curé (24).
Une nouveauté du XIII° Siècle: l'intervention plus
fréquente des fidèles dans la vie de la paroisse. La "fabrique" fait
dorénavant partie des institutions paroissiales. Insensiblement la fabrique dirigée par
des marguilliers choisis parmi les paroissiens sans doute les plus aisés, est devenue une
personne morale. I1 lui faut entretenir l'église, la réparer, veiller à l'entretien du
mobilier culturel, en utilisant les dons perçus (32).
A l'église avant
ou après le sermon, des annonces de toute sorte se crient tandis que les ventes aux
enchères s'effectuent devant le porche. Toutes les assemblées se tiennent dans l'église
même. En cas de danger, on s'y abrite avec ses bêtes, ses sacs et ses coffres. "L'issue de la messe paroissiale "
réunit les habitants en ces lieux comme dans un forum où l'on entend les communications
des sergents. Ces assemblées animées très libres sont très efficaces pour l'évolution
des esprits.
Dans la
mesure où un peu partout on décèle au XIII° Siècle l'existence de confréries on peut
s'interroger sur la présence de certaines d'entre elles dans les paroisses de la Baylie
de Monflanquin . I1 leur fallait faire célébrer des messes, organiser des processions
lors de certaines fêtes et lors de la sépulture des confrères décédés; il leur
fallait aussi distribuer des secours aux pauvres.



Moine Bénédictin (XIII° siècle) d'après un
manuscrit de la Bibliothèque nationale. Il est revetu du Froc, large robe munie d'amples
manches et d'un capuchon
Cependant il arrive que la vie religieuse ait tendance au XIII° S à
échapper partiellement au cadre paroissial. Chapelles conventuelles et castrales
permettent aux religieux et aux nobles de faire un peu bande à part. Le seigneur qui a
une chapelle dans son château ne vient pas régulièrement prendre la place qui lui est
réservée à l'église paroissiale pour écouter la messe dominicale.
Le
niveau religieux des ouailles
En
fait, au XIII° Siècle le niveau religieux des ouailles est l'objet des préoccupations
de la hiérarchie catholique, ne serait-ce que pour répondre à la poussée cathare et
aux besoins évangéliques ressentis par les po pulations
du XIII° Siècle.
Le quatrième Concile de LATRAN (1215) ordonne aux évêques de
convoquer chaque année une assemblée où seraient publiées après enquête les
réformes et corrections nécessaires à la discipine. Désormais les statuts cynodaux
vont servir de guide usuel quotidien au clergé; ce sont des documents éducateurs pour
les curés (24).
C'est ainsi que depuis 1215
confession annuelle et communion
pascale sont devenues obligatoires.La prédication dominicale, que renforcent à
l'occasion les sermons des Frères Mendiants, est la principale forme d'instruction
religieuse. Les prêtres doivent "exhorter
sans cesse 1e peuple à réciter l'oraison dominicale, le credo in deum et la salutation
de la bienheureuse vierge Marie". Bien entendu il est demandé de prêcher le plus
possible en latin quand le prêtre a la formation voulu .
Cependant les récupérations de pratiques paennes ne
manquent pas. Les autorités médiévales n'interviennent pas contre le Mai nouveau
parce que 'l'on n'y fait ni danser, ni farces, ni rien qui pût à première vue
engendrer des désordres". Par contre c'est en vain que l'église prohibe les sauts
et danses du premier dimanche de Carème et du soir du Mardi Gras.
Les
Rogations, ou Litanies mineures, sont l'un des grands moments de la vie religieuse des
campagnes. Survivance druidique, emprunt aussi aux pratiques romaines, ces cérémonies
reçoivent plus qu'un habillage chrétien: dans chaque paroisse ces processions se font
selon des lieux traditionnellement fixés, sacralisés par des croix. Le premier jour est
réservé aux prés, le deuxième
aux champs, le troisième à la vigne. On croit aux présages pendant ces trois jours: il
fera le même temps qu'à chacune des journées lors des fenaisons, des moissons, des
vendanges.
Le monde des clercs
Il est évident que
pour faire passer le message au près des croyants il faut un encadrement sérieusement
for mé à la juste doctrine catholique.Ce dont se
préoccupe donc le Concile de LATRAN et ce que concrétise la création de l'Université
de TOULOUSE avec l'aide de professeurs de la Sorbonne.
Malgré tout,
les figures du moine engraissé par l'effort paysan; de l'évèque concussionnaire ou du
chanoine avaricieux, apparues dès le siècle précédent dans les chansons des
GOLIARDS,s'insinuent dans les esprits. Le domaine des exemptions fiscales offre un champ
de critiques dans le monde rural, même si l'on n'en est pas au stade de l'opposition
déclarée (25).
En fait le clergé offre une cassure interne déjà béante au
XIII° S, prise en compte par les critiques qui, portées contre les abbés ou évêques
épargnent le bas clergé. Mieux, on lui pardonne son ignorance scandaleuse, sa
grossière simplicité, ses moeurs souvent médiocres car il est du peuple; comme
l'atteste l'Article 3 de la Charte de Monflanquin "relative au fait crue les
habitants de la dite ville peuvent... promouvoir leur fils dans l'ordre clérical".
Dans la Baylie de Monflanquin , comme partout dans le royaume,
le phénomène de formation d'un prolétariat clérical apparaît un trait essentiel de
l'évolution sociale du XIII° S. Au contingent des curés et vicaires campagnards à
peine instruits et frustrés trés s'ajoute celui des chapelains que la dévotion de
l'époque multiplie d'autant plus facilement que l'essor démographique, les coutumes
lignagères d'exclusion des cadets enflent la masse famélique des clercs à l'affût
d'une chapellenie.
* *
*
Ainsi les années 1252-I279, que l'on peut appeler "années
alphonsines" dans la mesure où le dispositif Monflanquinois mis en place par
Alphonse de POITIERS a été maintenu par le Roi
PHILIPPE III, sont remarquables à plus
d'un titre.
En effet une création volontariste dont la décision est prise en
plein milieu du XIII° S laisse son empreinte sept cents ans après: la bastide
d'aujourd'hui respecte le plan urbain initial et le canton actuel a gardé l'essentiel de
l'espace attribué par Alphonse de POITIERS à la Baylie d'origine.
De plus on ne peut oublier que, dans ce XIII° siècle qui n'a
rien d'un siècle statique, l'émergence de la Bastide et de la Baylie de Monflanquin est
concomitante d'un passage de l'écosystème à l'agrosystème dans lequel nous évoluons,
et en ce qui concerne l'occitanie, d'un destin nouveau dont le poids n'a fait que se
renforcer jusqu'à nos jours.
En matière d'histoire évènementielle enfin, cet ensemble
étroitement imbriqué " bastide / Baylie " donne un aperçu de la situation de
paix qui règne au XIII° Siècle et dont tirent profit à la fois les populations pour
améliorer leur condition, l'église pour se structurer et les Capétiens pour affirmer
leur autorité face aux seigneurs.
Années remarquables donc que ces années alphonsines de la
création de la bastide / Baylie de Monflanquin puisqu'elles s'inscrivent à la fois dans
l'histoire de rupture et dans la durée ./.
Georges ODO
Août 1993