La guerre de cent ans
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Monflanquin

pendant la guerre de Cent Ans

XIV° - XV° Siècles

 

 

 

La quatrième génération de Monflanquinois : 1324

Le vidimus de Philippe VI : 1328

Longues tractations : 1329 - 1337

Guerre de Cent ans : 1337

Premières campagnes : 1338 - 1345

 

De la même façon qu'elle a bénéficié de l'essor d'un XIII° siècle rayonnant, la population de Monflanquin va devoir subir les angoisses d'un XIV° et d'un XV° siècles particulièrement sombres.

L'alternance de son appartenance à la couronne de France puis à la couronne d'Angleterre, situation déjà expérimentée par la bastide (1) pendant la période précédente, va se poursuivre; mais cette fois dans des conditions plus difficiles :

1324 - 1356 Capétiens (et incursions des Anglo-Gascons ) 1356 - 1372 Plantagenets : le Prince Noir 1372 - 1453 Capétiens (et incursions des Anglo-Gascons )

En effet la guerre de Cent Ans entre les deux monarchies va apporter son lot de destructions, de famines et d'épidémies.... Autrement dit "les trois cavaliers de l'Apocalypse"....

La démographie s'essouffle, les champs sont désertés, la production agricole s'effondre, le commerce s'amenuise .... La population de la bastide devient exsangue, des gens d'armes s'y installent pour organiser sa défense...

 

La fin de cette longue guerre en 1453 permettra de retrouver un équilibre nouveau : la démographie reprend un rythme d'accroissement, les bâtiments sont reconstruits, la campagne s'adapte aux exigences du moment.. la seconde partie du XV° siècle est le témoin de tout un renouveau.

* * *

La quatrième génération de Monflanquinois : 1324

Si la seconde et troisième générations de Monflanquinois ont vécu sous l'autorité des Plantagenets (2), il n'en sera pas de même de la quatrième génération qui retrouvera les Capétiens. Malgré les offres d’Édouard II qui s'évertue à consolider sa position dans le Duché de Guyenne et rassurer ses sujets, qui pourraient être tentés de rester dans l'expectative.

En 1323 par l'Ordonnance de Pontefrac, le Roi-Duc décide de faire un grand effort pour donner à l'administration de l'ensemble du Duché unité et efficacité. L'Ordonnance renforce la centralisation de l'administration autour du Connétable et du Sénéchal de Bordeaux; surtout cette Ordonnance mentionne un nouvel officier spécialisé: le juge des appels civils. (3)

 

Au moment où l'on peut avoir à Monflanquin, comme ailleurs dans l'Agenais, le sentiment d'une intégration plus poussée dans la structure voulue par les Plantagenets, l'affaire de la Bastide de St Sardos éclate.

 

Située dans le domaine du Roi-Duc Plantagenet, le seigneur direct en est le Prieur de Sarlat qui, lui, relève de l'autorité du Capétien *Charles IV. Situation exemplaire des conflits et interventions entre les deux familles régnantes :

Le seigneur de Montpezat, vassal d’Édouard, construit à St Sardos une forteresse. Le Parlement de Paris rend un jugement selon lequel ce château relève du Roi de France.

A l'automne 1323 le sire de Montpezat et le Sénéchal de Guyenne, en réponse au Parlement, s'emparent du château et le détruisent. Charles IV demande réparation à Édouard II qui envoie pour négocier son frère Edmond, lequel accepte la restitution de St Sardos et la "livraison" du Sire de Montpezat. Mais l'exécution des engagements tarde et Charles IV en prend prétexte pour demander au Parlement de prononcer la Commise du fief de Guyenne, d'autant plus que son Duc n'a pas encore prêté hommage au nouveau Roi de France. La sentence est rendue le 1° Juillet 1324. (4)

 

Le Roi charge son oncle Charles de Valois d'occuper la Guyenne; le vieux Comte se porte en premier vers l'Agenais où les villes ne résistent pas, peut être en raison des impôts demandés par le Prince Edmond et jugés excessifs. Monflanquin repasse sous l'autorité directe des Capétiens pendant l'été 1324.

Le 31 Mai 1325 les deux Rois concluent un traité de Paix: Charles IV restitue la Guyenne à Édouard II....mais l'Agenais reste aux Capétiens. On réserve cependant au Roi-Duc la faculté de faire valoir ses droits devant la Cour des Pairs.

 

Pour se dispenser du voyage à Paris, ainsi que de l'Hommage pour l'Aquitaine, Édouard II cède le Duché à son fils le Comte de Chester. Ce Prince âgé de treize ans vient remplir son devoir de vassal auprès de Charles courant 1325. La Guyenne lui est remise, mais non l'Agenais (5) : Monflanquin reste d'obédience capétienne.

 

Le calme à peine revenu, Édouard II meurt en 1327 et le jeune Comte de Chester lui succède sous le nom de *Édouard III. Quelques mois plus tard c'est Charles IV qui disparaît. Aussi le problème de l'Hommage pour la Guyenne se repose dans toute son acuité dés 1328, mais dans des termes nouveaux.

 

Le vidimus de Philippe VI : 1328

 

Tout comme il l'avait fait avec les Plantagenets, les habitants de Monflanquin attendent des Capétiens de retour une confirmation de leur statut, voire une amélioration. Le litige entre les deux familles princières offre, pour eux, au moins l'avantage d'ouvrir une marge de manoeuvre, appréciable à l'époque.

En 1327, Édouard III monte sur le trône d'Angleterre et quelques mois plus tard Philippe VI de Valois reçoit la couronne de France : le problème de l'Hommage pour la Guyenne se repose donc dés 1328. Les Monflanquinois comme bien d'autres réclament à **Philippe VI, à la recherche d'appuis, des signes tangibles de son attachement au respect des Coutumes de la baylie.

Demande d'autant plus entendue par Philippe VI que son adversaire, Édouard III, écrit depuis Nicole, le 28 Mars 1328, à Jean de Haustède, son Sénéchal de Gascogne, et à Jean de Weston, son Connétable de Bordeaux, pour leur annoncer son intention de recouvrer ses droits et héritages en France. Il leur ordonne à cet effet de convoquer tous ceux qui pourront l'aider. (6)

 

 

 

En Décembre 1328 Philippe VI confirme donc depuis Paris, sous forme de *Vidimus, les lettres du 20 Avril 1289 signées par Édouard I°. Il y était précisé que les six Consuls seraient choisis par le bayle parmi les douze prud'hommes présentés par les habitants. C'est donc conforter le système de délégation mis en place par les Plantagenets qui avaient modifié celui retenu par les Capétiens à l'origine (1).

En Janvier 1329 Philippe VI revient sur le dispositif de la baylie de Monflanquin, dans le même espoir de se concilier le plus possible les populations locales : le Roi permet aux habitants "forenses", installés hors de la ville de Monflanquin, de présenter au bayle pour le Consulat six prud'hommes en les ajoutant aux six déjà retenus par les "villici", logés à l'intérieur des remparts (7-a).

Ce jeu d'équilibriste entre les deux puissances princières, réussi sans trop de mal jusque là, va prendre une tournure nouvelle sans que les contemporains n'en soient bien conscients à cette date. Pour le moment les Monflanquinois peuvent avoir le sentiment que le XIV° siècle dans lequel ils s'avancent ne fait que reproduire à peu de choses prés le XIII° siècle qu'ils ont laissé derrière eux.

Longues tractations : 1329 - 1337

 

En effet Philippe VI de Valois ayant sommé Édouard de lui rendre hommage pour la Guyenne et le comté de Ponthieu, Édouard fait répondre, par la reine Isabelle sa mère, que "le fils d'un roi n'irait pas s'humilier devant le fils d'un comte"....

Le roi de France réplique par la saisie des revenus du roi d'Angleterre et par la convocation de son armée à Bergerac, pour la fête de Pentecôte de l'année même. Aussitôt, pour calmer les esprits, Édouard rend hommage au roi de France le 6 juin 1329 à Amiens (5).

 

En dépit de ses engagements, la monarchie française conserve le Bazadais et l'Agenais (8) où seules les places fortes de Puymirol, Tonneins et Penne restent sous le contrôle de la Couronne d'Angleterre; sans compter les quelques châteaux de seigneurs rebelles à l'autorité du roi de France. Par contre Monflanquin demeure sous l’autorité des Capétiens / Valois, comme l'ensemble de l'Agenais.

 

Édouard III, dont la possession de Guyenne se réduit désormais à une mince bande de terres, le long de l'Atlantique, comprenant la Saintonge, Bordeaux avec le Bordelais, le diocèse de Dax et Bayonne, n'admet pas les derniers empiétements subis par son duché. En 1330 une convention passée avec Philippe VI prévoit donc des négociations à ce sujet. (8)

Dans ce contexte féodal, où l'attente d'une décision se prolonge, la vie locale se poursuit sans changement notable.

C'est ainsi qu' en 1332 les Hospitaliers du Temple de Breuil, qui paraissent avoir joui dans cette première partie du XIV° siècle de la protection particulière du roi de France, reçoivent une sauvegarde royale pour l'église de St Sulpice de Rivalède pour le moulin installé sur la Lède près de Monflanquin (9)

Au même moment pratiquement, en 1333, dans le testament de Anne de Grailly un legs de dix livres est prévu en faveur des Augustins de Monflanquin "Item convenui frateim Augustinirum de Monflanquino decem libras" (10).

 

Pendant ce temps les commissions d'enquête se succèdent, mais sans résultat. Après d'interminables et vaines négociations à Agen sur les droits respectifs des deux princes, le processus classique du conflit entre le seigneur français et son vassal aquitain se reproduit en 1336.... :

Édouard III est cité devant le Parlement de Paris pour avoir ravagé les terres d'un de ses vassaux qui en avait appelé au roi de France. Il est condamné à payer à la victime une forte indemnité. En garantie du versement il doit remettre au roi Puymirol, une des dernières places qu'il garde encore en Agenais et dont la puissance gênait le roi de France. Mais ses agents soutiennent les habitants dans leur résistance aux officiers français qui viennent saisir la place. Le roi de France, constatant une fois de plus la mauvaise foi de son vassal, confisque à nouveau le 22 Mai 1337 le duché d'Aquitaine (11).

Vu depuis Monflanquin ce conflit est de type féodal, comme il l'a été pendant tout le XIII° siècle. Ce qui a d'ailleurs permis localement de jouer depuis des décennies entre vassal et suzerain pour obtenir confirmation ou amélioration de privilèges en échange d'un attachement pour le moins intéressé.

Mais cet aspect, en fait, masque un problème plus grave lié au renforce-ment de la monarchie française qui impose progressivement à ses vassaux une tutelle de plus en plus étroite.

Le roi de France en effet tend à ramener toujours ses différends avec son

adversaire à des litiges entre un vassal et son seigneur; ce qui le place en ultime juge, puis-

qu'il est le souverain. Ainsi le monarque anglais voit sa liberté d'action terriblement rédui-te.

Aussi, très logiquement, pour échapper à ce piège et obtenir l'indépen-dance totale de manoeuvre dans son duché il en vient à déclarer Philippe VI usurpateur , donc inopérant en tant que suzerain. C'est pour se rendre souverain en Guyenne qu'il revendique la couronne de France à la place de Philippe VI.

Le problème posé en termes dynastiques n'a certainement pas été d'une grande clarté pour les habitants de Monflanquin, tout comme pour beaucoup de contem-porains. La seule évidence pour les Monflanquinois est qu'ils restent sous le contrôle des Capétiens. La question pour eux est de savoir quel profit en tirer.

 

Guerre de Cent ans : 1337

 

En mai 1337 le roi de France prononce la troisième confiscation de la Guyenne et Édouard III répond en faisant désigner son adversaire, dans les actes de sa chancellerie, sous le nom de "Philippe, qui se dit roi de France" (8).

Les hostilités commencent sans déclaration officielle. En ce même mois de mai 1337, des commissaires du roi de France sont chargés de saisir la Gascogne, et le 20 de ce mois, le comte de Foix est convoqué pour la fin juin à Marmande.

Le connétable Raoul, comte de Brienne et de Guines, lieutenant général en Languedoc, est mis à la tête d'une armée. Il assure son emprise sur Villeneuve d'Agen le 10 juillet suivant et ce même jour invite le comte de Foix à le rejoindre à Aiguillon .... qui leur ouvre ses

portes (6). Monflanquin peut s'estimer momentanément en dehors du champ d'action des armées qui se déplacent en direction de Bordeaux.

Le 7 octobre, à Westminster, Édouard III revendique publiquement le royaume de France et renie l'hommage qu'il avait prêté pour la Guyenne et le Ponthieu.

Vers la fin de l'année, conformément au code des relations internationales, il fait porter son défi à Paris par l'évêque de Lincoln, sommant son adversaire de renoncer à un royaume acquis indûment : la rupture est officielle, la guerre de Cent ans commence.

En adressant son défi à Philippe VI de Valois, roi de France, Édouard III veut atteindre deux objectifs : protéger son duché de Guyenne en échappant à la logique féodale des liens suzerain / vassal privilégié par son adversaire et, par la même occasion, réaliser ses ambitions dynastiques. Les contemporains, c'est à dire la quatrième génération en ce qui concerne les habitants de Monflanquin, n'ont pas conscience du long conflit qui s'ouvre. En vérité, rien ne le laisse présager.

Pour mieux apprécier aujourd'hui la longueur de cet épisode douloureux il suffit de regarder le tableau comparatif suivant :

 

Cinq générations successives ont été concernées. Cinq générations ont découvert douloureusement que l'essor du XIII° siècle qu'avaient connu leurs prédécesseurs n'était pas acquis une fois pour toutes. Elles allaient découvrir ce que l'on a pu appeler "les trois cavaliers de l'Apocalypse": les épidémies, la guerre, la famine.

 

Premières campagnes : 1338 - 1345

 

En Février 1338, la campagne commence contre le château de Madaillan, près d'Agen, qui se rend en Mars. Dès le 13 Avril les troupes françaises entament le siège de Penne qui résiste.. Jusqu'au moment où Gaston de Foix prend en mains l'opération et conclue un accord avec les consuls de la ville imprenable. Fin décembre 1338 /début 1339 Penne passe sous contrôle de Gaston de Foix.

Monflanquin n'est pas loin des combats pendant ces quelques semaines; mais on ignore quelles sont les retombées que la bastide a pu avoir en ces circonstances. Peut être des réquisitions en hommes mais plus sûrement une contribution financière...

Aussitôt réglé le siège de Penne, les armées s'éloignent à nouveau vers l'Ouest de l'Agenais où les combats vont se poursuivre pendant toute l'année 1339. Cet éloignement des combats n'a pas dû déplaire aux Monflanquinois , d'autant moins que Philippe VI a mobilisé 10.800 hommes d'armes et 15.000 hommes de pied dans le Sud- Ouest pour son offensive. Effectifs considérables pour l'époque, qui nécessitent un effort quasiment insupportable pour les localités obligées à participer à l'intendance.

 

Et cette fois il n'est plus question de mettre en pratique la vieille méthode qui consistait à jouer des rapports féodaux entre vassal et suzerain pour échapper aux inconvénients du moment. Les Monflanquinois vont être confrontés à une situation juridique nouvelle, offrant moins de possibilités aux astucieux Consuls pour obtenir des privilèges au profit de leur bastide.

En effet le 6 février 1340 Édouard III, à Gand, , se proclame solennellement roi de France en vertu de son droit héréditaire. Il introduit à cette occasion les fleurs de lys dans son Grand Sceau et dans ses armes.

 

La situation politico-juridique change complètement. Désormais, dans le duché d'Aquitaine, qui est en son pouvoir, le roi d'Angleterre duc d'Aquitaine, est reconnu roi de France.

Les appels interjetés des décisions des officiers ducaux ne seront donc plus portés devant le Parlement de Paris, mais devant le roi lui-même à Londres . Tout le système des appels de Guyenne, né de la souveraineté du Capétien, qui avait empêché le Plantagenet d'administrer normalement son duché d'Aquitaine, est ruiné. C'est le roi d'Angleterre qui, en tant que roi de France, est désormais le souverain pour ses dépendants aquitains : nul ne peut plus se dresser contre son autorité que par la rébellion ouverte et la trahison manifeste (11)

C'est une situation juridique nouvelle qui élimine tout recours extérieur : on ne peut plus qu'être partisan ou rebelle à l'égard des monarchies en présence !

En 1341 intervient une trêve, comme il y en aura tant pendant cette très longue guerre. Philippe VI, qui songe à se procurer de nouvelles ressources pour une reprise de la guerre, ajoute, aux maltôtes et aux fouages, la gabelle sur le sel; une ordonnance du 16 mars 1341 l'étend à tout le royaume (8).

En 1342 les combats reprennent autour de Vianne. Cette même année Boëmond d'Astarac, servant le roi de France en qualité d'écuyer "fut mis dans l'établie de Monflanquin, le 28 janvier 1342, en considération des grands services qu'il avait rendus es guerres, en gardant l'honneur du roi et de la reine, et aussi en récompense des dommages qu'il avait soufferts" (5). La bastide de Monflanquin découvre, avec la présence de cet écuyer, l'une des préoccupations du roi de France qui est d'organiser la défense en profondeur de son territoire pour se prémunir d'un retour de son adversaire tout en s'assurant la fidélité de la noblesse en armes.

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