Les Protestants de Monflanquin
Les Protestants de
Monflanquin sous lAncien Régime 1518 - 1789
Table des Matières:
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A - 1518 / 1560: Les débuts du Protestantisme (- Les progrès des idées de la
Réforme à partir de 1518 - Le rôle des Augustins - Le rôle des Régents - Le rôle
des Consuls - Les tensions vers 1559/1560)
B - 1561 / 1598 :Les guerres de Religion (- Première guerre : passage de Monluc
1561/1563 - Seconde guerre : emprise de Monluc 1567/1568 - Troisième guerre :
Monluc et Thoiras 1568/1570 - Quatrième guerre : La nuit de la St Barthélemy
1572/1573 - Cinquième guerre : Monflanquin bastion Huguenot 1574/1576 - Sixième
guerre : Monflanquin saffirme 1576/1577 - Septième guerre : Monflanquin
conforte les positions : 1580 - Huitième guerre : Henri de Navarre et Béthune
1585/1598)
C -1598 / 1601: LEdit de
Nantes et la jurade (- LEdit de Nantes 1598
-Fonctionnement de la jurade à Monflanquin - Tableau des consuls de 1574 à 1588
- Les changements de 1574 - Tableau des consuls de 1589 à 1602 - Stabilité de la
jurade - Tableau des consuls de 1603 à 1616 - La visite de lévêque dAgen
1601)
D - 1621/1681:Les avancées des catholiques (- Les remparts de Monflanquin - Les
avancées des catholiques 1622 - 1641 - Maintien et loyalisme des Protestants -
Carte des Places fortes protestantes en 1620/1621 - Multiplication des
contestations juridiques 1657/1670 - Autorisés mais le temple est à rebâtir
1671/1673 - La pression catholique provoque la rupture 1677/1681)
E -1682/1686 La Révocation de
lEdit de Nantes (- Vers la fermeture du nouveau
temple 1682/1683 - Fermeture en série des temples 1684 - Révocation de lEdit de
Nantes 1685 -La résistance de Vernejoul 1685 - Labjuration de Vernejoul 1686 -
Une menace : les galères perpétuelles - Une solution pour beaucoup : lexil )
F- Fin du XVII° et
début du XVIII° siècles(- La pression : témoignages des
Protestants Fin XVII° siècle - La pression : les textes signés par le Roi Fin
XVII° siècle - La pression : les militaires et le clergé Fin XVII° siècle -
Lobstination des Protestants Début XVIII° siècle - Culte familial et pasteurs
clandestins Début XVIII° siècle - Carte des Eglises du Désert en Agenais au
XVIII° siècle - Le renouveau : les Eglises du Désert, Première moitié du XVIII°
siècle - Le quartier de Monflanquin, Seconde moitié du XVIII° siècle -
Restructuration de lAgenais, Seconde moitié du XVIII° siècle)
G - 1787/ 1789 Fin de lAncien Régime (- LEdit
de Tolérance, Novembre 1787 -
Létat civil des Protestants Avant et après lEdit - La communauté des
Protestants en 1789 - Les moyens de sauvegarde de la communauté protestante)
H - Epilogue(- La Révolution, le Consulat, lEmpire
Lâge moderne du
Protestantisme)
I - ANNEXE (- Le temple rue Sainte
Marie - La litre dans la temple - Document :
Réhabilitation de Percy, 1695 - Document : Armoiries de Percy, 1698)
J - Bibliographie :

L'un des grands moments de l'histoire de la pensée en Europe est, sans conteste,
l'apparition du protestantisme sous ses différentes formes. (1)
Monflanquin a été pris dans le mouvement général très tôt. Dès les règnes de
François I° (1515 - 1547) et Henri II (1547 - 1559) le protestantisme se
développe en effet dans le Monflanquinois.
Cette émergence va provoquer une vive réaction des milieux catholiques, créant
des tensions que la monarchie ne pourra dominer. Le Royaume va être plongé dans
une longue série de guerres de religion, de 1561 à 1598, au cours desquelles
Monflanquin deviendra une des places de sûreté des Huguenots.
LEdit de Nantes en 1598 ramène le calme tout en consolidant les assises de la
monarchie. Les Protestants sont reconnus et ils peuvent espérer vivre en paix
dans cet équilibre imposé aux deux camps par Henri IV. Ils ont ici comme gage,
pensent-ils, la jurade de la ville.
En fait, certains dentre eux vont reprendre les armes en 1622 contre le jeune
Louis XIII. Et même si Monflanquin manifeste une forte réticence envers ce
soulèvement, elle y perd ses remparts, son statut de place forte ; son emprise
sur la jurade est elle-même remise en cause.
Lors de la Fronde, au milieu du siècle, les Protestants de la bastide vont
manifester un réel loyalisme. Il nempêche que progressivement la monarchie se
rapproche des milieux dévots et que la pression catholique sintensifie.
En 1683 les Protestants de Monflanquin inaugurent leur nouveau temple, alors que
les dragonnades se profilent. En 1685 leffet du "logement des militaires"
est
efficace puisque la grande majorité des Protestants du Monflanquinois abjurent.
La Révocation de lEdit de Nantes par Louis XIV est le point dorgue de la
pesée
catholique.
Souvre alors une longue période de clandestinité dabord dans le cadre
dun
culte familial restreint puis des réunions plus étoffées de " lEglise au
Désert". Période qui couvre la fin du XVII° siècle et largement la première
moitié du XVIII° siècle pendant linterrègne du Régent puis le début du règne
de
Louis XV.
Vers 1750/1760 la venue de pasteurs clandestins, comme Renouleau à Monflanquin,
et lévolution de lopinion publique desserrent le collier de force passé aux
Protestants. Finalement il appartient à Louis XVI de signer lEdit de Tolérance
de novembre 1787 qui restitue un état civil aux Protestants. Acte suivi d effet
à Monflanquin où les mariages de nombreux Protestants sont régularisés en 1789.
1789 date où lhistoire de lAncien Régime sachève !

A - 1518 / 1560 Les
débuts du Protestantisme
Les progrès des idées de la Réforme à partir de 1518
Le malaise existant au début du XVI° siècle au sein du clergé et de bon nombre
de fidèles, ainsi que le mouvement intellectuel de la Renaissance, stimulent les
esprits et les amènent à s'ouvrir à des lectures nouvelles en matière de Bible.
L'Agenais n'échappe pas à la règle.
Dès 1518, alors que le règne de François I° débute, le frère Thomas Illyricus,
ermite de l'ordre des Cordeliers, parcourt le pays sur sa mule. Ses serments
contre les murs dissolues et pour une religion apurée remportent un grand
succès populaire dans la région. A la même époque Guillaume Farel prêche en
Guyenne. (2)
En 1530 Gérard Roussel est pourvu de l'abbaye de Clairac grâce à la sollicitude
de Marguerite d'Angoulême. Clairac devient la première capitale de la Réforme
Agenaise, bientôt supplantée par Nérac sous l'impulsion de la même Marguerite
d'Angoulême reine de Navarre. Nombreux sont ceux qui y trouvent refuge : Lefèvre
d'Etaples, Calvin, Clément Marot
.
Si l'on y ajoute l'apport des évêques d'Agen venus d'Italie et leur suite, dont
Scaliger, on comprend que la région soit devenue un centre intellectuel
important : Humanisme et Réforme sont associés, les livres imprimés à Agen en
assurent la diffusion.
Aussi n'est-il pas surprenant que l'enquête menée en 1538 à Agen par
l'inquisiteur dominicain Louis de Rochette révèle qu'à cette date les idées de
la Réforme sont largement répandues : Agen, Tonneins, Clairac, Gontaud, Nérac,
Villeneuve, Monflanquin
.
Plus précisément, en ce qui concerne Monflanquin, " le 18° jour d'avril de
ladite année 1538 " lInquisiteur reçoit la déposition de noble Arnauld de
Portes qui "dit qu'il peut y avoir environ trois ou quatre ans que le révélant
étant en la maison de Jehan de Filhol de la présente ville, en la compagnie de
Anthoine Bistorte dit Pinot du lieu de Monflanquin
lequel Bistorte avait
maintenu qu'il n'y avait point de purgatoire".
Autre cas révélé par l'enquête de 1538 : Sevin, titulaire du bénéfice du prieuré
de Corconat et frère du juge mage d'Agen, a comme tant d'autres favorisé dans le
Monflanquinois la venue de régents pour enseigner aux enfants de bonnes
familles.
La juridiction de Monflanquin est donc touchée de façon précoce par le mouvement
protestant naissant. La famille Sevin représente une couche sociale riche et
puissante : la bourgeoisie de Monflanquin est partie prenante, avec ses
ramifications familiales dans la région.
Il faut croire que l'élan du protestantisme est important puisque l'inquisiteur
de Rochette gagné aux idées combattues sera rappelé à Toulouse, jugé, exécuté.
Dès l'édit de Paris en 1549 le roi Henri III, qui vient de succéder au défunt
François I°, prend contre les Réformés de sévères mesures, sans obtenir de
grands résultats. Ainsi en 1551 un avocat de Monflanquin, M° Pierre du Thil est
arrêté, par ordre du procureur général, en vertu de la dénonciation portée
contre lui par deux habitants de cette ville qu'il affirme être "ses ennemis
mortels". Trois sortes de crimes lui sont imputés : hérésie, congrégation
illicite, port d'armes et homicide sur la personne du recteur de Mongaillard
.
On ne connaît pas l'issue de ce procès (5)
Par contre on sait avec précision le sort réservé à Jean Malhor, autre accusé de
Monflanquin, qui sera banni après avoir eu la langue percée par un fer rouge.
(4)
Le rôle des Augustins
Mais le cas le mieux connu, et le plus révélateur du processus en cours, est
celui du frère Guillaume Pierre. Le 26 avril 1553 le Parlement de Bordeaux rend
un arrêt contre deux religieux de l'Ordre St Augustin qui ont prêché l'année
précédente à Villeneuve et Monflanquin : "il est enjoint aux consuls et
officiers de Villeneuve et Monflanquin de faire prendre et constituer
prisonniers chacun". (6)
Un second arrêt en date du 8 mai 1553 porte requête contre les consuls de
Villeneuve Arnault de Mothes et Jehan Caysses
"à faute de présenter Frère
Guillaume Pierre, religieux de l'Ordre de St Augustin du couvent de Monflanquin
ayant prêché à Villeneuve quelques propositions hérétiques et scandaleuses
contre la foi catholique". Les consuls de Monflanquin étant élargis quelques
jours plus tard, dès le 8 juin.
Le 20 avril 1554, Frère Guillaume Pierre ayant été condamné à la dégradation, le
Parlement prononce l'arrêt suivant : "La dite dégradation sera faite devant
l'église St André de Bordeaux dimanche prochain entre six et sept heures".
L'action de ce moine appartenant à l'Ordre des Augustins est à rapprocher de
celle des Augustins de Paris, Montoire et plus proche Agen
Tout aussi engagés
dans la Réforme à l'exemple du Frère Marc Ricard, prieur du couvent des
Augustins, emprisonné quelques années plus tôt. Les thèses du Frère Augustin
Luther ne sont pas restées sans échos
Le rôle des régents
D'autres prédicateurs que les Augustins ont eu une action profitable au
mouvement en cours : les régents qui, à l'appel de familles comme les Sevin, se
sont répandus dans l'Agenais. A Tonneins Jean Mélanchton (neveu du célèbre
Philippe Mélanchton), à Clairac Gérard Roussel et le bénédictin Aymeric, à
Monflanquin Jérôme Cazabonne.(7)
Jérôme Cazabonne, ce béarnais que Théodore de Bèze appelle " un savant
personnage". (ra56). Régent quelque temps à Monflanquin avant d'être pédagogue
de plusieurs enfants de bonne maison, Cazabonne contredit en 1555 un moine de
Périgueux qui prêche le carême à Monflanquin. Le moine en question le dénonce au
juge, le nommé Faure, qui aussitôt fait arrêter Cazabonne dans la maison de
Paloque. Le lendemain, assisté des consuls de la ville, il l'interroge sur le
purgatoire, la salutation angélique, les images, les sacrements et sur une
confrérie "Notre Dame" dite "du chapelet" introduite par les
Augustins, sur la
messe, l'abstinence des viandes
.Pendant une audience, un vicaire de Notre Dame
passe en portant le viatique, l'accusé refuse de s'agenouiller, niant la
présence réelle
Finalement le consul Antoine Baile doit le traduire à Bordeaux sous peine
d'amende. Pourtant le consul le garde pendant deux mois et lui donne toute
facilité pour s'évader. De même le chef de l'escorte, chargé de l'amener à
Bordeaux, lui offre à plusieurs reprises de s'échapper. Toutes choses qui
confirment la prise de position des représentants de Monflanquin en faveur de
l'église réformée. Mais il refuse chaque fois, disant qu'il se sent appelé de
Dieu pour maintenir et affirmer la vérité jusqu'à la mort.
Mis à la question à Bordeaux il ne dénonce personne et il refuse de demander
pardon aux saints. Le Parlement le condamne aux supplices de la claie et du
bûcher. Condamnation prononcée le 14 mai 1555 et suivie de l'exécution le jour
même.
Jérôme Cazabonne est traîné sur une claie jusqu'à la porte de l'église St André
où il doit faire amende honorable. Ramené devant le Palais il y est brûlé vif.
Le bourreau Guichard d'Eymier reçoit dix livres pour cette exécution; greffiers,
huissiers et trompettes qui l'assistent ont plus de cents sols tournois.
Comme partout en France, et incidemment dans l'Agenais en raison de la proximité
de Nérac, l'influence d'une génération de régents et de professeurs
propagandistes des idées réformistes se fait donc sentir à Monflanquin. Comme
partout ailleurs le Parlement de Bordeaux veille, prenant le relais des
juridictions locales jugées trop favorables.
Le rôle des Consuls
Le 8 avril 1555 le Roi Henry II en son conseil à Paris ordonne aux huguenots de
Monflanquin de s'abstenir à l'avenir de se réunir. C'est la réponse faite par
Henry II au rapport que lui a adressé Pantaléon de Faure, assesseur criminel à
Monflanquin, peut être le même que celui déjà impliqué dans l'affaire Cazabonne
précédemment citée.
Pantaléon de Faure signale en effet que "plusieurs habitants de ladite ville,
mémement M° Anthoine de Persy, M° Jehan Girou, Anthoine Chavit, Jehan Pelard,
Pierre Pelletier, un nommé ordinairement Colomb, Jehan Chassagnol, François
Sarrau et plusieurs autres faisaient assemblée en la présente ville sous
prétexte de religion prétendue Réformée contre les édits et ordonnances du Roy
et que s'étant transporté dans leur dite assemblée qu'ils tenaient en le logis
dudit M° Anthoine de Persy il aurait remontré aux dits huguenots qu'ils
faisaient mal
lesquels parlant par l'organe dudit Jehan Terrasse, qui faisait
ministre, auraient répondu qu'ils prient Dieu comme il apparaît convenable à
eux. S'étant transporté en la maison de ville il aurait requis les sieurs
consuls pour faire exécuter la loi et que le sieur de Labanye - autrement dit
Jehan de Paloque - lui aurait répondu qu'il n'était pas possible d'empêcher
telles assemblées attendu qu'ils étaient les plus nombreux et les plus forts.."
(9)
La bourgeoisie, la noblesse, le pouvoir local - surtout les consuls -
participent du mouvement. Il n'est pas jusqu'à Pantaléon de Faure qui ne s'en
approche, lui le zélé homme de justice, en mariant sa fille Anne quelques années
plus tard à Henry de Persy, sieur de Mondésir, l'un des plus dévoués protestants
de Monflanquin.
Déjà cependant, comme en d'autres lieux de France, sont à signaler les premiers
départs vers le refuge Suisse (12) : Contenson bourgeois de Monflanquin reçu
habitant de Genève en 1555, Arquierbastier Estienne de Monflanquin reçu habitant
de Genève le 7 juin 1557.
Les tensions Vers 1559 - 1560
Le 10 juillet 1559 blessé grièvement au cours d'un tournoi Henry II meurt et
laisse quatre fils en bas âge. Le dauphin François II n'a que quinze ans,
légalement majeur il est en fait incapable de gouverner tout seul et il donne sa
confiance aux Guise, parents de Marie Stuart sa femme; ainsi des catholiques
intransigeants sont au pouvoir.
La répression ne fait qu'accroître l'expansion du protestantisme. "La religion
Réformée, dit Théodore de Bèze, commençait à prendre pied en Agenais, bien qu'en
la ville d'Agen il n'y eut encore aucun ministre, ni église dressée".
Les protestants ne forment cependant majorité que dans quelques villes telles
Ste Foy la Grande, Tonneins, Gontaud, Nérac, Laparade, Clairac, Tournon,
Monflanquin. (2). De plus, minoritaires ou majoritaires, ils sont "bien
disciplinés, audacieux, discrets, en face de la population catholique mal
organisée, exposée aux surprises et aux trahisons". Cette organisation est due,
en grande partie, à Calvin dont les efforts aboutissent au mois de mai 1559 à la
tenue du synode de Paris qui rédige une Confession de foi et une Discipline de
l'église Réformée.
Les conditions d'un affrontement se précisent entre catholiques et protestants
d'autant plus qu'une nouvelle génération se présente dans les rangs de l'Eglise
Réformée, jeune et enthousiaste, prête à répondre à la violence par la
provocation. (13)
Le 31 janvier 1560, dans une lettre adressée à Burie, Lieutenant Général en
Guyenne, deux consuls de Monflanquin, Anthoine Lafage et Anthoine Baile, jurent
au nom de leur ville obéissance et dévouement au Roy mais en même temps avouent
que "il est bien vrai que plusieurs des habitants d'icelle ville et juridiction
se sont assemblés, sans être autrement armés, dans des maisons et un temple de
ladite ville pour ouïr prêcher
"(9)
Le mouvement est assez ample pour que le synode de Clairac, en cette même année
de 1560 établisse la province de Guyenne divisée en sept colloques. Celui
d'Agenais en deçà Garonne est le plus important avec vingt et une églises
s'étendant d'est en ouest, de Castelsagrat à Marmande, et au nord jusqu'à
Monflanquin où une forte partie de la population est dorénavant acquise à la
Réforme.
Le protestantisme agenais est ainsi fortement charpenté. Il se recrute surtout
parmi les bourgeois, les artisans, les régents
Avec le début des guerres de
religion le protestantisme se transformera en parti, puis en armée, et la lutte
prendra une orientation nouvelle.
En mars 1560 la conspiration d'Amboise, organisée par Renaudie, échoue. La
répression est immédiate mais volontairement limitée. La Reine mère espère
pouvoir trouver un équilibre entre les deux groupes antagonistes, la nomination
comme Chancelier de Michel de L'Hospital confirme cet espoir. Dans cet esprit,
également, l'Edit de Romorantin au mois de mai 1560 sépare les religions et les
affaires de l'Etat.
Un nouveau rapport de Pantaléon de Faure, assesseur du Roi, rédigé en octobre
1560 donne toutefois l'impression d'une progression de "l'hérésie" à
Monflanquin. Progression due aux efforts des prédicateurs et des ministres qui
comme Monsieur Despuys à Monflanquin "a fait plusieurs espousailles aux maisons
privées et sans observer ni garder aucune solennité de l'esglise
et aussi a
fait plusieurs baptisailles d'enfans contre les prohibitions des vicaires de
leur esglize
"
. "Quand mort quelcun dicelle religion
l'
ensevelissent sans
sonner cloches ny sans présence de aucun prêtre
sans advertir les vicaires
"
Il est même dit, rapporte Pantaléon de Faure, que "en ville les hérétiques ont
institué une justice
un sergent
un exécuteur de justice".
D'une façon plus générale, le rapport adressé par les consuls d'Agen à Burie sur
l'état de l'Agenais en 1560 laisse apparaître de façon sous jacente les tensions
qu'espérait voir s'atténuer Catherine de Médicis.
A Monflanquin même le dernier trimestre 1560 est extrêmement tendu, comme le
signalent les consuls de la ville (14) :
- Octobre 1560, sont signalés cinq prêtres qui ont laissé leur état de prêtrise
et ont pris un métier séculier
"L'un d'iceux s'est marié
. Aussi ont
été
faits des baptêmes"
"Les Réformés menacent les consuls et font prêcher
publiquement dans l'église"
"ont fait fustiger une personne".
- Novembre 1560, le 2 plus précisément, "comme l'on sonnait les cloches de
ladite esglize le jour de Toussaint
un prêtre et autres qui sonnaient les
dites cloches furent battus et jetés hors de l'esglize".
- Décembre 1560, le 1 du mois, "par grande assemblée de personnes un religieux
envoyé par l'évêque prêcher les Avents fut empêché et battu, ensemble les
consuls"
. Le 21 du même mois "Les images d'une chapelle ont été
rompues,
brisées et mises en pièces, de nuit, par des personnes inconnues"
"Un
prescheur, preschant audit Monflanquin a proféré plusieurs paroles contre les
consécrations de lesglise".
Le présent rapport, comme beaucoup d'autres, reste totalement muet sur les
attitudes de la communauté catholique. Cependant il n'est qu'à lire les
réactions du Parlement de Bordeaux pour comprendre qu'en ce siècle où la
violence l'emporte sur l'amour de son prochain les catholiques sont peu enclins
à faire une place à qui que ce soit : "Les grandes villes
et autres lieux de
ce ressort commencent grandement à s'éloigner de la parole de Dieu et de son
église
De l'avis du Parlement il faut agir sans faiblesse et sans retard afin
d'éviter grande effusion de sang".(15)
Le 5 décembre 1560 François II meurt et son jeune frère Charles lui succède,
alors qu'il est encore mineur. La Reine Marie de Médicis assure la régence avec
l'aide de Michel de L'Hospital.
La régente espère toujours éviter l'affrontement alors que sur le terrain les
tensions continuent à monter.
Cest dans ce contexte que les consuls de Monflanquin se déplacent à Agen le 31
janvier 1561 pour se présenter devant Burie pour lui dire : "Nous certifions que
lad. Ville et plusieurs dicelles de lad. Juridiction et nous aussi sommes très
humbles et très obéyssants du Roy".

B - 1561 / 1598 Les
guerres de Religion
En effet en 1561 dans le Sud-Ouest, en 1562 dans le Nord, puis dans la plupart
des contrées du royaume de France des troubles amorcent le long cycle des
guerres de religions. Le protestantisme monté en puissance dans les premières
décennies du XVI° siècle va affronter lemprise du catholicisme dominant dans le
royaume (16).
Huit guerres vont se succéder au cours de ces années qui mènent de 1562 à 1598,
avec autant de traités de Pacification qui vont tenter de trouver un équilibre
entre les deux religions en présence. En vain, car chaque fois les affrontements
reprennent avec autant de violence. Dans ce contexte Monflanquin va traverser
des moments difficiles (16b)
Cest seulement en avril 1598 que lEdit de Nantes est signé par Henri IV,
mettant fin à trente six ans daffrontements sanglants.
* *
*
Première guerre : Passages de Monluc1561 - 1563
Lannée 1561 marque le passage de ces tensions de plus en plus vives à un état
de rejet total de part et dautre. Le signal vient de Cahors où le 16 novembre
dix huit protestants sont massacrés. Lémotion est vive dans toute la région.
(2)
Le dimanche 23 novembre, dans ce climat extrêmement tendu, le baron François I°
de Fumel entre à cheval dans le temple de Condat en plein office ; il est obligé
de se réfugier dans son château pour échapper aux protestants furieux qui le
poursuivent. Bientôt les cloches environnantes rassemblent près de deux mille
personnes venues de toutes les paroisses environnantes, dont celle de
Monflanquin. Le lendemain 24 au matin le baron apparaît sur son balcon ; erreur
fatal car il est blessé dun coup darquebuse.... La porte de son château est
brûlée, les assaillants se précipitent et légorgent. Cette affaire a aussitôt
un énorme retentissement et dès le 25 décembre une lettre de cathepsine de
Médicis, à lépouse du défunt, annonce des représailles. Dans le Sud-Ouest vient
de commencer la première guerre de religion avant même que le massacre de Vassy
nouvre les hostilités dans le nord.
Le roi Charles IX fait appel au seigneur Blaise de Monluc qui, après être passé
par Ste Livraison et Villeneuve, arrive devant le château de Fumel le 6 mars
1562 ; là il entreprend une action punitive sans concession. Ensuite il se rend
à Cahors où il amnistie au contraire les catholiques responsables de la mort de
huguenots... En avril, il glisse vers Villefranche de Rouergue, où il fait
exécuter des prisonniers huguenots, avant de revenir le plus vite possible vers
Agen. ( 18)
En effet la prise dAgen par les protestants en avril a produit un grand effet
dans lAgenais où un grand nombre de villes se sont déclarées pour le prince de
Condé ; parmi lesquelles Port Ste Marie, Nérac, Villeneuve, Penne,
Monflanquin....
La région largement passée aux protestants, Burie lieutenant de Monluc
sempresse de rejoindre Bordeaux et Monluc de passer la Garonne... Le 8 mai le
capitaine Charry, envoyé pour semparer de Puymirol, est attaqué et défait
chemin faisant par les garnisons de Penne et Monflanquin. (19)
En août, après avoir dégagé Toulouse et Bordeaux, Monluc reparaît en Agenais et
sinstalle à Agen que viennent de quitter les troupes protestantes de Duras. Une
fois cette base assurée il se tourne vers lest... Au cours de ce mouvement
opérationnel son lieutenant Burie occupe Monflanquin dont se sont retirées les
troupes huguenotes installées là depuis avril. Mais ce mois daoût 1562 est
essentiellement meurtri par le massacre des habitants de Penne , ce dont se
glorifie Monluc dans ses mémoires.... Le mardi 6 octobre Monluc fait étape à
Montagnac près de Monflanquin sur la route de Vergt où, au terme dune campagne
foudroyante, il va surprendre puis défaire Duras et les huguenots.
Le 18 mars 1563 est signé lédit de pacification dAmboise mettant un terme à
la
première guerre de religion. Le roi reconnaît la liberté de conscience à tous
ses sujets, mais restreint la liberté de culte à une ville par Sénéchaussée :
Villeneuve pour l'Agenais. Sans pour autant pouvoir l'empêcher là où les
protestants sont en nombre comme à Monflanquin, tout en provoquant leur
mécontentement (20)
De 1563 à 1567, une certaine détente fait suite à lédit de pacification
dAmboise : Monluc travaille à faire respecter la paix. Il met fin à la
confédération catholique quil avait fondée... Monluc se flatte dans ses
mémoires du maintien de lordre en Guyenne pendant cinq ans, grâce à sa poigne,
en oubliant de rappeler que laccalmie est générale dans le royaume...
Cette paix nest quune trêve dont la reine profite pour entraîner son fils
Charles IX à travers la France, et plus particulièrement en Agenais en 1565,
pour raffermir lautorité monarchique.
En septembre 1567 Condé porte la responsabilité de la rupture. Son coup de main
à Meaux pour se saisir du roi et de sa mère échoue mais une révolte générale
éclate dans les vallées de la Loire et du Bas Rhône. Les opérations militaires
se concentrent autour de Paris. Pendant ce temps, Monluc assure la garde de
lAgenais au profit des catholiques. Monflanquin reste dans lexpectative, comme
tant dautres villes du Sud-Ouest.
Le 23 mars 1568 la paix de Longjumeau rétablit lédit dAmboise sans limites
ni
restrictions. Cependant, signe inquiétant, le chancelier Michel de lHospital,
ardent défenseur dune politique modérée, est renvoyé.. Chacun reste donc sur
ses gardes. Sur le plan local les Monflanquinois continuent à pratiquer leur
culte sur place.
Troisième guerre : Monluc et Thoiras 1568 - 1570
En liaison avec les événements des Pays Bas où le duc dAlbe fait régner la
terreur, la réaction catholique se développe en France. Par deux édits, de
septembre et décembre 1568, le roi accorde la liberté de conscience mais défend
tout exercice dautre religion. Cest une véritable déclaration de guerre, les
protestants ne sy trompent pas et regroupent leurs forces à la Rochelle.
Monluc organise lAgenais en multipliant déplacements et injonctions
épistolaires pour prémunir la région contre les coups de mains huguenots. Ses
marches et contremarches lamènent par deux fois à Monflanquin.
En février 1569, apprenant que larmée des vicomtes huguenots est en Quercy,
Monluc fait route pour Cahors en passant par Monflanquin. Le 16 février depuis
cette ville où il vient darriver il écrit à de Lalande, gouverneur dAgen
"Monsieur mon cousin... je vous prie davertir toutes les villes et villages
que, incontinent que lon verra des ennemis , lon fasse le tocsin partout et
leur courir sus, et leur mander que chaque paroisse élise un chef..".. Quelques
jours plus tard, le 27 février, il signe une commission qui réitère ses ordres ;
après quoi il sort de Monflanquin pour gagner le Quercy.
Le 6 mars 1569 ayant reçu lordre de combattre Piles, lun des chefs du parti
huguenot, Monluc après un court passage à Cahors revient en deux jours à
Monflanquin pour rassembler ses forces. Monflanquin une fois de plus est
pressurée : en effet la propre compagnie de Monluc et les cinq compagnies de son
fils coûtent cher en "logement militaire" car il faut "administrer logis
et
vivres à peine de désobéissance".....
Manquent à lappel les troupes de Saint Orens et Lauzun car les messagers
recommandés par les consuls de Monflanquin nont pas porté de nuit les messages
comme ils sy étaient engagés. De plus les mêmes consuls ont averti Piles de la
volonté de Monluc de savancer vers lui dès le lendemain... Même si Monluc
précipite volontairement le mouvement, Piles averti peut se dégager en portant
des coups sévères à Monluc qui note : "que nous puissions ainsi tenir des
espions parmi eux comme ils font parmi nous ... nos affaires sen porteraient
mieux. Jeusse été averti des nôtres, comme ils le sont des leurs, de la
retraite que fit monsieur de Piles et je leusse défait fort facilement"...
Monluc, à la poursuite de Piles, séloigne donc de Monflanquin pour aller
reprendre Ste Foy la Grande. Profitant de cet éloignement, les troupes
huguenotes venant de Bergerac occupent Villeréal, échouent devant Castillonnès.
Au cours de cette opération Thoiras, seigneur de Cahuzac, sinstalle à
Monflanquin fin juin ; ses hommes investissent léglise et le couvent des
Augustins quils incendient , en même temps ils jettent les dépouilles des
moines tués dans le ** puits de la rue Ste Marie. Les pierres récupérées du
couvent détruit vont servir à élever des éperons, redoutes et autres pièces de
fortifications.(6)
Le 8 août 1570 la paix de St Germain, comme lédit dAmboise qui sert
décidément
de référence au fil des années, assure aux protestants la liberté de conscience
et la liberté limitée de culte. Sajoute loctroi de quatre places de sûreté
(la
Rochelle, Montauban, la Charité, Cognac).... Monflanquin compte sur ses remparts
renforcés depuis le passage de Thoiras. Cependant la guerre laisse de plus en
plus de traces profondes.
quatrième guerre : la nuit de la St Barthélemy1572 - 1573
La fin de lannée 1570 et toute lannée 1571 sont relativement calmes en
Agenais. La pays a besoin de tranquillité pour panser ses plaies. Dautant plus
quaprès un hiver 1570-1571 rude, le printemps est fort pluvieux. "Tous les
éléments semblent conjurés pour aggraver les désastres de la guerre civile".
(22) Le roi Charles IX prescrit des enquêtes sur les dévastations et massacres
survenus dans la région au cours des années précédentes, enquêtes qui font
apparaître un pays meurtri et ruiné. Ce dont témoignent encore aujourdhui les
murs et la rupture de styles des églises reconstruites après coup.
Le 24 août 1572, la nuit de la St Barthélemy est marquée par lexécution
systématique des huguenots de Paris ; exemple suivi deffet dans les grandes
villes de province. Rien nindique cependant dans les écrits contemporains
quil
en fut de même dans lAgenais et par voie de conséquence à Monflanquin où
dailleurs les huguenots sont en position dominante donc en mesure de se
défendre, le cas échéant, à labri de leurs remparts réparés. (41b)
La noblesse huguenote, durement éprouvée, la démocratie protestante revient au
premier plan ; magistrats urbains et pasteurs organisent la résistance dans
louest et le midi : la Rochelle, Sancerre, Nîmes subissent en effet les assauts
des troupes régulières.
Le 6 juillet 1573 lédit de Boulogne met fin à cette quatrième guerre. La
liberté de conscience est confirmée à tous les protestants, mais la liberté de
culte nest autorisée quà la Rochelle, Nîmes, Montauban. Il y a là recul
aux
yeux des Réformés. Aussi dès le mois doctobre les bruits de guerre deviennent
plus pressants et le pays est sillonné par des compagnies des deux partis. En
décembre les huguenots à lAssemblée politique de Millau approuvent la mise en
place des Provinces Unies du Midi et proclament, officialise en fait, la saisie
du temporel de léglise romaine (13).
cinquième guerre : Monflanquin bastion huguenot 1574 - 1576
A partir de janvier 1574 catholiques et protestants renforcent leurs positions
respectives par linstallation de troupes dans les villes agenaises. De Losse
arrive le 9 juin à Villeneuve et annonce (9) au conseil de guerre la mort de
Charles IX survenue le 30 mai 1574.
Le 21 juin 1574 Geoffroy de Vivans sempare de Monpazier, tandis que la bastide
de Monflanquin est prise le 31 juin par le sieur de Boudou. Aussitôt le sénéchal
François de Durfort et Jean Levezou de Vesins accourent pour la reprendre. Ils
sont en passe dy parvenir lorsque Vivans et Langoiran, gouverneur du Périgord
pour ceux de la Réforme, se jettent dans cette place avec deux mille hommes ;
ils mettent les catholiques en pleine déroute. Cent vingt gentilshommes tombent
entre leurs mains ; généreusement Vivans leur rend la liberté sans rançon, à
condition de ne plus reprendre les armes contre les Réformés.. (9) plusieurs
vont senrôler dans ses compagnies.
A peine installés dans la bastide les protestants prennent en main la jurade en
imprimant leur marque. Dune part ils nomment six consuls huguenots, cest à
dire la totalité de la jurade et dautre part cette nomination a lieu dorénavant
à la St Michel, cest à dire le 29 Septembre, et non plus le 15 Août comme le
faisaient les catholiques.... Lannée 1574 est donc marquée par un renversement
brusque de la représentativité des communautés présentes dans la juridiction.
Pour garantir leur succès les protestants préfèrent soutenir lautorité des six
consuls par la nomination dun gouverneur en la personne de M° de Boudou... Dés
lannée suivante la charge de premier consul sera rétablie au profit de Duthil
Jean sieur de lOustalnéou, un Duthil comme M° de Boudou lui-même. Sans que
disparaisse le titre de gouverneur.
Le 12 novembre 1574 "Constitution du Procureur par Denis de Thil, écuyer,
seigneur de Boudou, gouverneur de la ville de Monflanquin sous lobéissance de
Langoiran. Pierre Pontes seigneur de la Rivière reçoit mission de la représenter
à lassemblée qui se tiendra à Montpellier le 25 novembre, doffrir ses
services
à Damville et de souscrire en son nom à tout ce qui sera décidé pour la défense
commune". (10)
De cette assemblée lhistoire na pas gardé trace. En revanche celle qui se
tient à Nîmes, de décembre 1574 à janvier 1575, et voulue par le même Damville,
a laissé plus de souvenirs : les Provinces Unies du Midi se constituent en
véritable État ; la réponse de Monflanquin sur cette disposition nest pas
connue, même si ses sympathies pour Damville sont patentes.
En février 1575 Henri III, sacré roi de France, se déclare hors détat
dintervenir en Agenais. Cest dans ce contexte de véritable scission du
Royaume
quHenri de Navarre s échappe de la Cour Royale le 3 février 1576 pour se
diriger vers Agen....
Le 6 mai 1576 la paix de Beaulieu, dite paix de Monsieur, réhabilite les
victimes de la St Barthélemy, autorise le culte protestant dans toutes les
villes et lieux du royaume sauf à Paris, accorde huit places de sûreté, institue
des chambres mi-parties dans chaque Parlement. Si tous les protestants, et
particulièrement ceux de Monflanquin maîtres de la place, peuvent être
satisfaits c'en est trop aux yeux des catholiques du royaume qui se regroupent
au sein de la première Ligue dite de Péronne.
sixième guerre : Monflanquin saffirme 1576 - 1577
Le 26 juin 1576 éclate, à l assemblée préparatoire des États Agenais, un
incident soulevé par les délégués de treize juridictions, protestantes ou
catholiques unies en la circonstance "contre les syndics du pays".
Puisque le Sénéchal dAgenais maintient la représentation à un seul député, les
consuls de ces villes veulent élire comme représentant "un de leur union et
religion"... Monflanquin participe de ce mouvement à lallure nicomédiste sur
le
plan religieux.
Aux États Généraux de Blois convoqués en novembre 1576 la Ligue mène en fait le
débat, au point que le 6 janvier 1577 Henri III révoque le récent édit de
Beaulieu et déclare quil ne tolère plus en son royaume que la seule religion
catholique. Cest une véritable déclaration de guerre aux protestants.
Dabord depuis Agen ensuite depuis Nérac, Henri de Navarre redevenu protestant
assure la défense de la Guyenne. Monflanquin se garde contre le maréchal de
Biron ... (41b) Menée sans argent et marquée surtout par des succès catholiques
la guerre aboutit à la paix boiteuse de Bergerac le 17 septembre 1577.
Le 8 octobre la paix est consolidée par la signature de lédit de Poitiers qui,
tenant compte du rapport des forces, restreint les libertés accordées
précédemment : le culte peut être pratiqué seulement dans les faubourgs dune
ville par bailliage, les protestants perdent la moitié des chambres mi-parties
et ne gardent que pour six ans leurs huit places fortes.
A Monflanquin cependant les protestants restent maîtres de la situation :
depuis 1574 et pour quelques décennies ils nomment les consuls choisis
uniquement dans leur communauté (24). De plus en contrevenant aux édits ils
utilisent léglise, fortement endommagée, comme temple au lieu dêtre dans
les
faubourgs.
Septième guerre : conforte les positions1580
Le désordre est tel sur lensemble du territoire que la reine mère, Catherine de
Médicis, signe un accord avec Henri de Navarre le 28 février 1579 à Nérac, afin
de pouvoir se consacrer à une reprise en main du royaume. Et pourtant la
septième guerre "la guerre des Amoureux" est décidée, peu après, à la
légère par
Henri de Navarre et la Cour de Nérac. Cette guerre tourne rapidement à la
confusion de ses auteurs.
Au départ de ce conflit une lettre de Henri III à Henri IV sur une liaison de la
reine Marguerite.... Le début du roi de Navarre en mai 1580 est brillant avec la
prise de Cahors. Les responsables protestants ont un nouveau chef ; le prestige
de sa victoire est si grand quils le nomment aussitôt protecteur de leur
Eglise. Mais le peuple huguenot ne suit pas, car rien ne justifie à ses yeux
cette guerre des Princes ; aussi les suites ne répondent pas à ce premier
succès. Henri IV, mal soutenu par lensemble des Huguenots, échoue presque
partout , notamment devant Blaye.
La paix de Fleix le 26 novembre 1580 rétablit sensiblement les dispositions
obtenues à Nérac lannée précédente : quinze places sont reconnues aux
protestants, mais seulement pour six mois. La liberté de culte nest pas
accordée au-delà de ce qui était reconnu auparavant. (7)
Monflanquin va donc continuer à pratiquer le culte protestant, limitant
semble-t-il l' extériorisation catholique.... Par ailleurs cette guerre a été
trop courte pour que Monflanquin ait eu à en souffrir militairement. Cependant
la situation économique est des plus préoccupantes car la guerre coûte cher,
sans compter les difficultés à mettre en valeur les champs environnants et à
faire circuler les marchandises.
Huitième guerre : Henri de Navarre et Béthune1585-1598
Quelques années de paix et en 1584, à la mort du Duc dAlençon , Henri de
Navarre devient héritier présomptif de la couronne. La Ligue réagit aussitôt, sa
pression amène rapidement le roi à signer le 7 juillet 1585 le traité de Nemours
qui revient aux décisions lointaines de Henri II : interdiction de tout culte
protestant et expulsion de tout protestant qui naura pas abjuré. (25) Cest
aux
yeux de tous une nouvelle déclaration de guerre !
En ce même mois de juillet Henri de Navarre se déplace de Nérac à Bergerac et
fait étape le 28 à Monflanquin alors quil se rend de Bergerac à Montauban (26).
Il y couchera à nouveau du 15 au 18 novembre alors quil revient à Bergerac
doù
le 30 de ce mois il répond fermement à la prise de position du roi.(27)
Sur le terrain trois protagonistes saffrontent : les royalistes, leurs alliés
les Ligueurs dont la ville dappui devient Agen avec bientôt pour ardent
partisan le nouvel évêque Nicolas de Villars, les protestants dont Monflanquin
est un des plus sûrs piliers.
La guerre, durant lannée 1586, se manifeste par des escarmouches fréquentes
autour dAgen tandis que les troupes du roi de Navarre parcourent le pays par
bandes réduites mais très mobiles....
Le 6 mars, Henri de Navarre envoie Vivans à Monflanquin pour intercepter
Matignon annoncé en route vers Villeneuve : "Monsieur de Vivans... je vous ai
voulu faire ce mot pour vous prier que demain vous montiez à cheval .. prenant
votre chemin vers Monflanquin et Gavaudun... votre bien affectionné maître et
parfait ami... Henry". Cette façon de procéder signe le début dune guerre
faite
essentiellement dune série de sièges des petites places dans lAgenais...
Fin juillet cest au tour des catholiques de se lancer vers Monflanquin. Venant
de Castillon, leur cavalerie légère se heurte sur son chemin à Béthune
gouverneur dEauze et de Monflanquin, parent de Sully,. Laffrontement est rude
entre la soixantaine de huguenots et les deux cents lances de leurs adversaires.
Comme le lieu du combat est étroit le péril est pour les chefs, en tête de leurs
équipages respectifs : Béthune est lune des victimes de ce combat (28)...
Henri de Navarre enverra à son épouse une missive de réconfort : "Lamitié
que
jai portée à feu votre mari qui a pris sa première nourriture avec moi, et la
souvenance que jai de sa valeur (outre le regret que jai de lavoir
perdu) ...
Votre affectionné et meilleur ami, Henry".(29)
Début 1589, peu après lassassinat des Guise fin décembre de lannée
précédente,
Henri III se rapproche de Henri de Navarre. Le I° août Jacques Clément frappe
mortellement le roi qui a reconnu Henri de Navarre comme son successeur. Les
protestants et les royalistes se retrouvent dorénavant face aux Ligueurs qui
refusent la succession prévue. Dans ce contexte le vicomte de Foncaude,
gouverneur de Villeneuve et très favorable aux Ligueurs, fait appel aux jésuites
pour prêcher le Villeneuvois ; lui-même maintient sous haute surveillance Penne
et Monflanquin (22).
Henri de Navarre pour gagner à sa cause les protestants, parfois restés dans
lexpectative à son égard, réorganise en 1592 le culte dans le Sud-Ouest. Il
assure à tous les ministres établis une pension annuelle de 200 livres, somme
que va toucher Jean Fréron à Monflanquin.
En 1594 , après le sacre du 27 février de Henri IV à Chartres, les Réformés de
Guyenne, fâchés de labjuration de Henri, se réunissent à Ste Foy la Grande et
décident de continuer la résistance. Décision non suivie deffet car finalement
le ralliement sopère, plus ou moins dans lenthousiasme, sous la pression des
troupes de Charles de Monluc nommé sénéchal par le roi. (18)
La situation générale dailleurs na rien denthousiasmant et reste très
préoccupante. Le mouvement des "croquants" ou "tard avisés" regroupe
dans le
Quercy, le Périgord et lAgenais les paysans soulevés contre le fisc, les
rentiers et les exactions. Car si les deux partis ne se combattent plus, les
gens de guerre nen pèsent pas moins sur le pays déjà exsangue. Le Parlement de
Bordeaux est obligé dès le mois de juin de fulminer un arrêt contre "les voleurs
et exacteurs qui pillent les bestiaux et enlèvent des prisonniers". Les
communautés dhabitants reçoivent lautorisation "de leur courir sus et
de les
tailler en pièces".
Enthousiaste ou non, à légard de Henri IV, Monflanquin en décembre est pour le
moins satisfaite de recevoir de lui, conformément à lédit en dix sept articles
du 17 mai par lequel il accorde son pardon en échange du ralliement, en même
temps que confirmation des privilèges de la ville , "... délire pour chacun
an
le jour de fête de St Michel six consuls pour avoir la charge dadministration
de ladite ville durant ladite année avec pouvoir de porter chaperons et livrée
comme font les consuls de notre ville dAgen.... avec pouvoir pour lesdits
consuls élire par chacun an lassesseur de bailliage de la ville et... nommer
six jurats de six quartiers pour lever nos deniers sans en prendre aucun salaire
... Donné à Paris au mois de décembre de lan de grâce mil V° quatre vingt
quatorze et de notre règne le 6°.." (31).
Peu après, souvre une nouvelle phase de la huitième et dernière guerre de
religions : lintervention de lEspagne en date du 17 janvier 1797... Tout le
Sud-Ouest et Monflanquin y sont étrangers puisque les combats se déroulent vers
le Nord autour dAmiens. ... Finalement les deux États épuisés financièrement
signent la paix de Vervins le 2 mai 1598.
La pacification militaire achevée, suit la pacification des esprits. Dès avril
1598 Henri IV signe lédit de Nantes. Si la liberté de conscience est pleinement
octroyée aux huguenots, lexercice de leur culte est autorisé avec certaines
restrictions : "le libre exercice de la Religion Réformée est admis dans tous
les lieux où les précédents édits permettaient dériger des temples, et partout
où la pratique en était acquise, en août 1797 ". Agen reste frappée
dinterdiction jusquà une demi-lieue de ses murs, de même que Marmande et
Villeneuve... Larticle 31 prescrit létablissement, à Bordeaux et à Nérac,
de
Chambres de Justice mi-parties se composant chacune de deux présidents et de
douze Conseillers... Toutes les charges et dignités sont accessibles aux membres
des deux religions... Des places de sûreté, dont Monflanquin, sont concédées aux
protestants.... Qui plus est cet Édit est déclaré "perpétuel et
irrévocable".(25)
Lenthousiasme là non plus nest pas au rendez-vous. Lenregistrement de
ce
texte par le Parlement de Bordeaux est lobjet de réticences. Une fois accepté
par les Parlementaires, les seigneurs de la Force et du Refuge sont nommés
commissaires pour en assurer lexécution en Agenais.
* *
*
Plus de trente ans de guerres cest à dire dassauts, de destructions,
dincendies, de pillages laissent exsangues la région et la bastide de
Monflanquin. Pendant toutes ces années, la violence sest développée entraînant
les uns et les autres dans des agressions chaque fois plus furieuses en réponse
à dautres agressions humainement aussi insupportables. Au total, le prix payé
par les populations locales, pour prendre en compte certaines évolutions, est
élevé :
Les Monflanquinois découvrent dès 1562, avec les démonstrations faites par
Monluc, quune petite place forte comme la leur nest plus un abri aussi sûr
que
quelques décennies plus tôt, pendant la guerre de cent ans. Elle ne peut
résister aux progrès de lartillerie, dautant moins que les remparts ont
été
mal entretenus.
Monflanquin nen devient pas moins une bastide protestante, surtout à partir de
1574 où les huguenots imposent leur présence tant sur le plan religieux
quadministratif et politique. Lenvironnement nest pourtant pas favorable
avec
Cancon, Villeréal, Castillonnès et Villeneuve acquises au catholicisme.
LEdit de Nantes en 1598 conforte lautorité de la monarchie. Sur le plan
religieux, il vient sajouter à toute la série de traités de pacification signés
par le pouvoir tout au long des Guerres de Religion. Il sagit pour les
contemporains de savoir comment il sera appliqué.

C -1598 / 1601 LEdit de Nantes et la jurade
L' Edit de Nantes1598
L'édit de Nantes, ainsi qu'on l'appelle couramment, comprend en réalité quatre
textes distincts, dont la ratification s'échelonne d'avril à mai 1598 : 1/ Un
premier brevet promet une subvention annuelle pour les besoins du culte
protestant. - 2/ Vient ensuite l'édit proprement dit qui est " perpétuel et
irrévocable". - 3/ A cela s'ajoute un second brevet qui assure aux protestants
une organisation militaire. - 4/ Enfin un ensemble d'articles particuliers dits
" articles secrets" d'une portée plus limitée. Pour sa mise en uvre le
représentant du Roy nomme deux commissaires : Jacques Caumont de la Force pour
les protestants et Eustache de Refuge pour les catholiques.
Si la liberté de conscience est pleinement octroyée aux huguenots, lexercice de
leur culte est autorisé avec certaines restrictions : " le libre exercice de la
Religion Réformée est admis dans tous les lieux où les précédents édits
permettaient dériger des temples, et partout où la pratique en était acquise,
en août 1797 ". Agen reste frappée dinterdiction jusquà une demi-lieu
de ses
murs, de même que Marmande et Villeneuve ... Larticle 31 prescrit
létablissement, à Bordeaux et à Nérac, de Chambres de Justice mi-parties se
composant chacune de deux présidents et de douze Conseillers ... Toutes les
charges et dignités sont accessibles aux membres des deux religions ... Des
places de sûreté, dont Monflanquin, sont concédées aux protestants.... (32)
Il appartenait aux différents Parlements du royaume d'adopter cet ensemble de
textes, de façon qu'il devienne exécutoire sur l'ensemble du territoire. Les
magistrats bordelais font la sourde oreille car la préface de l'édit semble
cautionner la relativité des religions. Finalement le 27 janvier 1600 le
Parlement de Bordeaux enregistre l'édit, en assortissant ce geste de bonne
volonté de protestations de loyauté et d'affection. Le 17 avril 1600 Henry IV
écrit aux commissaires de se mettre à la tâche. Reste à organiser la chambre
mi-partie; les membres en sont nommés par lettre patente en juin 1600. Son
installation a lieu à Nérac le 22 mars 1601.
Les affaires les plus pénibles sont sans doute celles qui concernent les
sépultures. De nombreuses difficultés d'interprétation marquent l'article 45 des
articles secrets, portant sur les cimetières. Les huguenots persistent à
demander l'ensevelissement de leurs morts dans les mêmes cimetières que les
catholiques, tant qu'ils n'ont pas un emplacement spécifique.
D'une façon générale, la situation des huguenots est inégale dans la région. A
Bordeaux, ville qui compte une communauté importante, les tracasseries sont
constantes et des incidents éclatent dans les mois et les années qui suivent.
Dans le reste du ressort, Agen marquée par la Ligue accepte de mauvaise grâce un
culte de concession à Boë par contre Bergerac, place de sûreté, jouit d'un culte
de possession indiscuté. A Monflanquin, place de sûreté également et plus
précisément "ville libre royale" à labri de ses remparts, les huguenots
paraissent maîtres de la situation si l'on en juge par leur prise en main de la
jurade.
Fonctionnement de la Jurade
Lanalyse de la liste des Jurats de Monflanquin sur une trentaine dannées
donne
quelques indications intéressantes sur le fonctionnement de la jurade de
Monflanquin les années précédant l'édit de Nantes et celles qui suivent.
1°- Le nombre de six consuls :
Les six consuls sont prévus dès la mise en place de la Bastide. En effet la
charte de 1256 prévoit en son article 13 : " les consuls de ladite ville seront
renouvelés chaque année, le jour de la fête de lAssomption. Nous, ou notre
bayle, devrons ce jour là : élire et installer six consuls catholiques choisis
parmi les habitants de ladite ville que nous jugerons et estimerons les plus
honnêtes et les plus utiles aux intérêts de la communauté et aux nôtres ".(34)
La liste de 1574 à 1616 atteste que ce nombre de six consuls est encore respecté
trois siècles après.
2° Le renouvellement annuel des consuls :
Autre disposition prise en 1256 et toujours en pratique aux XVI° et XVII°
siècles : le renouvellement annuel des consuls.
Le texte initial est toujours appliqué à la lettre puisque les consuls sont
intégralement remplacés chaque année, sans que les consuls sortants aient le
droit de revenir à la jurade lannée même de leurs descente de charge. Il leur
faut attendre au moins un an avant de penser à un retour.
Une exception pourrait confirmer la règle. La présence de Sarrau Jean en 1601 et
1602. A cela près que les Jean sont pléthore dans la famille Sarrau (35); ce que
prouve dailleurs lannée 1593 où deux Sarrau Jean se retrouvent inscrits en
même temps. Il est dès lors logique davancer que lexception est illusoire et
que nous nous trouvons en présence de deux Sarrau différents en 1601 et 1602,
dans le respect de la règle intangible.
Liste des Jurats de Monflanquin (1574/1588)
1574 - M° de Boudou gouverneur - Sarrau Guillem - Rayac Antoine - Calcat
François * - Bequays Jean * - Pauly Pierre *
1575 - Dutil Jean sr de Oustalnéou - Cubertou Jean - Martin Pierre médecin -
Gittarou François * - Contenjou Bernard * - Quayroze Géraud *
1576 - Lamotte André - Jugye Pierre - Canet Pierre * - Pauty Antoine * - David
Jean * -Boyé Jean *
1577 - Bequays Jean [74] - Pauly Pierre [74] - Andrieux Pierre * - - Quayroze
Antoine * - Dellair Géraud * - Canet Pierre [76 ? ]
1578 - Calcat François [74] - Gilbert Pierre * - Faur Jean - Gitarou François
[75] - Contenjou Bernard [75] - Quayroze Géraud [75]
1579 - Bequays Elie - David Jean [76] - Boyé Jean [76] - Calcat Pierre - Bru
Jean * - Contenjou Jean
1580 - Canet Pierre [76,-77 ?] - Andrieu Pierre [77] - Dellair Géraud [77] - M°
Vergnes Jean * - Lafage Antoine * - Fournié Guillem
1581 - Pauly Pierre [74,77] - Gitarou François [75,78] - Pauty Antoine [76] -
Quayroze Antoine [76] - Fort Guillem * - Lafage Pierre
1582 - les sus-dits consuls, à cause de lédit du Roi, furent élus et
demeurèrent en charge quinze mois. Ils finissaet lannée 1582.
1583 - Gilbert Pierre [78] - Fau Jean * - Quayroze Géraud [75,78] - Dallat Jean
- Gardés Etienne - Costes Antoine
1584 - Martin Pierre médecin - Bessoly Jean * - Boyé Jean [76,79] - Raynal Jean
* - Ducondut Pascal * - Dubreilh Pierre *
1585 - M° Bequays Elie * - Pancot Guillem - Lafage Antoine [80] - Védrine
Guillem * -M° Bequays Elie * - Passalaygue Jean * - Canet Etienne *
1586 - Pauly Pierre [74,77] - David Jean - M° Quayrose A.[75,78] - M° Vergnes
Jean [80] - Raynal Antoine - Gardés Jean
1587 - M° Gilbert Pierre [78] - Quayrose Géraud *- M° Pauty A.[76,81] - Raynal
Jean [84] - Ducondut Pascal * - Fort Guillem [81
1588 - M° Bessoly Jean [84] - Gitarou François [75,78,81] - Delhut Geraud * -
Dubreilh Pierre [84] - M° Dumons Jean * - Marty Etienne
3° Le renouvellement à lAssomption :
Larticle 13 stipule que le renouvellement seffectue à lAssomption
cest à
dire à la mi-Août. La mention qui accompagne le relevé de 1574 laisse à penser
quil en va toujours de même jusquen 1574.
" Catalogue des consuls qui ont été élus après la prise de Monflanquin qui fut
le dernier dAoût de lannée 1574. Dans la même année et le jour de la St
Michel
furent élus discrètes et honorables personnes "
Changements de 1574
En 1574 la ville de Monflanquin est donc tombée aux mains des Protestants qui
sassurent la direction de la jurade par une nomination de consuls, à la St
Michel cest à dire le 29 Septembre et non plus le 15 Août.
1° Le renouvellement à la St Michel :
Cette date décalée par rapport aux instructions de la charte qui prévoyait
lAssomption, semble être devenue la référence à la place de la précédente.
En effet une décision royale prise en 1582 précise " les susdits consuls (de
lan 1581), à cause de lédit du Roi, furent élus pour être continués
jusquau
1° janvier, auquel jour lélection des consuls de la présente ville se devait
faire conformément au susdit édit, et partant demeurèrent en charge quinze mois
"....(32)
Pour quil y ait quinze mois au 1° janvier il faut bien que la St Michel soit
restée après 1574 la date de changement des consuls. Lhypothèse a le mérite de
sinscrire dans la logique du conflit en cours; la charte confirmée en décembre
1594 par Henri IV en fait une certitude :
En 1574 les protestants prennent la ville aux dépends des catholiques. Comment
ne préféreraient-ils pas célébrer le jour de leur premier accès à la jurade
plutôt que celui à la gloire de la Vierge Marie.....
Dans la même logique le choix du 1° janvier pourrait bien correspondre à la
volonté du roi de calmer les esprits, en prenant une date neutre sur le plan
religieux et significative pour la seule société civile... Il faut noter surtout
que cette décision du roi a été suivie deffet dans une ville dominée par les
protestants.
2° Les Protestants maîtres de la jurade :
Lannée 1574 est donc marquée par un renversement brusque de la représentativité
des communautés dans la juridiction, au point que pour garantir leur succès les
protestants préfèrent nommer un gouverneur en la personne de M° de Boudou.
Dés lannée suivante la charge de premier consul est rétablie au profit de Dutil
Jean sieur de lOustalnéou, un Dutil comme M° de Boudou lui-même. Le passage à
la normale se fait donc avec précaution, sous le contrôle dune famille sûre.
" Passage à la normale ", à cela prés que la charte de 1256, toujours
respectée
jusquici sur ce point, prévoyait six catholiques. Or à partir de 1574 la jurade
est dirigée par les protestants. La question est de savoir si les six consuls
sont Huguenots ? Si tel est le cas, à partir de quand, précisément, le partage
entre quatre Huguenots et deux catholiques devient une pratique monflanquinoise?
Liste des Jurats de Monflanquin (1589/1602)
1589 - Paulhy Pierre [74,81] - Faur Jean - Persy Antoine - Contenjou Bernard * -
Canet Etienne [85] - Lidon Pierre *
1590 - Gilbert Pierre [78,87] - Andrieu Pierre - Quayrose A.[75,78,86] - Bru
Jean [79] - Duvinial Antoine * - Truelle Jean *
1591- (1) - de Menou Pantaléon * - Vergnes Jean [80,86] - Ducondut Pascal [87] -
Calmette jean * - Lapeyronie Jean * - Bonissou
1591- (2)- M° de Panit Léger gouverneur - M° Guérin Arnaud - M° Lafage Antoine
[85] -M° Pauty A.[76,81,87] - Lacroix Pierre - Sarrau François
1592 - Béquays Elie [85] - Vergnes Jean [80,86, 91] - Boyé Jean [84] - Fort
Guillem [81,87] - Fraysse Guillaume * - Alègre Jacob *
1593 - Bessoty Jean [84, 88] - Sarrau Jean * - Delhut Geraud [88] - Dumons Jean
[88] - Sarrau Jean ( ?) - Lapeyronie Jean [91]
1594 - de Panit Léger fils - Fau Jean [83] - Contenjou Bernard [89] - Béquays
Pierre - Quayrose Géraud [87] - Galinat Pierre
1595 - Gilbert Pierre [78,87,90] - Duvinial Antoine [90] - Sarrau Géraud * -
Persy Géraud * - Lacroix jean - Poccot David *
1596 - Béquays Elie [85, 92] - Lidon Pierre [89] - M° Fraysse Guillaume [92] -
Contenjou Jean [89, 94] - M° Boyé Moïse * - Monteil Jean *
1597 - Sarrau Jean [93] - Persy Antoine [87, 91] - Delhut Géraud [88, 93] -
Truelle Jean [90] - Alègre Jacob [92] - Fournié Jean *
1598 - de Paloque Jean - Béquays Pierre * - Lafage Antoine [80,85, 91] -
Quayrose Géraud [87, 94] - Contenjou Michel - Boyé Abraham *
1599 - Guérin Arnaud * - Duvinial Antoine [90, 95] - Sarrau Géraud [95] - Poccot
David [95] - M°Gugues Aleyrou - Calmette Jean [91]
1600 - M° Béquays Elie [85,92,96] - Fau Jean [83,94] - de Persy Géraud[95] -
Contenjou Jean [89,94,96] - Monteil Jean [96] - Castillon Jean *
1601 - Sarrau Jean [93, 97] - Lidon Pierre [89, 96] - Delhut Géraud [88,93,97] -
Alègre Jacob [92, 97] - Boyé Moïse [96] - Causse Isaac
1602 - de Menou Pantaléon [91] - Bequays Isaac - M° Sarrau jean [93,97] -
Dufraysse Jean puîné - M° Salesses Jean - Cournet Jean
Stabilité de la Jurade
Le renouvellement annuel des consuls ne doit pas masquer la permanence de
certaines familles soit par le retour dun même personnage soit par la
succession de membres dune même famille.
1° Le retour de certains personnages :
Lobservation des listes, sur lensemble de la période, permet de constater que
certains consuls reviennent au cours des années.
Pour mieux suivre le phénomène sur les tableaux ci-joints, il suffit
daccompagner dun astérisque * les noms des consuls qui, venus pour la
première
fois à la jurade, y reviendront par la suite.
Seules les trois premières années 1574, 1575, 1576 nont pas de récidivistes, si
lon peut ainsi sexprimer ; chose normale puisque pour la première fois des
protestants accèdent à la jurade. Mais sur les dix huit noms mentionnés durant
ces trois années, il faut prendre en compte que dix reviendront à la jurade,
cest à dire plus de la moitié.
Il en sera de même tout au long de la période.
Ce retour des mêmes responsables explique que les jurades successives ont dans
leur rang un certain nombre danciens qui assurent la stabilité de lappareil
administratif grâce à lexpérience acquise précédemment. En dehors des trois
premières années mentionnées il nen est pas une où il ny ait au moins un
"
ancien ".... et certaines années il sen trouve cinq sur six responsables.
2° Une sorte doligarchie :
Autre aspect évident à la lecture des listes : la représentativité de certaines
familles. En fait, il faudrait une liste de la jurade dans les décennies
antérieures pour savoir si les mêmes familles (autrefois catholiques puis
Huguenotes) sont restées en charge des responsabilités municipales ou s'il y a
eu rupture dans la transmission des titres au profit de nouvelles familles.
Les Dutil de Boudou, les Bequays, les Sarrau, les Persy, les Paloque, les St
Léger..... Ce sont là des noms de familles en voie danoblissement, et souvent
alliées entre elles par mariages. Ce nest donc pas un hasard si le titre de
premier consul leur revient invariablement au fil des ans.
Mais dautres familles les entourent, à linstar des Fort, des Dufraysse, des
Contenjou, des Lacroix, des Boyé.... Parfois dailleurs unies, elles aussi aux
précédentes par des liens de mariage.
Ainsi se dessine à Monflanquin une oligarchie dont les ressources proviennent de
la terre, source danoblissement au même titre que les offices achetés
essentiellement dans le domaine juridique.
Avec, à lintérieur de ce groupe, une hiérarchie signifiée par le rang auquel
peut aspirer chacun une fois consul : par exemple les Bequays, les Sarrau, sont
au premier rang tandis que les Fort se voient réserver les rangs de cinquième ou
sixième consul. Donc : tous ensemble mais chacun à sa place ; comme le veut la
société de lépoque quelle soit dobédience catholique ou protestante.
Pour être complet il faut remarquer que certains noms ont été retenus par
lhistoire locale : Dutil, Bequays etc. déjà mentionnés ci-dessus, tandis que
dautres mériteraient un supplément de recherches pour mieux les situer. Qui
sont en effet les premiers consuls (donc personnages influents de leur temps)
qui ont pour nom : Lamotte André, Calcat François, Canet Pierre, Pauly Pierre,
Gilbert Pierre, Martin Pierre, Bessoly Jean, de Panit Léger, de Menou Pantaléon,
Guérin Arnaud, Lidon Pierre pour ne citer que ceux-là. Quel est le poids de
leurs familles dans la société monflanquinoise ? Tout un ensemble de questions
qui ouvre un véritable chantier de recherches sur lhistoire locale.
Cette rapide prise en compte de la liste des consuls de Monflanquin de 1574 à
1616 apporte un élément de réponse aux questions initiales concernant la jurade.
Ainsi il apparaît nettement que le texte de la charte de 1256 reste une
référence de base (36) pour les contemporains du XVI° et XVII° siècles, mais que
la prise de Monflanquin par les protestants en 1574 entraîne quelques
modifications sensibles dans un certain nombre dapplications et principalement
de son article 13.
Ces modifications ne remettent pas fondamentalement en question la jurade. En
fait, elles ne font que participer au remplacement de lancienne oligarchie
catholique par une nouvelle oligarchie protestante aux commandes dun mode
dadministration locale qui lui nest guère transformé.
Il est évident que les catholiques ne peuvent se satisfaire de cette main mise
sur la jurade par les protestants et qu'il y a là un sujet de discorde pour les
années à venir.
Liste des Jurats de Monflanquin (1603/1616)
1603 - Guérin Arnaud [99] - Duvinial Antoine [90,95,99] - M° Quayrose Elie -
Quayrose Jezaban - M° Fournié Jean [97] - Sarrau Pierre (il refuse)
1604 - de Persy Antoine [87,91,97] - Béquays Pierre [98] - M° Gilbert Pierre
[87,90,95] - Lacroix Jean * - Fournié Pierre - Deponte Isaac
1605 - M° de Panit St Léger - Dordaygue Fr. sr de la Tour - Alègre
Jacob[92,97,01] - Fort guillem [87,92] - Boyé Paul - M° Salesses Pierre
1606 - de Paloque Jean - Lidon Pierre [87,96,01] - Passalaygue Jean [85] -
Gilbert P.[87,90,95,04] - Contenjou David - Bru Jean
1607-(1) - Sarrau Jean [93,97,01] - Sarraud Géraud [95,99] - Dubreil Etienne sr
de la tour - Boyé Abraham [98] - Védrines Guillem [85] ? ? - Quayroze Jérémie *
1607-(2) - Dutil Gédéon sr de Boudou - Dufraysse Jean aîné - Ducondut Pascal
[84] ? ? - Védrines Guillem - Quayroze Jérémie *
1608 - Sarrau Géraud [95,99--07 ] - Poccot David [95,99] - Cosse Isaac (01 ?) -
Calmette Jean [91,99] - Pauty Pierre - Fraysse Jean
1609 - M° de St Léger [05] - M° Pauty Géraud - Boyé Moïse [96,01] - Passalaygue
Jean [85,06] - Ducondut Vité - M° Chayrés
1610 - Sarrau Jean [93,97,01,07] - Gilbert Pierre [87,90,95,04] - Maasanés
François - Canet Pierre * - Fort Pierre * - Bugit Bertrand
1611 - Lidon Pierre [89,96] - Contenjou J.[89,94,96,00] - Boyé Abraham [98,07] -
M° Castillon Jean [00] - Quayroze Jérémie [07] - Léger Martial
1612 - Dutil Gédéon [07-2] - Amblard Pierre - Trubelle Daniel - Ducondut
Matthieu - Védrines Abraham - Cubertou Guillem
1613 - Bequays Pierre [98,04] - Quayroze Jézaban - Boulède Jean - M° Vignal
Pierre - Contenjou J.[89,94,96,00,11] - Issartier Jean
1614 - Sarrau Géraud [95,99,07,08] - Boyé Moïse [96,01,09] - Canet Pierre [10] -
Fort Pierre, sire [10] ( sire= titre donné à ceux qui avaient été " consuls
" )
1615 - M° de St Léger [05,09] - Quayroze Elie - Arnosc Pierre - Dufraysse Jean
(07-2 ?) - Delaygue Pierre - Fournié dit Gorre
1616 - M° de Boudou [07-2,12] - Lacroix Jean [04] - Trubelle Daniel [12] -
Mouret Pierre - Contenjou David - Brunot Daniel
La visite de l'évêque d'Agen 1601
Par contre L'édit de Nantes rend espoir aux catholiques de Monflanquin en ce qui
concerne leur pratique religieuse et l'occupation de l'église. Le compte rendu
de l'évêché laisse en effet apparaître que depuis 1574 jusqu'en 1598, c'est à
dire pendant vingt quatre ans, la messe n'a pas été dite dans cette église de
Monflanquin. Il appartient à Nicolas de Villars de rassurer sur les deux points
les catholiques.
En effet les adversaires pansent leurs blessures, les Réformés réparent leurs
temples ou en édifient de nouveaux. De son côté lévêque sefforce de
remettre
en état les églises, toutes fortement endommagées, et de reprendre en main un
clergé que trente années de troubles ont rendu indiscipliné et parfois inférieur
à sa tâche. (2)
Au cours de ses visites pastorales Nicolas de Villars, bouillant Ligueur,
sefforce de prêcher la concorde publique et se plaît à souligner la courtoisie
avec laquelle "MM. de la Religion" accueillent son passage à Clairac, Ste Foy
la
Grande ou Monflanquin.
Le 26 mai 1601 en effet l'évêque d'Agen Nicolas de Villars, en tournée dans son
diocèse, fait étape à Monflanquin. Dans ses Mémoires il relate "à mon arrivée
fus rencontré de M. de Saint Légier, gouverneur dudit lieu, et les consuls avec
leur livrée m'y vinrent saluer, offrir la ville et ce qui en dépendait, ce que
je reçus en bonne part, les priant de faire surseoir toutes meffiances et
prendre de moi et de toute ma suite toute assurance".
Sa première visite est pour l'église a propos de laquelle il écrit : "L'église
de Notre-Dame est toute découverte et ouverte du côté de la muraille de la
ville; il n'y a qu'un autel
Le cimetière vis à vis de l'église, joignant
l'hôpital, sert aux deux religions. La maison du prieur et du recteur était prés
de l'église, les huguenots y ont bâti leur temple".
Le 27 mai le prélat "réconcilie" l'église ou plutôt ce qu'il en reste. Il
dit la
messe et plusieurs la disent après lui. Il assiste à la grande messe suivie de
la prédication. L'après midi il fait une exhortation et "baille" la
confirmation
à cinq cent personnes, selon son estimation. Les vêpres sont ensuite chantées.
Le 28 mai pour les rogations il se rend "en procession à St André, assisté de
beaucoup de peuple". Là il entend la grand messe et la prédication. L'après
dîner, il fait faire le catéchisme puis il " baille" la confirmation à
cinquante
sept personnes et la tonsure à deux enfants.
Le 29 l'évêque vaque à sa santé et voit quelques prêtres. Le 30 il envoie
visiter les paroisses circonvoisines. Le 31, jour de l'Ascension, il dit la
messe après plusieurs autres. Il assiste à la procession, à la grand messe, à la
prédication où " il y a quatre à cinq mille personnes et beaucoup de
noblesse".
L'après dîner est consacré à une autre prédication qui est "baillée" à
plus de
cinq cents personnes, puis aux vêpres dites solennellement où il fait distribuer
quelques livres spirituels, images, chapelets.
Le 1° juin "l'après midi je partis de Monflanquin après avoir exhorté un chacun
de vivre en paix, ce qui me fut promis de part et d'autre, me témoignant
beaucoup de satisfaction de ma venue en leur ville" .
A l'occasion de cette visite Nicolas Villars a rencontré les subdélégués à
Monflanquin de MM. de La Force et de Refuge pour signer un accord transactionnel
avec les protestants. Il s'en explique "L'exécution de l'édit de Nantes faite
par MM. les commissaires pendant notre arrivée a été approuvée par nous
(catholiques) en ce qui se faisait pour nous
bien tout était provisionnel
Je
juge qu'il se fallait contenter de cette provision pour le présent, en attendant
mieux".
Dans ces quelques lignes, rédigées par l'évêque d'Agen, sont inscrites les
dispositions d'esprit de la communauté catholique et les tensions qui vont s'en
suivre pendant tout le XVII° siècle.
Dailleurs dès 1615 les Protestants, inquiets des tracasseries administratives
qui apportent des restrictions à leur culte, plus inquiet encore des mariages
espagnols du Roi Louis XIII et de sa sur, se regroupent militairement à
Tonneins "pour leur propre défense et celle du St Evangile" selon les paroles
dHenri de Rohan. (2).

D - 1621/1681 Les
avancées des catholiques
Les remparts de Monflanquin
Les remparts de Monflanquin construits par Edouard I° en 1282, ayant trouvé leur
justification avant et pendant la guerre de Cent ans ont par contre démontré la
limite de leur importance militaire face aux armements contemporains lors des
guerres de Religion (37). Monluc en a fait la rude démonstration dès 1es années
1560 lors de ses passages.
Au début du XVII° siècle il semble que leur état laisse à désirer puisquen
juin
1621 le duc de La Force exhorte les habitants de la bastide de mettre en état
les fortifications. Cette prise de position favorable aux insurgés condamnent
les remparts, malgré le ralliement au Roi durant le mois de juillet.
"L'an 1621 et le 7 du moys de 7 bre, M. Thibault de Labrousse, Chevalier des
Ordres du Roy, gentilhomme ordinaire de la Chambre et capitaine-enseigne des
gardes du corps de sa Majesté, commissaire à elle député pour faire raser les
murailles et fortifications de Monflanquin, fait don au Couvent au nom du Roy de
toute la pierre des dites démolitions, à prendre depuis la porte St André
jusqu'à la porte de Roquefère du côté de l'orient et du midi, à la charge de
dire tous les ans une messe du St Esprit pour le Roy et sa famille royale le 9°
jour de 7 bre". (38)
On peut se demander si cette démolition, qui concerne environ les trois quarts
des remparts a pu être ébauchée puisque le 13 février 1622 le baron de Castelnau
(Henri Nompar de Caumont, marquis de Castelnaud, futur duc de La Force,
gouverneur de Monflanquin à cette occasion , selon Bellecombe -27b) s'empare de
Monflanquin au nom de son père, le duc de La Force, en passant par des brèches
très larges. Aussitôt il fait renforcer les remparts. C'est en quelque sorte le
chant du cygne de la fonction militaire de Monflanquin car en juin 1622 tout est
fini et le marquis de Théobon, allié de la famille de La Force, rend la ville
sans coup férir au Roi. Cette fois les remparts vont être démantelés dans le
respect de l'arrêt de l'année précédente visant Monflanquin, confirmée par la
décision du 21 décembre 1621 à l'encontre de l'ensemble des places de Guyenne.
Mesure qui devient exécutoire par ordonnance royale rendue le 1° juin à Agen
:une commission royale confie à l'avocat général du Parlement de Bordeaux, Jean
Olivier Dussault, la démolition des forteresses de Guyenne parmi lesquelles
Monflanquin. (38)
En 1628 il est fait mention de la démolition de l'hôpital avec les murs de la
ville auxquels il était adossé au nord
En juillet dommages causés aux maisons
de Henry de Persy appuyées sur les remparts
En octobre Montaut vote une somme
de vingt livres pour le paiement de dix manuvres employés à la destruction de
ces remparts.
En avril 1630 l'intendant de Guyenne, François de Verthamont, déclare que "pour
la construction du temple leur avons permis de prendre des pierres et matériaux
vacants de la démolition des remparts".
Dans les textes et dans la réalité Monflanquin a cessé d'être militairement un
lieu de défense possible pour les Protestants.
Les avancées des catholiques 1622- 1641
En 1622, l'ordre de destruction des remparts atteste que dorénavant les Réformés
sont dépouillés de leur place de sûreté, mais parallèlement en cette même année
ils perdent le contrôle de la jurade où trois catholiques prennent place, ce
qu'entérine un accord signé le 9 juin 1623 entre les deux partis. Le recul pour
les Protestants de Monflanquin est notable.(40)
Comme pour marquer l'évolution en cours et profitant du renouveau catholique les
Augustins, en mal de Couvent depuis 1569 où le leur avait été détruit aux portes
de la ville, s'installent intra muros. En 1624 un obit, c'est à dire une
donation pour messe anniversaire, leur permet l'achat d'une maison. Dès lors ils
sont en mesure d'installer d'une part leur couvent et d'autre part leur
chapelle. (41)
Mais les hostilités reprennent et les environs de Montauban doivent subir les
foudres du duc d'Epernon gouverneur de Guyenne
Le 6 avril 1626 un nouvel édit
de pacification apporte une nouvelle trêve
Trêve de courte durée car dès 1627 la guerre se rallume alors que Richelieu se
promet bien d'en finir avec La Rochelle. Pas plus en Languedoc qu'à La Rochelle
le parti protestant n'est décidé à faire la guerre : les nobles l'ont déserté,
les bourgeois restent fidèles au Roi. Seuls Rohan et Soubise mènent le combat
avec passion et obstination. L'Agenais ne prend pas part à cette guerre.
(miquel)
Le 27 juin 1629 la paix est accordée à Rohan qui la demande depuis
Anduze où il s'est installé. "l'Edit de Grâce d'Alès" maintient les
dispositions
de l'édit de Nantes quant aux libertés de culte mais confirme la fin des places
de sûreté.
L'orage passé les Réformés de Monflanquin adressent en 1630 à François de
Verthamont, commissaire pour l'exécution des édits de Pacification, une requête
demandant que le "consulat de ladite ville serait remis entre leurs mains
conformément à ce qui se pratiquait avant 1622
"
A cette requête les catholiques en opposent une autre : "aux fins que suivant
leurs anciens privilèges, arrêt et règlement de la Cour du Parlement de Bordeaux
ils fussent admis aux charges consulaires de lad. Ville et tiendraient les
quatre premiers rangs aux élections consulaires".
Par ordonnance du 6 août 1630 les commissaires donnent satisfaction aux
protestants. Ils considèrent (42) que "les habitants de la R.P.R. seraient admis
aux charges consulaires indifféremment avec les catholiques et sans aucune
distinction de religion". C'est la reprise pure et simple de l'arrêt du 29 juin
1602.
La pression catholique se maintient et le 21 janvier 1635 la jurade note que "le
gouverneur a enjoint aux consuls et jurats catholiques de s'assembler pour se
pourvoir devant sa Majesté contre certaines lettres patentes obtenues par ceux
de la R.P.R."
. Le 1° mars les consuls stipulent qu'ils ont eu "recours
à Mgr
d'Epernon pour avoir règlement pour le consulat" : il y aura donc à Monflanquin,
au grand regret des catholiques, six consuls dont quatre catholiques et deux de
la R.P.R. (40)
Un procès verbal de 1641 confirme que les quatre consuls catholiques ont la
préséance sur les deux protestants, la justice royale étant administrée par
quatre officiers dont le Lieutenant et le Procureur catholiques, le juge et
l'assesseur protestants.
Maintien et loyalisme 1630 - 1652
C'est également en 1630 que le problème de l'église est à nouveau reposé par les
catholiques qui contestent l'arrêt du 22 mars 1603 trop favorable aux
protestants, selon eux. Sujet de controverse d'autant plus vif que la proximité
du temple et de l'église fait que les uns et les autres sont ordinairement
interrompus "en faisant le service tant par les chants que par le son des
cloches". (3)
Le 6 avril 1630 François de Verthamont, après avoir consulté les deux partis en
présence, prend une ordonnance : "Ceux de la religion R.P.R. délaisseront, dans
six mois, au curé et aux catholiques le temple auquel il font à présent
l'exercice de leur religion, ensemble l'entier cimetière de lad. Eglise
Ceux
de la R.P.R. reprendront la somme de 600 livres consignée et demeureront quittes
des 400 livres demeurés entre leurs mains. En outre les catholiques leur
payeront 800 livres dans six mois"
"Ordonnons il sera pourvu auxdits de
la
R.P.R. d'un lieu commode pour bâtir le temple et d'une place pour leur servir de
cimetière
temple pour la construction duquel leur avons permis de prendre des
pierres et matériaux vaquants de la démolition des murailles".
Ordonnance non suivie d'effet (Il est vraisemblable que les deux communautés,
catholique et protestante, ont eu à faire face aux calamités naturelles de
lannée 1631 marquée par de très nombreux décès. Une sorte de trêve momentanée
a
du simposer) puisqu'en 1641 l'archiprêtre en visite à Monflanquin observe :
"Il
y a la grande église de Ste Marie toute découverte sauf une petite chapelle dans
laquelle se fait le service ordinaire, sur les fondements de laquelle église est
bâti le temple des religionnaires dans lequel ils font leur exercice ordinaire
et interrompent grandement le service divin dans l'église par leurs prêches et
leurs chants dans ledit temple" A charge de revanche les Religionnaires
eux-mêmes ont droit aux cloches et chants de leurs voisins catholiques. En fait
les deux cultes ainsi rapprochés devaient se gêner réciproquement.
De guerre lasse le curé décide de transférer dans la chapelle des Augustins le
service paroissial, chapelle où il restera de longues décennies dans l'attente
d'une solution.
Les affrontements de la Fronde ramènent l'agitation et la misère dans toute la
région. La lutte est ardente autour de Bordeaux et dans tout l'Agenais, mais, ne
répondant pas aux avances que leur fait Condé, les Protestants en tant que
communauté restent fidèles au Roi. La position de Monflanquin pendant cette
période est mal connue, peut être favorable à Condé et Théobon. (Théobon de
Pardaillan, gouverneur de Monflanquin en 1651, selon de Bellecombe (27b)
Cassany-Mazet mentionne la joie des Monflanquinois le 4 mai 1651 à lannonce de
la nomination de Condé comme gouverneur de la Guyenne - 41b)
Un seul épisode notable est enregistré par la chronique locale : le repli vers
Monflanquin fin juillet 1652 des troupes d'Harcourt favorable au Roi et
poursuivi par celles de Théobon de Pardaillan défenseur de Villeneuve au nom de
Condé. Sans préciser la position de Monflanquin en la circonstance.
Quoiqu'il en soit, Mazarin, sensible à la loyauté de la communauté Réformée dans
sa globalité, freine les ardeurs des jésuites et des "dévots" . Ce qui laisse
un
répit aux Protestants qui ont le sentiment que leur loyalisme les met à l'abri.
Multiplication des contestations juridiques 1657 - 1670
Malgré ce loyalisme, et cette retenue de Mazarin, la pression des catholiques se
maintient. Sur l'ensemble du royaume l'activisme des jésuites alimente la
"guerre des procureurs" pour avoir raison des "hérétiques". Dans ce
cadre très
précis de contestation, de harcèlement juridique les catholiques de Monflanquin
ne sont pas en reste et les protestants finissent par s'en accommoder puisqu'ils
y sont contraints (40b)
Le 30 décembre 1657 une ordonnance du marquis de St Luc, lieutenant du roi en
Guyenne, confirme à la requête des consuls catholiques sortant de charge, la
nomination de quatre nouveaux consuls catholiques "afin d 'éviter les troubles
suscités par les consuls de la R.P.R" En fait le débat porte sur la répartition
des six postes et les catholiques refusent les trois consuls élus par les
Protestants "au mépris des arrêts du Parlement de Bordeaux qui ne leur en
accorde que deux"
Après un long conflit la jurade en revient, avec
l'assentiment de l'Intendant, à appliquer pour les élections consulaires
l'accord passé entre catholiques et réformés le 9 juin 1623 d'après lequel le
consulat devait être mi-parti. Cet accord avait été approuvé par une ordonnance
du Roi le 31 août 1650.
En 1667 c'est un nouveau dossier qui est ouvert : celui des régents dont
l'importance n'échappe à aucun des protagonistes. Requête des syndics du diocèse
d'Agen à l'Intendant M. Pellot ; ils exposent que deux religieux du couvent des
Augustins exercent la fonction de régent et que ces religieux prêchent, en
raison de quoi ils reçoivent chaque année la somme de 40 livres. M. de Becays et
ceux de la R.P.R. obtiennent que cette somme leur soit restituée pour l'année
précédente et soit maintenue pour l'avenir.
Le 27 février 1668, dans un même souci de maîtriser les fonctions à la charge de
la jurade, il est question du greffier, du médecin
Ordonnance de M. Pellot, en
réponse à la requête du syndic du clergé d'Agen. Le greffier est dénoncé comme
étant de la R.P.R. et les protestants ont fait attribuer au médecin de la ville
les gages ordinaires donnés au prédicateur. L'Intendant destitue le greffier qui
sera remplacé par un catholique; il décide que sur les cent livres de gages
attribués au médecin la moite sera donnée au prédicateur du carême.
Autre objet de querelle constante : les cloches. Cette même année 1668 la jurade
apprend que certains catholiques veulent enlever la cloche de l'horloge pour la
faire servir à l'église. Le curé présent à l'assemblée déclare : "tant pour
luy
que pour les autres paroissiens qu'il n'empesche que la cloche ne soit montée
dans le clocher de l'ezglise". Il fait remarquer que les voix ont été partagées
à ce sujet et que nulle décision n'a été prise, les jurats catholiques ayant
quitté la séance sans vouloir signer le procès verbal.
Par contre l'attribution de l'église, qui reste l' affaire cruciale en suspend,
semble trouver une solution en 1668 . Dès l'arrivée de Claude Joly à l'évêché
d'Agen, en 1665, le clergé montre une plus grande pugnacité. Pour préparer ses
synodes le nouvel évêque multiplie les enquêtes auprès des curés et dès les
premiers jours de juillet il se rend à Villeneuve et Penne, puis le 15 octobre
il poursuit par Monflanquin et Castillonnès. (43) Lors de son passage à
Monflanquin il découvre que "l'église, où l'on fait présentement le service,
n'est ni voûtée ni lambrissée" et il va pousser en premier lieu à sa restitution.
A ce propos, en 1668, Castillon note dans son livre de Raison : "Le 21 janvier
1668 ayant été député du corps de notre église avec MM. de Persy et Deyma
anciens de lad. Eglise, suis allé en leur compagnie au lieu de Montaud le vieux
pour traiter de toutes affaires
avec MM. du clergé d'Agen et le sieur Courtie,
curé de la présente ville, auquel lieu s'étant trouvé messieurs de Belsunce et
Lamothe nos arbitres, a été accordé
que nous quitterons notre dit temple aud.
Sieur curé"
que seront "conservés notre cloche, bancs et autres meubles
qu'il
nous sera loisible d'emporter"
. que nous sera consenti, " marqué et
piqueté une
autre place dans la présente ville pour y bâtir un autre temple"
" Les
consentements nécessaires seront donnés
moyennant la somme qui sera arrêtée
par MM. de Belsunce et Lamothe". (3)
Autorisés mais le temple à rebâtir1671 - 1673
Le climat se tend progressivement. Les Assemblées du Clergé ne cessent de
demander à Louis XIV l'extinction de l'hérésie. Les Protestants de Monflanquin
peuvent avoir à juste titre le sentiment que tout se passe comme si on leur
serrait un collier de force passé autour du cou pour les étrangler de plus en
plus.
La jurade est la caisse de résonance de cette discorde accrue. Les registres de
la jurade portent mention des lettres du maréchal d'Albret, gouverneur de
Guyenne attestant son intervention dans les élections consulaires de l'année
1671
Contestation entre des consuls sur une question de rang
(44)
Plaintes ayant été faites au gouverneur de la province "par quelques personnes
qui ont prétendu qu'il se faisait à Monflanquin des attroupements séditieux" la
jurade proteste le 28 avril 1672 et assure que rien de pareil n'est venu à sa
connaissance
Pourtant des ordonnances du maréchal d'Albret prescrivent aux
consuls catholiques qui se sont retirés de la ville d'aller y résider afin que
les affaires ne restent pas en souffrance. Ce qui laisse paraître que les
rapports et la situation à Monflanquin se tendent sérieusement. Quant aux
ministres des Religionnaires ils se voient "à raison de leurs provocations au
désordre" condamnés à l'amende, et, de plus interdits de leurs fonctions pour
toute leur vie.(7)
En juin 1673 le Temple revient sur le devant de la scène et, dans la logique du
moment, les protestants s'en trouvent démunis. Castillon écrit : "Par arrêt du
Conseil exécutoire, notre religion a été maintenue dans notre ville et le
délaissement du temple dans lequel se faisait nos services a été ordonné
le
second jour de juin a été procédé au piquettement pour édifier un nouveau temple
sur la brèche de Picamil et sur la rue des vignes
et ce même jour, après avoir
emporté de l'ancien temple tant la chaire que bancs et cloches
un des pasteurs
a fait la prière dans lad. Place, psaume 122, à la grande consolation de tout le
public". (3)
Joly, l'évêque d'Agen se félicite de ce que "la nouvelle église qui depuis
plusieurs années servait de temple aux huguenots, par arrêt du Roi en date du 13
mars 1673, obtenu à notre requête par nos soins, a été rendue aux habitants
catholiques dont ils prennent possession le 3 juin et le lendemain 4 juin, jour
de dimanche, il s'y fit par notre ordre une procession solennelle composée de
soixante ecclésiastiques, revêtus de surplus et portant chacun en main un cierge
allumé. Le S. Sacrement de l'autel y fut porté solennellement par toutes les
rues qui furent tendues et ornées, et prédication fut faite au cour de la grand
messe" (42)
La pression provoque la rupture 1677 - 1681
Pendant la guerre de Hollande en 1675 l'Assemblée du Clergé demande une fois de
plus que le gouvernement soit plus insistant. En 1676 est établie la caisse des
conversions sous la direction de Pelisson, lui-même huguenot converti : six
livres ne moyenne, à ce prix beaucoup de miséreux apostasient.
A Monflanquin les huguenots enregistrent les évènements avec inquiétude même si
leurs droits civiques sont respectés. En 1677 il est avéré que "dans Monflanquin
il y a six consuls dont les quatre premiers sont catholiques et les deux autres
de la R.P.R.. Suivant un règlement par arrêt du Parlement de Bordeaux du 12 août
1658
les jurats ou prud'hommes sont my partie. L'élection consulaire se fait
tous les premiers jours de chaque année".
Cependant ce droit apparemment respecté ne peut cacher la somme des mesures
restrictives prises par la monarchie. Les huguenots se lassent et finissent par
manifester leur mécontentement.
Selon Durengues dès 1677 "ils prirent les armes et se soulevèrent. Par ordre du
gouverneur de la province M. de St Quentin, gouverneur de Castillonnès, envoya
contre les révoltés M. de Montmon avec sa compagnie. La ville fut prise le 26
janvier et traitée avec rigueur. Elle fut soumise à une longue occupation
militaire et condamnée à payer une amende de dix mille livres. Le duc de La
Force intercéda en sa faveur et obtint une réduction de cinq mille livres. La
maison de ville et la halle avait été démolie par les soldats de Montmon"
.
(42)
Les registres de la jurade de Monflanquin pour leur part n'en parlent pas mais
par contre notent que le 9 juillet 1681, on rappelle à la jurade qu'il y a eu
des soulèvements populaires dans les paroisses de Savignac, St Aubin, St
Caperais et Lamothe-Fay. A Savignac on a sonné le tocsin, incendié la maison de
Vergniol, chirurgien, et tenté d'enlever les portes de l'église. La jurade est
d'avis d'informer les puissances supérieures de ces soulèvements, de faire
descendre et mettre en lieu sûr les cloches des paroisses mutilées et
d'organiser la garde dans le clocher de Monflanquin. On aidera le vice-sénéchal
à faire une enquête
Jeyan, vice-sénéchal, vient avec huit archers escortés par
les consuls, la noblesse et les principaux habitants du pays, au nombre de cent
cinquante cavaliers ou gens à pied. On fait huit prisonniers et la sédition
paraît calmée. (44)
Les registres de la jurade précisent qu'un arrêt du Conseil d'Etat du 24
novembre 1681 exclue les P.R. pour toujours du consulat et conseil politique de
Monflanquin "attendu qu'ils sont cause de la mauvaise administration de cette
communauté" (Faut -il admettre qu'il y a eu soulèvements en 1677 et 1681 ou bien
que Durengues fait une erreur de datation, malgré tout le sérieux habituel de
ses recherches, et qu'il n'y a de crise qu'en 1681 ?). Le contrôle de la jurade,
sujet de conflit entre les deux communauté depuis des décennies est réglé au
profit des catholiques par élimination totale des huguenots.
Par le même arrêt il est précisé que le prieur de Monflanquin, le curé et le
vicaire "assisteront aux assemblées publiques des habitants de la ville
attendu que la plupart font profession de la R.P.R" Huguenots qui, cependant,
vont mener à bien les travaux de leur nouveau temple, commencés huit ans plus
tôt et poursuivis malgré tous les aléas.
Dans son livre de Raison, Pierre de Vernejoul retient "Ce jeudi 18 décembre 1681
prise de corps de mon fils [ Daniel], le ministre de Bergerac, lui ayant
supposé qu'il avait reçu une abjuration et béni un mariage entre des fiancés de
contraire religion depuis les défenses de sa majesté et j'ai immédiatement
dépêché pour
pourvoir aux moyens de faire voir son innocence".
Daniel de Vernejoul, en fait, est victime du collier de force passé aux
protestants, sur l'ensemble du pays, et que la monarchie ressert
progressivement.. Tout comme son père, sous une forme différente, il devient à
ce titre exemplaire de la condition réservée aux Religionnaires.

E -1682/1686 La Révocation de lEdit de Nantes
Vers la fermeture du Nouveau temple1682 - 1683
En 1682 l'Assemblée du Clergé adresse aux protestants un avertissement pastoral
et des menaces. De son côté Louis XIV écrit aux évêques qu'il a ordonné aux
Intendants des Généralités de s'entendre avec eux pour prendre toutes les
mesures capables de "contribuer au succès de ses projets". Les huguenots sont
officiellement avisés dans leurs temples : on va les convertir non plus en
puisant dans la Caisse de M. Polisson, mais par la contrainte. (45)
Cette évolution transparaît au fil des pages du livre de Raison de Pierre de
Vernejoul : (46)
-"Ce matin samedi, dernier du mois de janvier 1682, en la Chambre, j'ai obtenu
arrêt sur mon fils
le jour même il est sorti de prison".
-"Le vendredi 6 mars M. l'avocat a fait enregistrer, au greffe des Chambres
assemblées, un arrêt du Conseil d'Etat du 21 février qui ordonne que dans les
six mois les procureurs de notre religion des Parlements de Guyenne, Tholoze et
Grenoble se démettront de leurs charges
"
-"Ce jour le mercredi 9 septembre, vient ce malheureux et unique arrêt [du
Parlement de Toulouse saisi par celui de Bordeaux] par lequel il fut interdit
pour sa vie de pouvoir faire aucune fonction de son ministère dans le royaume et
l'exercice interdit pour toujours à Bergerac, que le temple serait démoli et une
croix plantée en lieu et place
. Est à noter que le jour même de l'arrêt qui
fait quitter la robe à mon fils ce jour même me la fait quitter à moi pour ma
charge de Procureur au Parlement car l'arrêt du Conseil enregistré au Parlement
de Guyenne faisait finir le terme pour le vendre."
- Octobre/ novembre "j'ai eu la nouvelle que tous mes collègues de la Religion
ont vendu leurs charges et ceux de Toulouse ont aussi vendu, personne n'ayant
préféré ni le bien ni les hommes du monde à la Religion."
En 1683, la relation par Pierre de Vernejoul des avanies subies par les familles
protestantes de Monflanquin trouve une confirmation dans les écrits de M.
Castillon, responsable de l'Eglise Réformée de Monflanquin. A eux deux ils
brossent un tableau qui se suffit à lui-même pour comprendre la période.
- Le 20 mai commente Vernejoul "mon fils [Daniel] le ministre voulant partir
pour la Hollande demain matin avec sa femme, mon fils cinquième et une servante,
je lui ai donné cinq cents livres"
"le 21 mai mes deux enfants avec la
femme
de l'aîné sont partis pour Laroque pour aller à Tonneins s'embarquer pour
Bordeaux et de là en Hollande par la permission du Roy."
Le 3 novembre continue-t-il "j'ai fait des rouleaux d'or
que j'ai mis
dans
un sac dans mon cabinet de Laroque, destiné à m'en servir en cas que je fusse
obligé avec ma famille à quitter le Royaume pour la Religion et abandonner le
reste de mon bien ".
- Le 18 novembre Castillon retient que "Messieurs du Consistoire de ceux de
notre Religion m'ont fait signer deux lettres avec eux, l'une au Chancelier et
l'autre à notre député général, toutes deux sur le sujet du piteux état où nous
sommes réduits, le tout tendant principalement pour la remise de notre exercice
" (3)
- Le Dimanche 5 décembre reprend Vernejoul "suis allé à Montaud au prêche et la
fille de laquelle ma femme accoucha le 3 décembre a été baptisée par A.
Vedrines, ministre."
- Le 6 décembre indique Castillon "je signe un acte de notre Consistoire en
qualité d'Ancien par lequel, attendu la nécessité que nous avons d'argent pour
nous défendre notre temple et exercice, est délibéré qu'il sera cédé par le
sieur Moret, Ancien et syndic, la somme de six cents livres dues à l'église par
les héritiers de feu sieur Vidal
."
- Le 7 décembre poursuit Vernejoul "je suis parti de Laroque avec M. de Védrines
ministre pour aller à Tonneins-Dessus au synode comme député de l'Eglise et j'y
ai demeuré jusqu'au lundi 27 dudit mois que je suis revenu à Monflanquin
Le
lendemain 28 dudit mois le temple a été ouvert et le sieur Rivason a presché, et
y eut une si belle assemblée que jamais l'église n'a paru si nombreuse."
- Le mardi 28 décembre confirme Castillon à propos du nouveau temple, à peine
achevé, "depuis huit mois ou davantage notre temple avait été fermé"
"le Bon
Dieu nous a fait cette grâce de voir ouvrir le dit temple de l'autorité du
synode tenu à Tonneins-Dessus par permission du Roy. M. de Rivasson, ministre du
St Evangile qui nous a été envoyé par MM. du synode, y a dignement prêché sur la
première épître de St Paul aux Galates verset 3
"
Pendant ces huit mois de fermeture, mentionne Castillon, "nous avions souffert
en allant aux églises circonvoisines fort éloignées. Tous ceux de ma famille
avec moi nous étions rangés à l'église de Gavaudun".
Fermeture en série des temples 1684
La joie des Protestants de Monflanquin sera de courte durée car la logique du
système mis en place par Versailles pour éliminer la religion Réformée, ne s'est
pas arrêtée pour autant. Les deux années à venir vont le démontrer amplement à
tous ceux qui auraient voulu espérer le contraire. Et tout d'abord, à peine
rouvert le temple est refermé début 1684.
- Le 3 janvier "l'Intendant Ris ayant interdit par Ordonnance l'exercice
religieux dans les lieux où il avait été rétabli depuis le dernier synode"
"le
nommé Passalaygue, sergent d'Agen étant venu le signifier au sieur Vernejoul
l'un des Anciens, nous avons en conséquence cessé nos exercices "pour retrouver
le chemin des temples environnants comme les mois précédents" constate
Castillon.
- Le 17 avril, dans ce contexte plutôt sombre, une bonne nouvelle glisse
cependant sous la plume de Vernejoul : "Maturin, ministre à Monflanquin puis à
La Réole, étant prisonnier au château Trompette par ordre du Roi, a été élargi
par M. l'Intendant."
- Le 21 mai, dimanche de la Pentecôte, retour brutal aux réalités ambiantes :
"pendant que M. Frescarode ministre à Montaut était en chaire un sergent de
justice et quatre soldats sont entrés dans le temple pour lui signifier un
ajournement personnel avec tant de menaces et de troubles que tout le peuple a
été contraint de quitter et obligé de se retirer."
- Le 24 septembre "étant allé à Gavaudun avec ma femme pour suivre le prêche
nous en avons été privés à cause que le jour avant on avait signifié à M.
Gervaix ministre un ajournement personnel, de par l'autorité du Parlement."
- Le 4 décembre première mention des dragonnades
"on a logé des cavaliers
dans
la paroisse."
Cette même année 1684 la jurade de Monflanquin a attribué au paiement du
prédicateur les cent livres de gages de Pierre Fournier, médecin de ville et
protestant. Celui-ci a beau s'élever contre cette mesure que rien ne justifie,
rien n'y fait.
Fermeture des temples, mesures individuelles restrictives, premières
dragonnades, la crise prend de l'ampleur. Pourtant jusqu'au bout, de prudence en
concessions qu'il avait dû multiplier, le protestantisme avait su préserver
l'essentiel. Jusqu'au bout les Académies réformées n'ont pas vu fléchir le
nombre de leurs "proposants", ni les consistoires se dérober les laïcs choisis
comme Anciens, ni le petit peuple cesser de chanter les psaumes. Mais la logique
même de l'absolutisme continuait à développer ses effets sur le terrain.
Révocation de l'Edit de Nantes 1685
L'année 1685 voit la promulgation de près de trente ordonnances royales contre
ceux de la Religion Prétendue Réformée, dont la dernière, le 18 octobre, est la
Révocation de l'Edit de Nantes.
Tout au long de cette année 1685 les dragonnades battent leur plein, en Agenais
comme ailleurs même si elles sont moins féroces que dans d'autres régions. Mais
leur action quand même redoutable, liée aux récits terrifiants qui arrivent du
Languedoc, de Montauban, de Bergerac incitent les Protestants de l'Agenais à
courber le dos en attendant que passe l'orage, qu'ils espèrent passager. Sans
compter que bien des Réformés peuvent hésiter entre deux devoirs : ne leur
a-t-on pas constamment dépeint dans leurs propres temples, depuis 1629,
l'obéissance au Roi comme une exigence religieuse ?
Les conversions vont donc se multiplier. Il n'est pas impossible que les
fantassins arrivés à Monflanquin soient des éléments des cinq régiments de
passage à Agen en avril. Quoiqu'il en soit leur action entraîne des conversions
:
Les registres de la juridiction de Monflanquin quant à eux dénombrent :
- à St Hilaire liste des nouveaux convertis de la paroisse dressée le 31 août :
68 abjurations.
à Montagnac, paroisse de St Martin : 46 abjurations.
à Monségur, paroisse de Notre Dame : 80 abjurations.
à Tayrac, paroisse de St Germain : 6 abjurations.
à Corconac et la Sauvetat : 18 abjurations. à Calviac, abjurations de
:
Abraham Maury, David Biau, Olivier Rey écuyer, sieur de la Plane et sa
femme
Isabeau, Moret, Cantepinassou, Chaires, Jougla.
Selon un témoignage souvent repris par la suite, il faut estimer que
l'abjuration et la conversion concernent près de cinq mille huguenots de
Monflanquin et de sa juridiction entre le 4 et 8 septembre, c'est à dire un mois
avant la Révocation de l'Edit de Nantes. Les fantassins se retirent mais sont
remplacés par une compagnie de cavaliers chargés l'assurer la persévérance des
nouveaux convertis. Les dragons seront encore sur place deux ans plus tard lors
du passage de Mascaron l'évêque d'Agen.
En septembre, Vernejoul atteste la masse des conversions et le maintien de ces
troupes : "non seulement Monflanquin ayant changé mais presque tout le pays, il
ne restait que moy, ma fille et celle de mon cousin Becays de Maurel qui avaient
de gros logements".
La résistance de Vernejoul 1685
Le récit par Pierre de Vernejoul permet de suivre presque au jour le jour les
événements locaux et permet de comprendre comment même les plus attachés à leur
religion finissent par céder et abjurer. Son livre de Raison est suffisamment
explicite à cet égard.
- En avril 1685, Vernejoul isolé va au prêche de plus en plus loin, cette fois à
Monsempron
Quelques jours après, le curé de Monflanquin, M. Molinier, prend
possession de la maison que Josse tenait du Consistoire et l'en fait partir. "De
ce temps là est venue la nouvelle que les temples de Pujols, Lustrac et
Monsempron avaient été fermés
"
- En juin, alors que la garnison a délogé de Monflanquin plus tôt, "ma femme a
accouché d'un garçon
nous l'avons porté à Villeneuve pour être baptisé et
cela
a été fait dans la maison de ville par M. Lamothe, ministre, établi là par sa
Majesté
Le baptême a été écrit sur deux livres, l'un gardé par les Consuls et
l'autre par le ministre où j'ai signé."
- En août, "Le 29, envoyé mes trois enfants et leur précepteur, le sieur Pierre
de Robert, chez un mien parent, à cause des gens de guerre
Le 31, à Laroque,
ma femme, ma mère et le reste de la famille est sortie de la maison à cause des
gens de guerre
j'ai été obligé d'aller coucher ailleurs, dans un grenier, ne
trouvant point d'autre azille".
- En septembre, "Le 1° de ce mois, étant retourné à la maison de Laroque, un des
officiers me prit et m'ayant écarté de la maison me dit sans autre compliment
qu'il fallait changer de religion
Le 2 septembre toutes mes gens ayant délogé,
emporté tout ce qu'ils ont voulu, car ma maison était pleine
le 4 septembre,
MM. Latour et Moret le docteur, qui avaient changé et presque tout Monflanquin,
sont venus me voir
Le 5 de ce mois ayant reçu un billet de logements de deux
compagnies et ce monde composant plus de deux cents hommes, ma femme n'a pu se
résoudre à rester. Nous sommes allés nous cacher dans une grande haye au milieu
d'un champ au-delà le bois de Laroque.
"Nous sommes allés trouver la pauvre Mme Daubus, sa maison saccagée, la
métheyrie ruynée. Ils avaient tué les bufs, moutons, volailles, percé une demi
douzaine de barriques, avec des tarayres, fermé avec des quilles, bref il
semblait que les démons y avaient été."
Par contre "comme ma cousine de Vedrines avait changé, il y eut délogement et
elle faisait faire les vendanges, son mari ministre s'en étant allé avant, avec
un de ses enfants, suivant la déclaration du Roi, et étant en Hollande."
Ces deux situations sont exemplaires du mécanisme imaginé par le pouvoir pour
amener les protestant à abjurer comme le souligne Vernejoul : "Pendant tout le
séjour que ces troupes firent, les soldats allaient dans la paroisse chez ceux
de la Religion, le curé qui avait son bonnet et autres ornements recevait les
abjurations de tous ceux qui venaient et les soldats avec cela quittaient."
- En décembre le duc de La Force laisse à Vernejoul, réfugié depuis la
mi-septembre chez lui, procuration générale de ses affaires comme intendant de
sa maison. Le 16 décembre il enregistre "ma femme est arrivée à La Force ayant
été obligée de se cacher et fuir parce qu'on la cherchait pour la prendre et
mettre dans un couvent."
L'abjuration de Vernejoul 1686
La pression exercée par le pouvoir en place se maintient sans faiblir. En 1686
l'érection d'une croix, à la suite d'une mission prêchée par les PP. capucins
envoyés par l'évêque d'Agen Mascaron, symbolise la période. Vernejoul est encore
une fois un témoin à lire attentivement pour saisir le déchirement et les
alarmes au quotidien des protestants quand ils s'efforcent de ne pas abjurer.
- "Le 17 janvier 1686 une lettre de sieur Lartigue de Tonneins qui me marquait
que M. l'évêque d'Agen lui avait dit de m'écrire que si je ne voulais point
changer comme les autres, que l'on irait me démolir ma maison et que l'on
doublerait encore la charge
Dieu m'inspira d'aller moi-même fermer les portes
du château [de La Force] et rapporter les clefs de ma chambre, car autrement les
troupes qui arrivèrent un moment après autour du château et qui heurtèrent
seraient entrées et m'auraient pris avec ma femme."
- "Le 18 janvier trois heures avant jour
j'entendis parler des gens
c'était
des gens de guerre. Avec ma femme nous travaillâmes à mettre la chambre où nous
logions en état de ne pas connaître qu'on y eut couché et fûmes nous enfermer
dans le petit cabinet de Madame qui est dans la muraille
On y passa et repassa
dix fois devant notre cabinet; nous les entendîmes parler et Dieu nous ayant
sauvés les troupes se retirèrent".
- "Le 19 janvier, pendant la nuit, ma femme et moi quittâmes La Force et nous
étant conduit cette nuit même à un cabaret, sur le port de Bergerac, nous y
demeurâmes la journée".
- "Le 20 janvier, dimanche, c'est à dire pendant la nuit du 19 au 20, ma femme
et moi nous conduisâmes chez un de nos amis qui nous reçut avec grand peur pour
lui et pour nous
"
- "Le 21 janvier, la nuit du lundi au mardi, nous quittâmes ce lieu et fûmes à
un autre chez de bonnes gens qui nous reçurent avec moins de peur, dans une
mauvaise chambrette obscure, sans cheminée"
.
- "Nous eûmes nouvelle que le 24 dudit mois, jour de jeudi, notre maison de
Laroque-David avait été démolie
On n'épargna pas même la chapelle des morts,
car on la mit à bas, le pigeonnier brisé, jusqu'à voir ouvrir le vivier et l'on
épargna que le moulin, car on se contenta de voler le maïs et de rompre un peu
les tuiles
On avait fit vendre tous les bestiaux des métayers, les bois, fait
arrêter tout ce qui pouvait m'être dû ; en un mot on m'avait entièrement mis à
nu".
- "Le 30 janvier, un de mes amis nous ayant découvert et étant venu il me
rapporta qu'on cherchait partout ma femme et moi, qu'il y avait cinquante louis
pour celui qui nous découvrirait et qu'on nous ferait pendre étant pris. Il m'a
rapporté aussi que l'on avait mis ma mère et mes enfants en sûreté, c'est à dire
en prison, et le maître de notre cabane m'ayant dit qu'il ne pouvait plus me
donne retraite, qu'il y allait de sa vie, je fus obligé de partir seul, la nuit,
ayant laissé ma femme fort désolée et m'en allais coucher à un lieu appelé St
Crépezy près de Cahuzac."
- "Le 31 janvier, étant approché de Monflanquin et découvert, je fus pris et
mené à Roqueffaire chez le curé, avec MM. de Latour et Moret médecin, et ayant
pleuré tous ensemble écrivit sur un livre et me fit signer. Dieu veuille me
pardonner par sa grâce
voulant vivre et mourir dans la Religion qui nous a
marquée par sa Sainte Parole."
- "Le 6 février, mardi, ma femme étant au lit à Rastouillac, le curé de Lysac y
est venu et l'a obligé à signer sur un livre comme celui de Roqueffaire m'avait
fait faire à moi."
- "Le 21 septembre, l'officier de Monflanquin est venu me dire de la part de M.
Crillon, commandant des troupes qu'il était averti que je ne faisais pas mon
devoir c'est à dire que je n'allais pas à la messe ni autres exercices et que
l'on m'enverrait logements si je ne faisais pas mieux."
Une menace : Les galères perpétuelles
De nombreux pasteurs de la Basse Guyenne sont emprisonnés dès 1683 et ce n'est
qu'à la Révocation qu'ils furent bannis du Royaume, disposant de quinze jours
pour se retirer
Cependant certains comme Vergnol, ministre de Monflanquin,
comptent parmi les galériens pour la foi
" (47)
En effet "en février 1886 le Parlement de Bordeaux condamne aux galères
perpétuelles, comme relaps, Jean Vergnol, ancien ministre de Monflanquin qui
avait abjuré
" (48)
Une lettre partant le 8 février 1686 de La Réole, adressée au ministre d'Etat
par le magistrat qui en dépendait, atteste que Vergnol a été condamné ses juges
le sachant innocent : "Monsieur. Je vous envoie une copie ci-jointe d'une
arrestation que nous avons rendu ce matin contre un ministre mal converti. Je
dois vous dire Monsieur que la preuve était délicate et même défectueuse dans le
chef principal, et que néanmoins le zèle des juges est allé au-delà de la règle
pour faire un exemple. Daulède premier président du Parlement de Guyenne." (49)
Les galères pour fait de religion avaient été supprimées par l'Edit de Nantes.
Pourtant dès 1659, à l'occasion de la bagarre du collège de Montauban, la
pratique réapparaît car plusieurs protestants y sont envoyés. Avant même la
Révocation plusieurs ordonnances stipulent déjà la peine des galères. Cette
peine des galères devient officielle avec les articles IV et X de l'Edit de
Révocation. Aussi les protestants, à partir de cette date, affluent à Marseille
où une décision royale veut que les condamnés aux galères perpétuelles "seraient
mis et attachés à la chaîne pour estre conduits". (49b)
Aucune considération de rang, de relations, de distinction, de faiblesse
corporelle, d'âge n'est admise, pas plus que la moindre circonstance atténuante.
Cette condamnation n'épargne pas Caumont-Montbeton, appartenant à l'illustre
famille des La Force, qui malgré son rang et ses soixante dix ans est enchaîné.
Pourtant Vergnol est libéré par ordre du roi le 20 janvier 1687. Sa fiche permet
de se représenter le personnage : "Jean Vergnol cy-devant ministre de la R.P.R.,
natif du lieu de Monflanquin, âgé de cinquante ans, de bonne taille, les cheveux
noirs, commençant à grisonner, les yeux gris, ayant plusieurs verrues au visage
et une petite cicatrice au menton." (49b)
Nombreux sont ceux qui n'auront pas la chance de Vergnol. Une lettre du 27 juin
1686 enregistre qu'il y a à Marseille six cents forçats de la religion, chiffre
qui semble s'être maintenu pendant des décennies puisqu'il y eut peu de remise
de peine.
Les condamnés y sont menés enchaînés en un lugubre cortège que l'on conduit à
travers la France jusqu'au port. Ils portent des colliers de fer attachés les
uns aux autres par une courte chaîne qui les lie deux à deux et par une plus
longue qui relie tous ces couples entre eux. Il faut que leurs mouvements se
fassent en même temps sous peine de meurtrissures
A leur arrivée au bagne, les forçats sont presque anéantis ; là on rase leurs
cheveux, on leur passe une tenue de bagnard, on les ferre et les fixe à leurs
bancs auxquels ils restent attachés de nuit comme de jour.
La vie des galériens est relatée dans les "Mémoires de Jean Marteilhe" natif
de
Bergerac, dont la famille a subi les dragonnades, le père la prison et lui-même
les galères. Un court extrait donne le ton : "Je me suis trouvé avoir ramé à
toute force pendant vingt quatre heures sans nous reposer un moment
Pour lors
on n'entend que les hurlements de ces malheureux ruisselants de sang par les
coups de corde meurtriers qu'on leur donne
Et lorsqu'un de ces malheureux
crève sur la rame, on le jette à la mer comme une charogne."
Une solution pour beaucoup: l'exil
C'est à partir de 1683 et surtout dès la Révocation que le flot de réfugiés
déferle à travers l'Europe
Une recrudescence des passages se révèle en
1699-1700, de même en 1715-1717. En somme à chaque recrudescence des
persécutions en France correspond une augmentation du nombre de fugitifs.
Avant les départs, peu de ventes de biens, d'ailleurs interdites aux nouveaux
convertis. Les arrangements de famille se multiplient et quand les fugitifs
abandonnent ces biens, les plus proches parents, convertis pour conserver le
patrimoine, s'empressent de les récupérer évitant ainsi qu'ils ne tombent entre
les mains de la Régie des biens des Religionnaires fugitifs.
Daniel de Vernejoul, dont son père relate le départ dans son livre de Raison,
est un exemple, parmi d'autres, des pérégrinations de ces protestants en exil.
Accusé en 1682, par les catholiques, Daniel de Vernejoul est emprisonné dans
l'attente du jugement de Toulouse. Libéré le 12 septembre il se retire à
Monflanquin où le 8 octobre lui parvient une lettre, signée de Louis XIV et
contresignée par Colbert, l'autorisant d'aller s'établir en Hollande. C'est en
mai 1683 qu'il s'embarque à Bordeaux " avec sa femme, son valet, sa servante et
quelques meubles pour son usage". Il porte des attestations des églises de
Caumont, Monflanquin, Bordeaux, La Réole.
Daniel de Vernejoul débarque avec son épouse à Amsterdam, ne tarde pas à être
appelé à Rotterdam où ses prêches sont appréciés. Mais en 1684 il passe à
Arnheim où l'église Réformée Française s'organise, en 1686 il se fait adjoindre
un second pasteur, Maturin, lui-même un moment ministre à Monflanquin, avant son
exil.
En 1693 la seconde place de pasteur devient vacante dans l'église Réformée
Française de Hambourg-Altona, c'est Daniel de Vernejoul qui est nommé. Hambourg
devait être sa dernière église, il la desservit avec distinction pendant
quarante trois ans. En 1725 il perd sa fidèle compagne Marguerite de Jaure qui
avait partagé avec un grand dévouement ses fatigues et ses travaux. Elle ne
laissait point d'enfants à son mari et ce dernier adopta l'un de ses neveux,
François de Vernejoul, premier lieutenant au Régiment du Prince Royal de
Danemark. Daniel de Vernejoul, plus qu'octogénaire, s'éteint en 1736.
Partis dans les mêmes années que Daniel de Vernejoul, et surtout après la
Révocation, six cents trente trois protestants pour le seul Haut Agenais sont
répertoriés, dont quinze originaires de Monflanquin. (50)
Ces exilés se sont dispersés entre la Hollande, l'Angleterre, l'Irlande,
l'Allemagne, la Suisse et l'Amérique du Nord. Plus précisément, bannis du
royaume, les pasteurs ; parmi eux Maturin Gabriel venu à Hambourg et Rivasson
Jean, bien connus des protestants de Monflanquin. Sans oublier Pierre de
Védrines, pasteur à Montaut et à Gontaud. En effet Pierre de Védrines quitte la
France pour la Hollande comme son cousin Daniel de Vernejoul. (51)
D'autres protestants encore, dont on retrouve la trace sur les registres du
Consistoire de Genève au fil des années :
11 mars 1697 Maugeois Suzanne (52)
18 août 1717 Bistorte Marie (53)
Ce qui atteste d'une part d'un mouvement continu vers l'exil et d'autre part que
ce mouvement atteint, non pas seulement les responsables de la Religion
Prétendue Réformée mais aussi les simples croyants.
Il s'avère que le fort mouvement d'émigration, commencé dans toute la France dès
avant la Révocation, a touché le quart de la population protestante. La
proportion est sensiblement la même en Agenais où S. Mours évalue à environ dix
mille le nombre de fugitifs, avec des variations suivant les cas : importante à
Clairac, Nérac, Tonneins ; au contraire, si l'on en juge par les registres
paroissiaux, faible chez les protestants du Nord et de l'Est de l'Agenais qui
ont opté de résister pacifiquement sur place.
* *
*
Cette résistance pacifique est telle que, dans les années qui suivent la
Révocation, les catholiques de lAgenais craignent une réaction armée de la part
des nouveaux convertis dont la conversion nest que de façade. Aussi à partir de
1687 les juges inaugurent la politique de désarmement des Réformés. (36b)
LOrdonnance Royale du 16 octobre 1688 conforte cette attitude en " portant
défense aux nouveaux convertis de retenir chez eux des mousquets, fusils,
mousquetons et autres armes offensives"
Vernejoul sinsurge : "Le 16
novembre,
jour de mardy, lon a publié la déclaration du Roy, touchant à la défense du
port darmes aux nouveaux convertis et le 24 du mesme mois, jai déclaré à
messieurs les consuls, par acte retenu par Capdeville, notaire, que jétois de
naissance à avoir une espée et deux paires de pistolets ".
Cette politique préventive ne semble guère avoir rassuré les esprits au point
que le 21 août 1690 "une fausse alarme se répandit dans tout lAgenais que les
huguenots avaient pris les armes. M. le marquis de Sourdis vint de Bordeaux dans
Agen le 23 où il trouva tout calmé parce que ce bruit se trouva faux" ...
Crainte qui, de façon sourde, se maintiendra au long des années et dont le
souvenir se conservera longtemps sous le nom de "Poù des higounaus" peur des
huguenots
Dailleurs une ordonnance du roi du 15 janvier 1691 "porte
défenses
de rendre les armes aux nouveaux convertis"
En 1703, en pleine guerre des
Camisards, le marquis de Sourdis se voit dans lobligation de calmer les esprits
en rappelant que les huguenots ont été désarmés.

F- Fin du XVII° et début du
XVIII° siècles
La pression : témoignages des protestants fin XVII°
Encore une fois les témoignages de Castillon et de Pierre de Vernejoul sont
précieux pour mieux saisir le quotidien des Protestants à Monflanquin dans ces
années qui suivent la Révocation de lEdit de Nantes.
1687 "Le samedi 25 janvier, sur le soir, le sieur Lucas, commissaire du Roy,
est arrivé en ville avec des ordres de sa Majesté pour faire démolir le temple
neuf "
"Le 27 janvier, ce matin on a travaillé à mettre à bas le
temple neuf
avec des cris et des hurlements effroyables par ceux qui y travaillaient
quantité de manouvriers qui sont venus avec grande joie de Villeneuve, Villeréal
et autres lieux"
"Le vendredi, dernier dud. Mois de janvier, le susdit
temple
été achevé de démolir. Plusieurs ont fit grande joie le même jour avec tambour
et danses par tous les coins de la ville"
"Le 14 mars jai été à
Monflanquin
voir M. Crillon, commandant les troupes, il ma dit de ne plus tenir précepteur
nouveau converti à mes enfants et de faire aller ma femme aux exercices,
autrement quil la ferait mettre au couvent."
1688 "Le 14 août, le sieur Morest-Persy a été mis en prison par le sieur
Latreille, commandant, prétendant que celui-ci ne voulait plus aller à la messe
Le même jour, logement sur les nouveaux catholiques à la campagne, et dans la
suite on létendit sur la paroisse, ce qui fit beaucoup de mal."
"Le 16
novembre, on a publié à Monflanquin lédit nouveau du Roy pour les armes au
regard des nouveaux convertis"
"Le 24 de ce même mois jai
déclaré à Messieurs
les Consuls, par un acte reçu de Monsieur Capdeville notaire, que jétais de
naissance à avoir une épée et deux paires de pistolets."
1689 "Le dimanche 12 juin, ma mère est décédée
le soir même
jenvoyais le
sieur Goudail avertir le curé de cette mort et ayant dit quil ne voulait point
lensevelir je lui ai fait une fosse dans mon jardin, à Cap de Port, proche le
pied de sauge. Et la nuit layant fait mettre dans un coffre elle a été
ensevelie par mes domestiques avant le jour."
1691 "Le 21 décembre, le Procureur du Roy est venu me dire quhier
Monsieur
Contenson, chirurgien, lui avait remis un écrit de sa main contenant
dénonciation contre moi davoir fait rebâtir ma maison de Laroque, démolie par
ordre du Roy, et que je ne faisais pas les fonctions dun catholique, ni ma
famille."
La pression : les textes signés par le Roi fin XVII°
Les ordonnances royales indiquent bien que le pouvoir est décidé à régler le
problème de la R.P.R. par son éradication totale. Ces textes ne laissent aucun
répit à la communauté protestante, en espérant amener chacun de ses membres à
céder de gré ou de force, de guerre lasse.
- Les ordonnances autorisant la main mise sur les biens du Consistoire après
inventaire, sont effectives à Monflanquin dès 1686.
"Etat des sommes qui étaient dues au Consistoire de ceux de la Religion
Prétendue Réformée ou quon supposait être dues soit pour lentretien du
Ministère soit pour celui des pauvres de la ville en juridiction de Monflanquin.
Recueillis sur divers Mémoires par lAncien, S
[illisible] qui était en
charge
en lannée 1682 et quil remet pour satisfaire aux ordres de Sa Majesté aux
mains de Monsieur M° de Becays, avocat en Parlement et juge royal dud.
Monflanquin." (54)
Suit, sur sept grandes pages calligraphiées, une liste de cinquante noms avec
inventaire des biens concernés. Le tout se termine par "A toutes ces pièces sont
ajoutées sept autres pièces servant de titres concernant lacquisition faite par
ceux de la R.P.R. de Monflanquin, des maisons, places et jardins sur lesquels a
été édifié le temple neuf ou par le cimetière de plusieurs particuliers en date
de 1641, 1676, 1680 et 1681
au dit Monflanquin de jourdhui 4 mai 1686."
- Les Lettres de Réhabilitation sont une arme redoutable entre les mains de la
monarchie, dans une société où les titres ont une place très importante. La
Lettre à Jean-Jacques de Percy en est un exemple parmi dautres :
"Jai reçu de Jean-Jacques de Percy sieur de Combes, petit-fils de Daniel Percy
réhabilité par Lettres du 4 décembre vérifiées le 8 mars 1640, la somme de 700
livres à laquelle a été taxé au Conseil du Roy par le rolle arrêté en ycelui le
onzième jour de avril 1695 en exécution de lEdit du mois de décembre 1692.
Vérifié au besoin a été : pour jouir par luy, les enfants nés ou à naître en
légitime mariage de leffet dycelle. Sans quà lavenir, pour
quelque cause et
raison que ce soit ils puissent être recherchés, ni tenus de rapporter autres
titres ni preuves de Noblesse que lesdites Lettres de Réhabilitation et la
présente quittance. Lesquelles leur tiendront lieu à lavenir et produiront le
même effet que des Lettres de Confirmation de Noblesse ? Fait à Paris le vingt
troisième jour de avril mil six cent quatre vingt quinze."
Moyen donc pour le Roi de faire sentir aux Protestants, fussent-ils Nobles,
toute la force de " son bon vouloir ". Ce document démontre quen 1598
déjà
Henri IV avait utilisé le procédé pour sattacher les personnes et marquer ainsi
la puissance dune monarchie stabilisée par ses soins
A la fin du XVII°
siècle
il sagit pour le Roi de faire plier les Protestants et de les maintenir dans le
choix annoncé ; la mise en garde est précise dans le passage : "les enfants nés
et à naître en légitime mariage" cest à dire devant le curé. La volonté
est
manifeste de museler cette Noblesse protestante terrienne, autour de laquelle
gravitent les ruraux appartenant à la R.P.R.
Dans tous les cas de figures le Roi trouve là une source de revenus non
négligeable dont la conséquence au demeurant est de multiplier les Offices et
daccroître la Noblesse de Robe.
La pression : les militaires et le clergé fin XVII°
Les protestants restés sur place, à linstar de la famille Vernejoul, ont pu
croire qu'une fois la crise passée les choses s'arrangeraient. Aussi
supportent-ils avec patience les duretés du moment. En attendant ce retour à des
temps meilleurs, ils sont soumis, au quotidien, à la pression des militaires et
du clergé.
Les soldats sont toujours installés à Monflanquin, pour qui ils sont une charge
très lourde. Mascaron venant en visite à Monflanquin confirme cette présence
déjà mentionnée par Castillon et de Vernejoul. Lévêque signale en effet que le
26 août 1687, il trouve, à une demi-lieue de la ville où il arrive, un capitaine
de chevaux avec sa compagnie qui vient au-devant de lui, lequel capitaine après
lui avoir fait son compliment laccompagne jusquau logis quon lui avait
préparé. (42)
Autre pression : celle exercée par le clergé. Mascaron, évêque dAgen, reste
sept jours à Monflanquin, lannée même de la destruction du temple, jours
pendant lesquels il a diverses conférences avec les nouveaux convertis. Le
dimanche 31 août, en fin de séjour, il y prêche et le 1° septembre il sen va,
laissant derrière lui cinq récollets en mission.
Deux ans après, une autre mission est réalisée. Elle a, selon ses responsables,
beaucoup de succès mais surtout auprès des anciens catholiques
.
Le 27 décembre 1699 M. de Coquard, curé de Calviac écrit à lévêché
dAgen : "Il
y a des siècles que mission na été aussi magnifique que celle que M. Thiebaut
fait actuellement ici. Il y a depuis le lever du soleil jusques au coucher
environ mille cinq cents personnes dans nostre église, parmi lesquelles il y a
plus de cent nouveaux convertis. Jespère que Dieu bénira leur travail surtout
si vous avez la bonté de prier pour ce pays abandonné." (42)
Cinq mille convertis en 1685 et, quinze ans plus tard, cent convertis seulement
présents lors dune mission qui est indiquée comme une grande réussite. Il
nest
guère possible pour le clergé de parler de succès
Il nest donc pas
surprenant
de trouver à Monflanquin, envoyé et payé par le gouvernement, un missionnaire
royal, sorte dagent dune police spéciale. Le rôle de ce fonctionnaire est
non
seulement de prêcher mais de rechercher les réfractaires plus ou moins
dissimulés et de les dénoncer au pouvoir qui doit juger et appliquer les
sanctions prévues
Il est là pour renforcer la pression exercée sur la
communauté protestante avec lappui des curés sédentaires ou en dépassant leurs
exigences.
En 1700 le missionnaire envoyé à Monflanquin s appelle Jean Armand de Seilhade
dont le zèle contraste aussitôt avec la démarche plus pragmatique du clergé
local. Il commence par se brouiller avec le curé M. Molinier à qui il reproche
les pires compromissions avec les faux convertis.
Il lui signale même par
huissier "quil ne croit pas pouvoir avoir aucune relation avec lui."
quil
accuse de marier les nouveaux convertis moyennant quelque argent !
En même
temps il met en demeure ladministration diocésaine dagir : "Jose
vous
représenter que votre charge vous oblige de travailler à le faire placer
ailleurs".
Les nouveaux convertis sont soumis à son autorité sourcilleuse. A propos dun
certificat de catholicité à M. Listrac il écrit : "Jy ai différé jusques
à
présent
Il est vray que lay vu trois fois aux sermons et une fois deux de
Messieurs ses enfants mais jamais à la messe ni à vêpres
. Je ne crois nullement
converti."
Lobstination des Protestants début XVIII°
La déclaration du 5 mars 1715 affirme quil ny a plus de Protestants dans le
Royaume, cétait faire preuve de beaucoup doptimisme puisque la déclaration
du
14 mai 1724 revient aux rigueurs de la Révocation. Preuve sil en était besoin
que les Protestants nont pas été éradiqués.
En Agenais, François Hébert, évêque dAgen de 1704 à 1728, déclare navoir
pas
rencontré moins de quarante mille protestants dans son diocèse dAgen au cours
de ses tournées pastorales.
Les Archives de lévêché dAgen donne un relevé précis de la situation à
Monflanquin avec le "Mémoire des Prétendus Réformés de Monflanquin" rédigé
par
Jean Armand Seilhade, missionnaire royal ; relevé systématique , minutieux. En
effet la méthode M. de Seilhade, est détablir des fiches sur toutes les
personnes suspectes à ses yeux. Fiches qui lui servent à étayer ses
dénonciations
Il le dit lui-même dans son courrier à lévêque dAgen
: "Je
travaille à faire lestat que Monseigneur ma demandé
".
Il dénonce en particulier "les plus obstinés qui ne se contentent pas de ne
faire aucune fonction de catholiques mais encore empêchent que ceux qui auraient
de bonnes intentions ne fassent leur devoir à Monflanquin
", parmi lesquels
(54) :
"Jean Carilhou, bourgeois, est un homme dangereux en matière de religion
Il a
beaucoup de biens et est regardé comme le chef du canton
"
"Dans la paroisse, juridiction de Monflanquin, M° Jacob de Maturin, frère du
Ministre qui est encore une personne très dangereuse
"
"Besoin pressant de sassurer de Marie Cambon
et Marion Rey qui font le
métier
de prophétiser comme faisait la bonne de Maturin qui fut défaite à Libourne
elles retournées en ville quoiquon les en est chassées."
"Jacques Pons, confiseur, qui est originairement à Fumel est aussi une peste en
matière de religion. Il ne garde aucune mesure
en faisant profession daller
au cabaret comme chef des joueurs et des libertins pendant les Saints Offices
Cest encore lui qui est le dépositaire de toutes les lettres des pays étrangers
pour les communiquer aux autres."
Après le départ de ce missionnaire redoutable les curés en place préfèrent
ménager les personnes et menacer avant de sen prendre aux revenus des
"délinquants".
Dans un premier temps le curé mande le "suspect", lui adresse de
"fraternels
reproches" et le met en garde contre "les affreux malheurs suspendus sur sa
tête"
Quand son auditeur cède, le curé lui fait signer un billet dont voici
un
modèle : " Je, Marc Touelhe, M° Menuisier, soussigné, pour preuve de ma
sincérité
librement et sans contrainte, labjuration des hérésies de la
R.P.R.
et la profession de la religion catholique, apostolique, romaine
je mengage,
quau cas où je serais assez malheureux de désister des exercices ordinaires et
essentiels de lad. Religion, de consentir de remettre au Sr Alquier, syndic de
la paroisse, la somme de soixante livres pour être employées aux réparations de
léglise".
Culte familial et pasteurs clandestins début XVIII°
Malgré toutes ces pressions, tracasseries, vexations, beaucoup de Protestants
sont restés fidèles à leur religion traquée. La clandestinité même de cette
démarche rend difficile son analyse. Quelques points de repère existent
cependant :
- Pierre de Vernejoul avoue pour sa part lexistence de ce culte familial, chez
lui : "Ayant été forcé de signer une abjuration, je ne puis vouloir aller faire
des fonctions dun catholique romain par hypocrisie ni profaner leurs mystères.
Mais je demeure dans ma maison priant Dieu selon ma religion."
Les Archives de lévêché dAgen en conservent également la trace, au travers
de
rapports qui lui étaient adressés puisque les Protestants étaient soumis à un
véritable réseau de surveillance par(55) :
"Jean Cayrouse sieur de la Bruyère est aussi regardé comme chef de bande.
Faisant le docteur, il donne sa maison pour faire une académie où il se fait de
grandes assemblées sous prétexte de jouer."
"David Biau fait profession ouvertement daller chez les malades leur prêcher
à
sa façon, leur faire la lecture de quelques livres défendus pour les confirmer
dans leurs erreurs."
"La demoiselle de La Fontaine reçoit des visites tous les jours de dimanche au
château de Born pendant quon est à la messe, et il se rend auprès delle
sept
ou huit personnes, entre autres le nommé Laplaine de Monthau obstiné hérétique
qui a été domestique [ illisible ] arpenteur de Paulhiac."
- Autre forme de maintien du culte : la présence sur le terrain de Pasteurs
clandestins, parmi lesquels se trouve Gabriel Maturin. (56)
Maturin Gabriel, dabord pasteur à Monflanquin puis à La Réole, réfugié à
Dordrecht après sa libération de la prison de Château Trompette, installé comme
Ministre extraordinaire dArnheim en avril 1687
Il rédige un ouvrage mais il
ne se contente pas décrire, il veut agir. Il fait part au synode de son désir
daller ".prêcher sous la croix" et le 25 août il rentre incognito dans
sa
patrie.
Arrêté à Paris, sous le nom de Lestang, le 16 avril 1690, chez un certain Mallet
son coreligionnaire. Il va expier dans les îles de Sainte Marguerite, par une
captivité de vingt cinq ans, le crime dêtre rentré en France et dy avoir
prêché lEvangile malgré la défense du Roy.
Le renouveau : les Eglises du Désert première moitié XVIII°
Peu à peu, secrètement, les Eglises du Désert se reconstituent, souvent avec
laide de Pasteurs clandestins comme Maturin Gabriel. Entre 1752 et 1760 ont été
dénombrées vingt cinq Eglises du Désert dont lorganisation est des plus sobres
comme le rappelle un témoignage de lépoque :
"Des piquets reliés les uns aux autres par une corde formaient une enceinte
circulaire consacrée aux fidèles, chaque plier supportait une chandelle. La
chaire était adossée à un arbre sur lun des points de la circonférence
Hors
de lenceinte et convenablement éloignée étaient placés les hommes de confiance
chargés de surveiller les alentours
La lecture de la parle de Dieu, la prière,
la prédication, le chant des psaumes, la Sainte Cène, ma bénédiction des
mariages et la célébration des baptêmes occupaient presque toute la nuit". (57)
Un pasteur zélé, Antoine Court (1696 1750), qui a su gagner la bienveillance
du Régent en contrecarrant les projets dAlberoni, vient rétablir
lorganisation
protestante dans le royaume. Dès 1715 il réunit un synode provincial à Nîmes et
de 1726 à 1763 vont se succéder huit synodes nationaux.
Une lettre de Court datée de 1726, et signée de son pseudonyme, donne un aperçu
de la situation en Agenais :
"Quelle gloire pour vous si par vos soins redoublés vous pouviez parvenir à
remettre sur pied tant de belles églises
Tonneins, Clairac, Castelmoron,
Monflanquin, Montaud, Castelnaud de Gratecambe, etc.
quil y avait autrefois
dans le canton
Cétaient autant de lieux qui formaient autant d églises
et qui
composaient le Colloque du Haut Agenais
Vous avez besoin de beaucoup de
prudence et de ménagement, de dextérité surtout dans le commencement".
Prudence bien nécessaire si lon en juge au retour à des mesures coercitives,
comme la Grande Déclaration du 14 mai 1724 confirmant toutes les peines des
édits précédents (63).
Certains Protestants essaient de passer outre et prennent des risques : David
Cayrouse sieur de Latuque, sorti du Royaume pour fait de religion, marié à
Amsterdam et revenu après plusieurs années, a pu récupérer ses biens "sur
lapparence dune conversion et par le secours et intrigue du sr Moïse
Capdeville juge de Monflanquin"
Sur plainte du " régisseur des biens des
religionnaires fugitifs ", les biens de Cayrouse, gérés par M° Capdeville, sont
saisis le 4 avril 1731
A la suite de quoi le 1° septembre 1731 est annoncée, à
la sortie de la principale porte de léglise de Monflanquin par le sergent
royal, ladjudication au plus offrant et dernier enchérisseur des fruits et
revenus des biens de David Cayrouse situés à Latuque et Lacaussade. (57b)
Dautres finissent par céder. Cette pression maintenue pendant des décennies
finit par user parfois lespoir dun retour à la normale. Des désistements
ségrènent alors, à linstar de : Jean Cayrouse sieur de Lagrange et son
épouse
Judith Lapierre ; tous deux ont abjuré en léglise de Monflanquin le 24 janvier
1727 pour pouvoir se marier officiellement le 11 février sous légide du curé
Marguerite Cayrouse, veuve de Pierre de Becais, habitante de Labruguière Haute,
fait abjuration de la Religion Prétendue Réformée, dans léglise de Montagnac
sur Lède le 7 août 1735
(57b)
Les Ordonnances signées par Louis XV en février 1745 prouvent que la monarchie
reste sensible aux arguments des dévots : les pasteurs arrêtés seront condamnés
à la peine de mort, tous les Protestants du lieu où un pasteur sera arrêté
peuvent être frappés dune amende de trois mille livres
Pourtant, dès 1752,
sous limpulsion du pasteur André Grenier de Barmont, les églises protestantes
de cette région commence à sorganiser.
Après 1764 le climat social et religieux change progressivement. La prospérité
des Réformés, réfugiés dans le négoce car chassés officiellement des charges
publiques et de toutes les professions libérales, est un élément de prospérité
générale que ne néglige pas lIntendant de Guyenne.
Le quartier de Monflanquin seconde moitié XVIII°
L attitude de "reconquête" de lEglise Protestante profite de cette
approche
nouvelle du problème par le pouvoir. Après le culte familial puis les Eglises du
Désert vient le temps de la réorganisation, de la restructuration de lAgenais.
(59)
La correspondance du pasteur de Monflanquin, Renouleau, avec les pasteurs du
Poitou entre 1764 et 1768, dans le respect du synode national qui a ordonné
"quune exacte correspondance soit entretenue entre toutes les Provinces du
Royaume"(12) , permet dappréhender à Monflanquin lévolution en cours :
- "En date du 9 avril 1764, nous jouissons grâce à Dieu dune grande
tranquillité dans notre Province
Notre Assemblée Provinciale a fixé à chaque
pasteur son quartier et ma alloué celui du Haut Agenais : cest le quartier de
Monflanquin.
Il faudra donc que vous madressiez vos lettres sous enveloppe de
R. Labissière jeune à Fumel, par Villeneuve dAgen".
- En date de 3 octobre 1764 nouvelle lettre : "Fin juillet
le Maréchal de
Richelieu, Gouverneur de cette Province, a chargé le comte de Beaumont,
gouverneur de Bergerac, avec ordre de ny pas contraindre par menaces ni aucune
persécution dengager de faire porter tous les enfants baptisés par les pasteurs
à lEglise Romaine pour y recevoir les cérémonies de cette Eglise
et être
enregistrés sur les Registres de la Paroisse
Seul point noir de ce schisme
Dubois".
- En date du 3 janvier 1765 : "On continue de nous tracasser
cest à
dire pour
les baptêmes seulement, on met tout en uvre
je ne sais plus de quel côté
me
tourner pour quon laisse mes gens tranquilles. Je les ai menacés de les
abandonner sils ne montraient pas plus de fermeté (dîtes-moi si je dois le
faire ?)
Pour le reste, nous jouissons de la même tranquillité que les autres
quartiers
Il faut observer que nous navons pas de paysans
Je nai
que sept
à huit cents personnes quoique mon quartier soit étendu de dix lieues".
- En date du 25 juillet 1765 : "Quand le contre avis est arrivé, nos députés
étaient sur le point de partir, toutes les dépenses étaient faites. Le
malheureux Dubois soutient toujours son parti schismatique
Il est à craindre
même que le parti ne se grossisse car il suffit quelque fois quune chose soit
défendu pour quon le recherche. Cest là une terrible écharde que nous avons
".
Pour le reste "nous sommes assez tranquilles".
Restructuration de lAgenais seconde moitié XVIII°
Le retour de Renouleau dans "le quartieré" de Monflanquin sinscrit dans
le
mouvement général de la restructuration de lAgenais Protestant. Il se trouve
que Renouleau va faire naître par ailleurs une tension exemplaire des
dissensions internes possibles.
En 1763 le Synode National décide de la constitution de la province Périgord
Agenais, jusque là rattachée à la Saintonge. Le premier Synode de la nouvelle
province se tient en décembre de la même année
Le Synode de la province
Périgord Agenais des 7 et 8 mai 1771 met en valeur les dissensions du
protestantisme agenais dans cette deuxième partie du XVIII° siècle. Avec, pour
toile de fond de la vie des églises de la région, le schisme Dubois qui
perdurera pendant trente ans.
Mais pour Monflanquin cest laffaire Renouleau qui prend le pas et envenime les
rapports de la communauté protestante.
Renouleau, dont le pseudonyme est de lEtain, appartient à une vieille famille
protestante de Royan. Il est admis en 1761 comme pasteur en Agenais après ses
études à Lausanne
Jean Renouleau est un homme de caractère comme sa première affaire latteste. Au
Synode de 1763, larticle 2 des Actes déclare que le pasteur Renouleau est
condamné pour avoir qualifié M. Viala, pasteur de Tonneins, dindolent et M.
Dupuy, proposant, dentêté. Cette première condamnation ne semble pas porter à
conséquence au pasteur de Monflanquin puisquil est nommé secrétaire adjoint du
Synode du Périgord Agenais en 1765, comme il le sera encore au Synode suivant
de 1766. (60)
La seconde affaire par contre sera plus grave, en 1769. Cette fois il sagit de
son mariage, enregistré le 17 décembre 1768 avec Marianne Fournye de St Amans.
Le Synode de Périgord Agenais le suspend "sur les imputations quil a
malversé
avec mad. Son épouse avant la bénédiction nuptiale qui leur fut faite."
En 1769 il est dabord suspendu puis "on lève sa suspension, lautorisant
dexercer partout où il sera légitimement appelé excepté dans le quartier de
Monflanquin, composé des églises de Monflanquin, Libos et Castelnaud, à cause
des dispositions actuelles dun grand nombre de fidèles contre lui". Renouleau
"refuse de sincliner, soutenu par une partie de ses paroissiens".
A cette occasion transparaissent deux sujets importants pour la communauté
protestante du Second Désert : en premier lieu le mariage et en second lieu les
risques de schisme. Sur les deux plans laffaire Renouleau est significative.
En matière de mariage il semble en effet que les relations sexuelles antérieurs
à la bénédiction du mariage aient eu tendance alors à se multiplier dans la
région. Peut être parce que, pour certains, en bonne théologie calviniste,
lhomme et la femme ne sont pas mariés par léglise ni par létat mais
se
marient eux-mêmes. Certainement, pour la plupart, en raison des retards
inévitables que supposent les cérémonies dune organisation religieuse
entièrement clandestine. (61)
Cest cette dérive que condamne larticle 15 du Synode daoût 1765, celui
là
même où Renouleau est secrétaire adjoint. Le Synode condamne "ce crime
énorme"
dont lassemblée se dit "véritablement affligée" en édictant des peines
sévères
contre ceux qui sen rendraient coupables
Quatre ans plus tard
laccusation
que porte contre Renouleau son propre beau-père est donc particulièrement grave.
Aussi est-il suspendu.
Renouleau fait appel en 1770 au Synode de la province voisine, la Saintonge, qui
eu égard au consentement donné par la belle famille au mariage, à la
rétractation orale puis écrite du beau-père, au certificat du chirurgien et au
témoignage par écrit de la femme chez qui Madame Renouleau a accouché sept mois
et un jour après la bénédiction, "lève sa suspension, lautorisant
dexercer
partout où il sera légitimement appelé excepté dans le quartier de Monflanquin,
composé des églises de Monflanquin, Libos et Castelnaud, à cause des
dispositions actuelles dun grand nombre de fidèles contre lui."
Et cest là que se présente le risque de schisme car Renouleau "refuse de
sincliner, soutenu par une partie de ses paroissiens". Au Synode de juin 1776,
auquel assiste Louis de Védrines en tant quAncien, la brouille nest toujours
pas réglée et Renouleau accepte quune commission soit nommée. Mais comme le
Synode nomme un nouveau pasteur Jacques Sol dit Elios, venu de Montauban, pour
desservir le colloque de Monflanquin, Renouleau interrompt le dialogue amorcé et
se maintient.
Dès lors il y a deux pasteurs concurrents sur le même territoire, ce qui est
révélateur des difficultés du système presbytéro-synodal théoriquement
caractéristique du calvinisme français mais souvent déformé par les tendances
autoritaires de certains pasteurs, voire par les tendances congrégationalistes
de certaines églises.
Et cest ainsi quà Monflanquin la population protestante, après avoir
traversé
victorieusement un siècle de clandestinité a beaucoup moins supporté la paix
retrouvée
se divisant à propos dun mariage !

G - 1787/ 1789 Fin de
lAncien Régime
LEdit de Tolérance Novembre 1787
LEdit de novembre 1787 "concernant ceux qui ne font pas profession de la
religion catholique", désigné généralement sous le nom dEdit de Tolérance,
vient conclure cette évolution bénéfique aux Protestants.
En effet le 17 novembre 1787 Louis XVI signe à Versailles ce texte de 37
articles qui reconnaissent principalement aux non-catholiques : le droit de
vivre en France et dy exercer une profession ou un métier sans être inquiétés
pour cause de religion ; la permission de se marier légalement devant les
officiers de justice ; la permission de faire constater les naissances devant
les juges du lieu ; la possibilité de régler le problème des sépultures.
Les articles 17 à 20 prévoient que dorénavant les mariages des non catholiques
peuvent être déclarés devant des officiers de justice et non plus seulement
devant les curés ou vicaires. De plus les unions antérieures peuvent être
réhabilitées dans le délai dun an, pourvu que les époux en apportent la preuve
et déclarent le nombre, lâge et le sexe de leurs enfants comme le prévoit
larticle 21. Cette disposition permet de jouir de tous les droits dun mariage
légitime, notamment en matière dhéritage. (62)
Le problème des enfants, réglé par larticle 21, nétait pas des moindres
puisquil créait jusque là des contradictions de plus en plus difficiles à
résoudre :
Dabord entre le pouvoir civil et léglise catholique. En effet les autorités
civiles, marquées par les prises de position des philosophes contre la
contrainte et surtout préoccupées du nombre de sujets sans état civil dans le
royaume, ne sont plus disposées à apporter à léglise catholique une aide
aveugle.
Ensuite, à lintérieur même de léglise catholique, les curés ont matière
à
réflexion théologale quand ils sont dans lobligation de baptiser un enfant dont
les parents ont eu un mariage non connu de léglise, ou bien quon dit avoir
été
mariés au Désert. Dailleurs le juge royal, chargé de lenregistrement en
1789,
utilise une phrase qui révèle son embarras pour définir le mariage protestant :
"Depuis leur cohabitation trois enfants
". On peut juger de la réaction
des
représentants de lEglise Catholique au moment de baptiser ces enfants nés dans
de telles circonstances, condamnées par lEglise.
La solution apportée à la question protestante par la monarchie, après un siècle
doppression / résistance, aboutit à la distinction et la séparation du pouvoir
civil et du pouvoir ecclésiastique. Au fond ce qui se débat ici cest lun des
plus importants et des plus graves problèmes des sociétés modernes : celui de la
tolérance et de la séparation de lEglise et de lEtat.
LEdit de Tolérance règle en partie la séparation de lEglise et de
lEtat en ce
qui concerne létat civil mais laisse absent lagrément de la pratique
religieuse, Louis XVI prenant la peine de préciser : "LEdit concernant mes
sujets non catholiques se borne à donner dans mon Royaume un état civil à ceux
qui ne professe pas la vraie religion
. Cest là son seul objet. Avant la
Révocation de lEdit de Nantes, les Protestants avaient une existence
religieuse, mon Edit ne leur en donne aucune".
Létat civil des Protestants avant et après lEdit
Avant que lEdit de Tolérance ne soit signé, les Protestants se sont adaptés à
la situation qui leur était imposée. Que ce soit pendant la période du "premier
Désert" ou celle du "second Désert", cest à dire sensiblement
avant ou après
1750.
Durant la première moitié du XVIII° siècle beaucoup de Protestants, ne se
sentant pas le courage de vivre sans état civil, jurent tout ce que les prêtres
leurs demandent et font ce qui est exigé. Mais, leur mariage enregistré et béni,
ils ne retournent plus à léglise et "vont au Désert", ce que les
historiens
nomment "le premier Désert".
Dans la seconde moitié du XVIII° se développe "le second Désert". En effet
le
gouvernement royal, accaparé par la guerre de Sept Ans, na pas les moyens de
mener la répression comme le voudrait le parti des Dévots, alarmé par la
persistance de la communauté Réformée. De plus laffaire Calas marque la prise
de conscience du problème protestant par le monde des philosophes et aboutit à
développer dans lopinion publique un véritable complexe à lencontre de la
manière forte. Enfin la sécularisation de ladministration, dont les officiers
sont le plus souvent sensibles aux prises de position des philosophes, pousse à
une relative tolérance.
Dès lors les protestants se dispensent même de prendre contact avec le curé,
contrairement à la période précédente, et se marient devant un pasteur. Un
exemple parmi dautres à Monflanquin : lacte de mariage de Jean de Laborde et
de Suzanne Dangeau le 26 juillet 1767, avec pour témoins Pierre de Michel,
Antoine Lalbie, Claude Cayrose et Jean Brugaillières, est signé par le pasteur
Renouleau et non un curé
Parallèlement le curé ayant à enregistrer des
baptêmes, mode dinscription à létat civil, reconnaît soit que le mariage
des
père et mère "ne lui est pas connu" soit "quon les dit avoir été
mariés au
Désert" (47).
Une lettre de Lafayette adressée en mai 1785 au général Washington résume la
situation : "leurs mariages ne sont pas légaux, leurs testaments nont aucune
force de loi, leurs enfants sont considérés comme des bâtard, leurs personnes
sont pendables". (63)
Le 17 novembre 1787 lEdit de Tolérance. Il nest appliqué quavec retard
à
Monflanquin. En effet le Parlement de Bordeaux en exil à Libourne fait
littéralement grève et nenregistre aucun acte royal Il faut attendre février
1789 pour que le Parlement condescende à signer
Il faut attendre juin 1789,
alors quà Versailles les tensions montent de façon inattendue pour le Roi, pour
que le texte soit enfin enregistré par le greffe de Monflanquin "en faveur des
non-catholiques, aux fins de constater également leurs états civils" comme
lécrit le juge royal investi de lautorité de procéder à cette
régularisation
Le 15 juin 1789 le registre des mariages protestants est ouvert à Monflanquin
(64), il est clos quelques mois plus tard, le 2 janvier 1790.
Louis de Védrines donne lexemple dès le 16 juin 1789 : "Noble Louis de
Védrines
ancien lieutenant dInfanterie et Dame Marie de Védrines son épouse, habitants
du lieu de Martel paroisse de Roquefère. Lesquels ont dit que désirant
satisfaire à lEdit Royal daté de Versailles 17 novembre 1787 et enregistré au
Parlement de Bordeaux le 9 février dernier et au greffe du présent siège le jour
dhier .. Ils nous déclarent être unis depuis le 15 septembre 1783 du
consentement de leur mère ainsi que celui de leur plus parents, qui ont signé
leur contrat de mariage le 28 juin 1783 retenu par Monsieur Rey notaire royal de
cette ville, leur père étant décédé longtemps avant leur mariage
et avoir eu
depuis leur cohabitation trois enfants, savoir deux filles Magdeleine et
Elisabeth toutes deux décédées en très bas âge et Antoine âgé denviron vingt
cinq mois. Pour la sincérité de leurs déclarations se sont présentés sieur
Jacques Brugalières et Pierre Malespine négociants, Etienne Baffoi M° en
chirurgie et Jean Saint Bris bourgeois".
Cest là une déclaration type de la reconnaissance des mariages protestants à
Monflanquin en 1789. On la retrouve pour les familles qui vont suivre :
Brugalières, Biou, Lacroix, Amouroux, Laparre, Fournyé de St Amans, Vernejoul,
Labbie, Moret, Becays de la Bruyère, Eyma, Carret, Griffoul, Garrigou,
Dermichel, Lalbie, Augier, Renouleau, celui là même qui avait tant troublé la
vie de la communauté, pour lheure regroupée autour de son pasteur officiant
Jalabert.(50)
La communauté des Protestants en 1789
En cette année de 1789, les Protestants retrouvent une partie de leurs droits
alors que la monarchie absolue et de droit divin, dont ils ont tant eu à
souffrir, arrive à son terme. Leur résistance a raison du parti des Dévots et
met en danger la conception "un Roi, une Religion".
Mais qui sont les protestants de Monflanquin en cette fin de XVIII° siècle ?
Renouleau livre des indications précieuses dans une de ses lettres de 1765,
dabord sur le nombre: "Je nai que sept à huit cents personnes quoi que
mon
quartier soit étendu de dix lieux"
ensuite sur léventail sociologique :
"Il
faut observer que nous navons pas de paysans".
Avant que de tenter des évaluations il faut souligner que le quartier administré
par Renouleau excède la seule juridiction de Monflanquin qui couvre le registre
tenu par le juge royal
A cela sajoute le fait que lenregistrement ne
prend
pas en compte tous les Protestants de la juridiction, certains ne faisant pas
leffort de se déplacer. Dans ces conditions, la centaine de personnes que
représentent les conjoints, les enfants enregistrés, les parents, les témoins,
ne permettent quune réponse parcellaire sur la communauté protestante et qui ne
peut être proposée quavec prudence.
La liste des témoins de ces mariages à Monflanquin (65) conforte cependant
lidée du nombre limité de cette communauté : souvent les mêmes personnes sont
obligées de témoigner plusieurs fois à des mariages successifs. Il en est ainsi
pour Brugalières, Malespine, St Bris, Augier, Gorre, Fray .. . Lequel Augustin
Fray pose un problème. En effet il est procureur de Monflanquin bien que
Protestant, ce qui laisse supposer que la "chasse aux religionnaires" nest
plus
inquisitoriale depuis quelque temps déjà. Autre détail intéressant à son propos
: il affiche son titre le 7 décembre avant même le décret de lAssemblée
Nationale donnant accès à tous les emplois. Car ce nest que le 28 décembre 1789
que Louis XVI envoie ses Lettres de Patente, en forme dEdit, qui mettent en
vigueur le décret de lAssemblée Nationale du 24 décembre selon lequel "les
non
catholiques sont capables de tous les emplois civils et militaires, comme les
autres citoyens"
La liste des mariages de Monflanquin, dans sa globalité, confirme quant à elle
le nombre réduit de paysans. Ils ne sont représentés que par Biou et Laparre,
tous deux mentionnés en tant que "laboureurs". Par contre plus du tiers des
couples est constitué par des Nobles comme de Védrines. Fait significatif, il
donne lexemple en se présentant le premier, il ouvre en quelque sorte la voie.
Les paysans, les journaliers surtout manquent à lappel. Ils se déplacent moins
facilement et surtout ne gagnent rien à lapplication de lEdit de Tolérance :
la liberté de culte public leur est toujours refusée officiellement et la
possibilité dhéritage légal ne les concerne pas. Donc peu nombreux, de
laveu
de Renouleau, les paysans sont encore moins nombreux à se faire inscrire sur le
registre du juge royal. Doù une estimation délicate, dont les résultats sont à
prendre avec précaution.
Au total la communauté protestante de la juridiction de Monflanquin regroupe à
la fin du XVIII° siècle, après sa longue traversée du Désert, essentiellement
des Nobles, des bourgeois, avec quelques représentants des autres groupes
sociaux. Mais en tout état de cause tous ceux qui sont déclarés sont des
possédants dont le mariage saccompagne dun acte passé devant notaire.
Les moyens de sauvegarde de la communauté protestante
La monarchie a contraint les Protestants à se maintenir dans le seul champ
économique, à lexclusion des autres Dès lors à Monflanquin le groupe Protestant
est constitué de détenteurs de biens de production, assuré dune certaine
aisance financière Le noyau central de ce groupe socio-économique rassemble des
familles de propriétaires fonciers, danoblissement au cours du XVII° siècle,
avant la Révocation.
Ce système socio-économique sort renforcé par lendogamie pratiquée pendant
cette longue période du Désert. Cette endogamie, qui ne fait que prolonger celle
communément pratiquée dans les milieux nobles, a ici une fonction supplémentaire
: le maintien dune religion.
Le même objectif recherché par les bourgeois et les laboureurs Protestants,
plongés dans le même contexte difficile voire hostile, leur a fait adopter une
attitude identique.
On voit ainsi de proche en proche, pour des raisons identiques, se profiler une
nébuleuse socio-économique à base religieuse dont le centre est la paroisse de
Roquefère avec des prolongements dans les paroisses de Monflanquin, St Sernin de
Labarthe, St André, Boinet et Galayssac.
Ce moyen de défense du groupe a été facilité par la permanence la résistance du
milieu huguenot à la pression du pouvoir et de lEglise Catholique. Cette
résistance sest au demeurant structurée avec larrivée des pasteurs du
second
Désert et la présence de Renouleau dont laction a renforcé la volonté continue
dun groupe humain déterminé à sauvegarder ses valeurs. Dès lors le groupe
socio-économique à base religieuse tend à sinstaller dans la permanence.
Autre mesure de défense à lencontre des risques de disparition : le groupe en
outre sappuie sur une forte natalité. Le pasteur Renouleau en est un exemple
avec ses douze enfants vivants. En effet il faut compter avec la mortalité
infantile : Jean Labbie annonce un enfant vivants pour quatre décédés
Becays/Dubourg quatre enfants vivants mais cinq décédés
Dune façon générale, les nobles propriétaires fonciers ont de trois à six
enfants vivants tandis que les autres ont un ou deux enfants à charge. Une
distinction interne au groupe humain se fait donc jour reposant à la fois sur
une distinction et une aisance financière. Une pratique qui permet en
particulier au sous-groupe central des nobles, riches propriétaires fonciers,
dassurer sa pérennité pour se projeter dans lavenir, le moment venu.
Ce fait Protestant sest déployé à la vue et au su de tout un chacun.
LEglise
Catholique na pas été en mesure de lendiguer comme elle le souhaitait.
Lautorité civile na plus voulu le canaliser. Dans la vie quotidienne, de
Monflanquin tout au moins, la population nen fait pas sa préoccupation majeure.
Groupe socio-économique à base religieuse, fortement minoritaire mais disposant
de ressources, lensemble Protestant de Monflanquin en 1789 attend de la
Monarchie que soit complété rapidement lEdit de Tolérance et lEdit de
décembre
qui viennent dêtre signés.
Dans linstant, ce groupe constate que sa longue résistance, feutrée, tranquille
mais efficace, aux côtés des autres Protestants de France, a finalement forcé le
Roi à adopter en matière détat civil une solution qui amorce la séparation de
lEglise et de lEtat, solution à laquelle le groupe adhère puisquil
sort
immédiatement de sa semi-clandestinité.
Pour lavenir, ce groupe, dont le loyalisme monarchique ne sest pas un seul
instant démenti et largement prouvé aux armées du Roi, aspire essentiellement à
des réformes qui lui restituent une place entière dans le royaume.
Quand lannée 1789 se termine, il reste - aux yeux des Protestants - à leur
restituer le droit à une église organisée dont la reconnaissance tarde
.
Le dernier chapitre des rapports entre la monarchie et les Protestants sous
lAncien Régime se ferme sur la disparition de la monarchie et non pas de la
Religion Prétendument Réformée.
La conclusion a de quoi surprendre plus dun contemporain et donne matière à
réflexion sur la permanence des idées et celle des régimes politiques.

H - Epilogue
Le 2 octobre 1789, la Déclaration des Droits de lHomme et du Citoyen élargit
lhorizon des Protestants. Larticle X précise "Nul ne peut être
inquiété pour
ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble point
lordre public établi par la loi"
Application concrète de ce principe
fondamental, LEdit de décembre confirme légale admission de tous les
Français
à tous les emplois.
Le 15 mars 1790, le Protestant Rabaut-Saint-Etienne, dont le père avait été
pasteur au Désert, est élu président de lAssemblée Constituante et succède à
cette fonction à labbé de Montesquiou. Succession riche en symbole.
La Révolution va entraîner des prises de position individuelles de la part des
Protestants comme il en a été de tous les croyants. A Monflanquin lancien
pasteur Jalabert va prendre un relief certain pendant la Convention dans les
clubs populaires et finira quelques décennies plus tard son engagement en
prenant fait et cause pour Napoléon au moment des Cent Jours.
Par contre une attente est commune à tous les Protestants : le droit à une
église organisée. Bonaparte, premier Consul, voulant avoir autorité sur les
Réformés grâce au serment de fidélité et à la nomination des pasteurs, va être
le promoteur de cette organisation. Il met en place les deux Eglises
protestantes par la loi du 18 germinal an X ( 7 avril 1802). Cet acte marque
dans la vie des Protestants de France le début de lâge moderne. (63)
Dans la suite logique de ces dispositions, Napoléon signe le décret impérial du
18 fructidor an 13, soit le 6 septembre 1804, qui met "à la disposition du
Consistoire de lEglise Réformée de Castelmoron léglise desdits Augustins de
Monflanquin".
Ce décret est mis en application par la décision du préfet en date du 8 avril
1806, il concerne "léglise, sacristie, chapelle et le porche qui pourraient
précéder la principale porte de la dite église, le dessus de la sacristie, de la
chapelle ainsi que tout porche qui se trouverait placé à côté de la principale
porte dentrée". Ce temple, rue Ste Marie, marque dans la vie des Protestants
de
Monflanquin le début de lâge moderne.

I - ANNEXE
Le Temple de la rue Sainte Marie
Glissé dans le tissu urbain de la bastide ce temple témoigne de la persistance
de la présence protestante à Monflanquin. Il a été mis à la disposition de
léglise réformée, par le décret impérial du 18 fructidor an XIII (4 septembre
1805). Héritier du premier temple installé (fin XVI° siècle) en partie dans
léglise actuelle, puis du second temple sur la place Caladon détruit (fin XVII°
siècle) à peine construit, le temple de la rue Sainte Marie occupe la chapelle
des Augustins disparus pendant la Révolution de 1789.
En effet dès 1624 les Augustins, dont le couvent au bas de la ville avait été
détruit pendant les guerres de religion, installent leur chapelle dans lune des
principales rues commerçantes tandis que leur nouveau couvent donne sur la rue
Saint Nicolas.
La chapelle du XVII° a été glissée dans le tissu urbain, en respectant les
dimensions du cadastre. Sa façade et le développement de sa nef, entre la rue
Sainte Marie et la carrerot des Augustins, sinscrivent dans le gabarit des
parcelles en lanières héritées des " traceurs " de la bastide au XIII°
siècle :
cest à dire avec sept mètres de largeur et dix huit mètres de longueur.
De plus à lintérieur, il est permis de penser que le bâtiment sest
dautant
plus facilement conformé au cadastre quil a conservé une partie des murs des
maisons précédentes :
Le mur de gauche conserve les vestiges de deux fenêtres, lune en demi cercle
(B) et lautre rectangulaire (L). Par contre les quatre ouvertures (C) , en haut
vers le fond, évoquent des cellules de moines placées au-dessus de la sacristie
et donnant sur lautel.
Le mur du fond, derrière lautel, est lui-même riche de souvenirs. Sur la partie
supérieure : une porte sur le centre gauche (D), une porte vers le centre droit
(E). Sur la partie basse : deux fenêtres (O et R) de part et dautre dune
porte
centrale (P).
Le mur de droite garde les traces, à la hauteur du premier étage, dun pan
noirci par une cheminée (H) et dune ouverture obturée sur la droite de cette
cheminée (I)...
Au total, toutes ces ouvertures, encadrées de bois ou de pierres, posent un même
problème de fonction et de datation, mais renforcent le sentiment dune
installation dans des lieux plus anciens, conservés en partie.
C. et G. Odo dans "Sous les Arcades" - 1998-01
La litre dans le Temple
Il sagit bien de " la " litre seigneuriale ou ceinture funèbre, un des
premiers
droits honorifiques quont les seigneurs patrons et les seigneurs hauts
justiciers dans les églises dont leurs famille sont fondatrices, ou parfois dans
les églises qui sont simplement dépendantes de leurs seigneuries. Ce droit
consiste à faire peindre les écussons de leurs armes sur une bande noire en
forme de velours autour de léglise ou par dedans... Cependant il arrive que des
seigneurs de fief font peindre leurs armes, par extension abusive du droit
fondamental.
En 1985, lors de travaux de décapage des murs du temple de la rue Ste Marie, une
litre a été progressivement dégagée sous le plâtre de la chapelle (M), côté
gauche du temple près de la sacristie .
Sur le mur du fond de la chapelle, cette litre correspond parfaitement aux
règles édictées par les hommes de lart au XVII° siècle : " La litre est
placée
à mi-hauteur des murs de léglise ou de la chapelle, elle ne doit être que de
deux pieds au plus de largeur, et il ny a que celle des princes qui soient plus
larges étant ordinairement de deux pieds et demi. Sur celle des princes, les
écussons et les armes doivent être peints et éloignés de douze pieds ; et sur
celle des seigneurs, les écussons et armes doivent être plus éloignés ".
Pour le moins, cette litre pourrait paraître surprenante dans un temple si ce
lieu navait été, avant 1789, église des Augustins... La chaux, ayant recouvert
le dessin dans sa totalité, date certainement de la Révolution.... Après quoi
loubli sest fait jusquau travaux récents de décrépissage.
Le décapage en question na pas permis de sauver intégralement le dessin mural.
Cependant il est possible de relever, sur ce qui a été épargné du blason, les
éléments de : deux lions dor, dressés sur leurs deux pattes arrière et tenant
de leurs deux pattes avant un écu ovale sur lequel est posée une couronne.
A quelle famille noble appartient ce blason ? la question reste entière pour le
moment. En sachant tout de même que cette famille doit être en relation avec
Monflanquin entre 1624 et 1789 puisque ce sont les dates limites de la présence
des Augustins en ces lieux. Avec une préférence pour le XVII° siècle qui est
dune part la période la plus riche en litres funèbres et dautre part celle
de
la fondation de cette église du couvent des Augustins.
C. et G. Odo dans "Sous les Arcades" - 1998-02
J - Bibliographie :
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-48 Douen " Les premiers pasteurs du Désert " - BSHP n° 7822
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-49b Tournier g. " les galériens protestants- XVII° et XVIII° " -Presses
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-51 Archives familiales de Védrines
-52 Bulletin Société dHistoire du Protestantisme Français 1916 p. 152
-53 Bulletin Société dHistoire du Protestantisme Français 1927 p. 238
-54 Archives départementales dAgen G/H 362
-54b Archives familiales Schloesing
-55 Archives départementales dAgen 11 362
-56 Archives départementales dAgen 1 PL 393
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-57b Furlan " Recherches généalogiques sur les familles de Monflanquin "
-58 Bulletin Société dHistoire du Protestantisme Français : m.s. 351
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-60 Hugues e. - 1886 T. II
-61 Méjean f. - Paris 1947
-62 Krumenacher Y. " Les registres de lEdit de Tolérance " - BSHP 1988
-63 Richard m. " des Protestants sous lAncien Régime " - Hachette 1985
-64 Archives départementales dAgen B 1404/1404 bis
-65 Odo G. " Les mariés de 1789 à Monflanquin " - SLA n°289-292 1989
AA Archives Départementales dAgen
BN Bibliothèque Nationale
BSHP Bulletin Société dHistoire du Protestantisme Français
RA. Revue de lAgenais
SLA " Sous les Arcades " Revue de la MJC de Monflanquin
Les Protestants de Monflanquin sous l'Ancien Régime
Georges Odo dans "Sous les Arcades" - novembre 1998